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Trois questions à Nadine Bismuth

Dominique Thibodeau Auteur : Elle Québec Crédits : Dominique Thibodeau

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Trois questions à Nadine Bismuth

Dix ans ont passé depuis la publication de son premier livre, L es gens fidèles ne font pas les nouvelles, salué par la critique, récompensé par le Prix des libraires du Québec et le Prix de la nouvelle Adrienne-Choquette. Depuis, elle a publié deux autre romans et s’est lancée dans la scénarisation: avec Podz ( Minuit, le soir), elle travaille à l’adaptation d’une nouvelle d’Alice Monroe, Passion.


Le couple se porte plutôt mal aujourd’hui, si on en croit votre nouveau recueil de nouvelles. Doit-on vous prendre au pied de la lettre?
 Du point de vue social, je ne crois pas que le couple se porte si mal aujourd’hui Si c’était le cas, il me semble que nous ne serions pas si nombreux à vivre à deux ou à rêver de le faire. Ce serait du masochisme collectif. Par contre, je crois que le couple est un terreau fertile de désillusions. Or, la perte des illusions est un thème littéraire très inspirant, et il s’agit d’une expérience humaine universelle.


Le pire, pour les femmes en tout cas, ce serait le célibat, si on se fie à la nouvelle qui ouvre votre livre... Qu’en pensez-vous personnellement?
On a tendance, depuis quelques années, à réduire les célibataires à des clones des filles de Sex and the City. J’ai voulu jouer là-dessus en racontant leur désarroi au nous, un désarroi qui n’a rien de glamour, contrairement à ce qu’on peut voir dans la série, car il engendre une grande détresse, un sentiment intense d’abandon et de solitude. En même temps, je n’ai pas voulu présenter ces filles comme des victimes. Parce qu’elles s’amourachent toujours du mauvais numéro (le moniteur de planche à voile au Mexique, l’homme marié...), on a le sentiment qu’elles sont un peu le moteur de leur propre malheur. Mais est-ce de leur faute ou est-ce parce que, comme elles le font remarquer, les relations hommes-femmes se sont toutes détraquées?


lect-spy.jpgDans ce cas, la vie de célibataire serait-elle préférable à la vie à deux?
Pour ce qui est de savoir ce qui est préférable entre le célibat et la vie de couple, je crois qu’on en revient toujours au vieux dicton «Mieux vaut être seul que mal accompagné». Mais qu’est-ce que ça signifie, «être mal accompagné»? Chacun a ses critères... Comme il n’y a plus vraiment de modèles de référence stables en matière de relations amoureuses, on est toujours en train de se demander si on a raison ou non d’accepter ceci ou d’exiger cela. Tout ça est fort compliqué, et chacun doit inventer ses propres règles. C’est un peu la raison pour laquelle on est toujours mal placés pour juger les couples qui nous entourent. Qui sait ce qui se passe derrière les portes closes?

 

 

ON A ADORÉ AUSSI 

La lecture de... 

 

lec-noir.jpgADIEU MON FRÈRE
Edwidge Danticat (Grasset)

L’histoire
Celle de deux frères. Deux Haïtiens. L’un qui a émigré à New York dans les années 1970, l’autre qui a décidé coûte que coûte de demeurer dans son pays, malgré les bains de sang, la corruption, le manque de tout.

Ce qui vous fera succomber

1. La vie du père et de l’oncle de l’auteure, morts tous les deux il y a peu. Edwige Danticat montre comment ils n’ont jamais cessé de veiller l’un sur l’autre à distance, de s’aimer.

2. L’histoire déchirante d’Haïti, qui défile en toile de fond, depuis les années 1940 jusqu’aux années 2000.

3. La vie de l’écrivaine elle-même. Née en Haïti, elle a vu partir ses parents lorsqu’elle était toute petite. Pendant huit ans, elle a vécu avec son oncle, qu’elle adorait. Puis, un jour, elle l’a quitté pour aller rejoindre sa mère, son père et ses nouveaux frères, aux États-Unis. Écartelée, vous avez dit?

4. Surtout, la portée universelle de ce livre. Sur la mort, le deuil. Et sur la vie qui bat, malgré tout.


Notre avis

La récolte douce des larmes, Le briseur de rosée... Les romans de cette écrivaine de 40 ans nous étaient rentrés dedans. Et dans ce récit autobiographique pudique, intense, elle s’est surpassée.


lec-poul.jpgLE PETIT FRÈRE DE L’AUTRE
L’ANGLAIS N’EST PAS UNE LANGUE MAGIQUE

Jacques Poulin (Leméac)
Ce qu’il y a de bien avec les romans de cet écrivain, c’est qu’on s’y retrouve en terrain familier. Québec, les chats, les livres. La tendresse, l’entraide, l’humanité. L’amour, sur le bout des pieds. Les blessures, longues à guérir. On se demande comment il fait, chaque fois, Jacques Poulin, pour nous surprendre. On ressort émerveillés de son nouveau roman, où il donne la parole au frérot de son alter ego écrivain. Le frérot: celui qui vit dans l’ombre de son aîné, qui doit constamment faire ses preuves, qui n’est jamais sûr de lui. Celui qui, à défaut d’écrire, exerce le métier de «lecteur sur demande»: toutes sortes de gens font appel à lui au moyen des petites annonces, pour entendre tout haut ce que les livres disent tout bas. Ainsi concourt-il à rendre vivants les mots, la littérature. Plus que son aîné? Qui, lui, s’enfonce dans la déprime, incapable de terminer son roman sur la bataille des plaines d’Abraham, intitulé L’anglais n’est pas une langue magique?



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L’ÉPOQUE RÉVOLUE
LA VIE D’UN HOMME INCONNU
Andreï Makine (Seuil)

Il y a deux histoires en une dans ce roman à la fois bouleversant et lumineux. Celle d’un écrivain russe, ex-dissident, établi à Paris depuis des lunes. Sa jeune maîtresse vient de le plaquer. En proie au désoeuvrement, il reprend contact avec un amour de jeunesse et retourne dans son pays d’origine... où il ne reconnaît plus rien. Où les nouveaux riches font la pluie et le beau temps. Et où celle qu’il est venu retrouver n’a pas de temps à lui accorder. Puis, soudain, on change de ton et on entre dans une deuxième histoire. On est plongés dans l’univers d’un vieux Russe grabataire, dont personne ne se soucie. C’est lui qui parle, qui raconte les atrocités de la Seconde Guerre mondiale. Et l’amour indéfectible d’une femme qu’il n’a jamais oubliée. Du grand Makine. Sans doute son meilleur roman depuis Le testament français, prix Goncourt 1995.

 



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LA DISPARITION
DES VENTS CONTRAIRES
Olivier Adam (Éditions de l’Olivier)

Les écorchés vifs en pleine dérive, Olivier Adam en a fait sa spécialité. Cet auteur considéré comme un des meilleurs écrivains français de notre époque sait trouver le ton pour exprimer leur désarroi, sans larmoiements. Après avoir mis en scène une jeune femme dépressive dans À l’abri de rien, il présente cette fois un jeune père qui a perdu pied. Sa femme est disparue depuis un an. Partie avec un autre? Assassinée? On ne le saura qu’à la fin du roman. Entretemps, on verra cet homme lutter contre lui-même pour rester debout et s’occuper de ses deux enfants. Tendresse, entraide, humanité... c’est qu’on lui trouverait une parenté avec Jacques Poulin.

 

 

 

lec-joie.jpg JOIES
Anne Guilbault (XYZ)
C’est un fou qui parle. Mais est-il vraiment fou? Il s’est échappé d’un hôpital psychiatrique. Il erre dans la ville, à la recherche de sa soeur. Où est-elle? Que s’est-il vraiment passé? Étrange, mystérieux, tout ça. Déconcertant, à première vue. Cependant, on recolle peu à peu les morceaux du drame fusionnel dans ce roman au souffle puissant, à la langue belle, qui martèle les mots.

«La sensation de ta main est imprimée dans la mienne. Je te recrée entièrement à partir de l’empreinte de ta main dans la mienne. Je recrée ton odeur de neige qui fond à partir du printemps qui coule dans la ville. Le pétillement de ton regard, je le retrouve dans le miroitement des flaques de ciel. La sensation de toi en moi est aussi forte que si tu déambulais à mes côtés dans le monde.»

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