Musique
31 mai 2016

Les soeurs Boulay: à la vie, à l'amour!

Par Manon Chevalier
Les soeurs Boulay: à la vie, à l'amour!

Les soeurs Boulay / Crédit: Geneviève Charbonneau Auteur : ELLE Québec Crédits : Geneviève Charbonneau

Musique
31 mai 2016

Les soeurs Boulay: à la vie, à l'amour!

Par Manon Chevalier

Elles nous ont conquis dès les premières notes de leurs chansons accrocheuses. Rencontre sans show de boucane avec les soeurs Boulay.

Il y a la blonde, Stéphanie, incurable romantique, impulsive, gaffeuse à ses heures et assoiffée de vérité, et Mélanie, la brune cadette lucide et éprise d'absolu, l'aventurière du duo. Impossible de les confondre tant elles sont aux antipodes l'une de l'autre, elles qui sont pourtant en parfaite symbiose dès qu'elles unissent leurs voix singulières. Depuis leur apparition dans le paysage musical en 2012, tout est allé à la vitesse grand V pour les sœurs Boulay. Si bien qu'après leur première tournée de spectacles, aussi exaltante qu'épuisante, elles ont ressenti le besoin de reprendre leur souffle. Stéphanie en a profité pour écrire sous le soleil du Costa Rica, tandis que Mélanie est partie seule en Inde. Depuis, elles ont lancé4488 de l'Amour, leur deuxième album, qui dépasse les attentes suscitées par leur premier opus, Le poids des confettis

Sur un fond musical folk-country aux accents pop, voire électros depuis peu, les frangines gaspésiennes donnent aux filles de toute une génération le droit d'être à la fois imparfaites, vulnérables, conquérantes, désenchantées et pleines d'espoir, comme elles le sont elles-mêmes. Et c'est aussi pour ça qu'on les aime. Qui n'a pas eu le cœur serré en chantonnant «Tu m'présenteras jamais ta mère»? Qui n'a pas dansé full pin dans la cuisine sur Fais-moi un show de boucane? Ou n'a pas eu de frissons en écoutantPrière, une incantation étonnante de gravité? Nous sommes plusieurs à nous reconnaître dans leurs chansons douces-amères qu'elles offrent sur scène avec plus d'aplomb et de complicité que jamais. Alors que leur tournée de spectacles au Québec fait salle comble jusqu'au 10 juin, elles se sont posées, le temps d'une rencontre franchement réjouissante, dans le café où elles ont leurs habitudes dans le Plateau-Mont-Royal. On a parlé de plein de choses: de la maison que l'on cherche, d'amies de filles, d'amours déçues et de liberté. On a parlé également de musique, de voyages et du prochain roman sombre de Stéphanie, à paraître plus tard cette année dans la collection La Shop, elle qui a publié une nouvelle érotique dans le recueil Travaux manuels(Québec Amérique). On a parlé de tout ça librement, parfois en rigolant, parfois plus sérieusement. Morceaux choisis.

Depuis vos débuts, vos chansons livrent une partie très intime de vous-mêmes...


Stéphanie Notre mot d'ordre, c'est de dépeindre notre réalité avec les mots qu'on utilise pour de vrai et avec nos accents. On a le souci de la vérité, même si elle peut être impudique pour certains...

Mélanie Chaque chanson a été écrite à des moments précis de notre vie, comme une page de notre journal intime. Comme une confession, un petit secret... Prends Mappemonde: elle parle exactement de ce qu'on vit.

S Ce qui est beau, c'est que la chanson part d'une histoire que j'ai vécue, mais comme elle est un peu floue, les filles peuvent la faire coller à leur propre histoire. Ce n'était pas du tout voulu au départ - j'ai écrit la chanson en une heure, dans un flash... même si Mélanie la trouvait quétaine! (rires)

M Chaque fille peut s'y identifier, et c'est pour ça qu'elle a si bien marché. Nos chansons ne prônent pas la perfection. Elles parlent souvent de nos doutes, de nos blessures et des histoires d'amour qu'on tente de faire marcher, malgré tout... 

Parlons-en, de l'amour. Comment le vit-on quand on est dans la vingtaine?

M Les rencontres sont faciles à partir d'un iPhone. Et on «flushe» vite! Souvent, les gens pensent que rencontrer quelqu'un, c'est le paradis, et que les problèmes arriveront plus tard. Mais si des difficultés se présentent dès le départ, eh bien, ils «flushent» la relation!

S Avec Tinder, ce n'est tellement pas dans l'air du temps de vouloir construire à deux! On s'éparpille. Alors si on veut s'engager, il faut le faire en pleine conscience, se questionner et décider de son destin amoureux.

Avez-vous l'impression que le désir d'être libre et celui de construire quelque chose à deux sont contradictoires? 


M Tellement! Aujourd'hui, on est libres de partir ou de rester, on veut réinventer nos façons de vivre. Notre génération invente des lois... qui sont différentes pour tout le monde! On ne sait pas trop comment s'arranger avec ça...

S On essaie d'un côté, ça ne marche pas. On essaie de l'autre, ça ne marche pas non plus. On fait quoi?

M Je pense qu'il faut prendre un peu des deux [la liberté et l'engagement] et faire des mix, mais ça demande beaucoup de travail. Moi, je suis dans une relation qui était full difficile au début. Maintenant qu'on a surmonté ces difficultés, on se connaît mieux et on a trouvé le bon mix pour nous deux. Je ne sais pas pourquoi, mais [mon chum] me fait sentir à la maison...

PLUS: Vidéo: Les coulisses de la séance photo avec Les Soeurs Boulay

Cette quête de la maison est un des grands thèmes de votre dernier album, n'est-ce pas?

M Tellement! Je pense que ça vient du fait qu'on ne se sent pas à 100% urbaines, ni plus tout à fait Gaspésiennes. Quand tu nais en Gaspésie, tu viens d'un monde à part. Et quand tu finis par trouver tes aises à Montréal, tu te sens un peu coupable face à tes racines. 

S Alors, on vit un mélange des deux... On aime la vie en ville, mais souvent, on a hâte de retourner en Gaspésie, dans la maison où on a grandi. Pour le besoin de réconfort, pour sentir qu'on appartient à un lieu... Mais on est aussi curieuses de découvrir le monde!

Mon quotidien est urbain, mais j'ai besoin de la nature. L'eau m'apaise, et j'adore aller à la pêche, marcher en montagne... En même temps, je suis toujours contente de revenir au 4488...

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Le 4488, c'est le numéro de votre maison à Montréal, mais aussi celui qui apparaît sur votre dernier album. Est-ce une place à party et à musique?


M. et S. (en chœur) Ça l'était plus au début! (fou rire)

M Maintenant, c'est pas mal plus une «place à cocooning». Avec nos deux colocs - un musicien et une comédienne -, on regarde des films, on se fait des bouffes... On fera peut-être des jams de guit', comme c'est arrivé l'été passé.

S La vibe est sereine. Des fois, on fait des
 tounes de Céline Dion sur le perron, et les
voisins du dessus chantent avec nous. On vit des petits moments de musique comme ça.

Après des années en solo, qu'est-ce qui vous a donné le goût de travailler ensemble?

S Au départ, on ne voulait pas [former un duo]. On était différentes et on voulait vivre des choses chacune de notre côté. Puis, on a eu le feeling que c'était la bonne chose à faire.

Votre quête d'identité est-elle toujours un enjeu?

M Non, car je n'ai jamais été aussi au courant de ce qui me différencie de ma sœur! (grand éclat de rire) Je connais mes forces. Je ne lui envie pas les siennes, et elle n'envie pas les miennes non plus, d'ailleurs. Plus le temps passe, plus on se «builde» différemment tout en menant un projet ensemble.

S Moi, je suis la fille de mots, et Mel, la fille de musique. On s'échange parfois nos rôles par goût du défi, et pour se surprendre, aussi.


Vous avez trouvé votre voie dans la musique, vous avez accompli un tas de choses, vous goûtez au succès. De quoi avez-vous le plus envie aujourd'hui?

S J'ai un idéal de famille et d'équipe que je ne pensais pas avoir. Ça vient de m'exploser dans la face: à 29 ans, j'ai envie de créer des liens durables, de faire des projets, d'avoir des enfants. La passion et la fougue, c'est moins important pour moi qu'avant... Toi, Mel?                                          

M Je me suis longtemps définie comme une fille intense, qui préfère la passion au train-train quotidien. Mais l'adrénaline, l'effervescence, la vie en montagnes russes, c'est une drogue. Ça m'a rendue très malheureuse. Depuis que je suis allée seule en Inde, tout a changé. Le voyage a été très difficile et m'a obligée à trouver des ressources incroyables en moi. J'étais partie vidée, avec l'impression que je vivais dans le néant. Je suis revenue plus confiante. À 26 ans, j'ai compris que je ne devais pas tout miser sur ma carrière, que je devais asseoir ma vie sur des bases solides, me rapprocher de mes amis, trouver quelqu'un avec qui je me sens bien et avec qui fonder une famille...

S Depuis, tu fais les bonnes choses pour toi, Mel. Tu t'es remise en forme et tu veux que tout ton être en témoigne...

M C'est vrai. J'ai pris mes distances avec le monde des partys; j'ai presque arrêté de boire. En un an, j'ai perdu 40 lb, dont 20 en Inde, je cours 50 km par semaine, je mange bien, je suis allée en thérapie. C'est la plus belle chose que j'ai faite pour moi. J'ai fait la paix avec ma vie plus sage quand j'ai réalisé que je ne serais jamais une personne plate, car le côté pétillant, je l'ai en moi. J'aime la vie et les gens, et si je fais des excès, ce n'est plus dans la destruction...

L'amitié, c'est important pour vous deux? 

M Oui! On a formé un groupe privé sur Facebook avec sept autres filles. On se voit deux fois par semaine, on se fait des bouffes. On se dit la vérité, on ne se juge pas... ou si on le fait, c'est avec bienveillance.


S On parle vraiment de tout, avec notre cœur. On se rassemble autant pour regarder La Voixqu'un débat politique...

M On est là les unes pour les autres. C'est fou comme ça fait une différence dans nos vies.


S Je suis émue...


Le public a-t-il une idée erronée à votre sujet que vous aime- riez corriger?


S On est vraiment moins sages que les gens le pensent! Par exemple, le public s'étonne que j'aie écrit une nouvelle érotique (intituléeMammifères marins). Or, mon entourage trouve ça normal. La sexualité, c'est important. J'en parle souvent avec mes amies, sans gêne et sans tabou.


M Steph et moi, on peut être très crues! (rires) Si les gens entendaient tout ce qu'on dit dans notre camionnette de tournée, les oreilles leur friseraient! On parle des vraies affaires et on raconte nos histoires sans mettre de gants blancs.

S Pour nous, affirmer notre sexualité et en parler librement, c'est une forme de féminisme.


Vous êtes féministes et fières de l'être?


M Oui, c'est clair!

S À nos débuts, on nous a rapidement qualifiées de féministes parce qu'on était à l'aise avec nos émotions et qu'on parlait de nos vies franchement, sans chichi.

Est-ce à dire que se montrer telles qu'on est constitue un enjeu majeur du féminisme?


M En partie, car tout dépend de la région du monde dans laquelle on vit. Pour moi, le féminisme, c'est arriver à ce que chaque femme soit libre de choisir sa façon de vivre, sans être jugée. 

S Si t'as envie d'être maman, vas-y! Si t'as envie de t'éclater dans ta carrière, vas-y aussi. J'ai du mal avec les féministes qui imposent un seul modèle de réussite. Pour moi, Beyoncé est féministe: elle montre ses seins, elle assume pleinement son existence et sa sexualité...

M Il faut prendre des risques pour avancer, quitte à se tromper. On a beau être féministes, reste que nos comportements sont issus des valeurs qu'on nous a transmises très tôt. Plein de femmes se maquillent, en raison des codes sociaux. Ce n'est pas en faisant une cassure brutale qu'on changera les choses, mais en faisant un effort conscient. Par exemple, je me maquille moins pour mieux me voir au naturel...

S En voyage, j'ai décidé de ne pas me maquiller pendant un mois, mais je ne me suis pas trouvée belle une seule fois... 

M MAIS T'ES BELLE!


(Silence ému) Je suis pour les courbes et l'image corporelle saine de la femme. Pourtant, je me mets de la pression pour être parfaite. Est-ce que tout le poids de mon existence dépend de 5 lb à perdre? On dirait que tout ce en quoi je crois ne tient pas quand ça s'applique à moi. Il faut vraiment que je règle ça. Que je me libère des critères rigides de beauté... (un ange passe.)

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Comment voyez-vous la suite, après votre grande tournée?

S Je veux continuer à rester connectée aux vraies valeurs du métier: faire de la musique devant des gens qui l'apprécient. Avoir du fun sans me soucier des flaflas du vedettariat.


M Depuis nos débuts, on travaille très fort. On a tout donné et on gagne assez bien notre vie pour pouvoir refuser certains projets. Maintenant, on veille à garder notre équilibre et à créer dans l'harmonie, entre nous et avec le monde qui nous entoure.


Et sur une note plus personnelle?

S Je veux devenir une meilleure personne et m'accepter telle que je suis, même si je trouve que ça se marie difficilement... Je veux aussi transmettre de belles choses, comme [le sens de] l'introspection et la quête de vérité, sans prétention. Et toi, Mel?

M Je sais à quel point on a peur d'aller au-delà des couches de m**** qui recouvrent notre vérité. Mais je pense qu'une fois qu'on se débarrasse des mauvais plis qu'on a pris pour faire face à ce qui nous fait souffrir, il y a une beauté qui jaillit de soi, encore plus grande que celle qu'on avait espérée...

Leurs succès en cinq chiffres :

1 première position du palmarès canadien itunes à la suite de leur prestation à la finale de La Voix, en 2015.
3 félix remportés au Gala de l'ADISQ pour la Révélation de l'année et l'Album de l'année folk en 2013,
et pour le Groupe de l'année en 2014.
325 spectacles en salle et dans les festivals au Québec, au Canada et en Europe.
3000 exemplaires vendus de leur premier EP.
55 000 exemplaires vendus de l'album Le poids des confettis.

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