Elle a émergé de l’anonymat à 30 ans avec L’homme blanc, un premier roman qui nous conduisait dans l’enfer des goulags soviétiques. C’était à l’automne 2010. Tout de suite, Perrine Leblanc s’est imposée par sa plume ciselée. Les honneurs n’ont pas tardé: Grand Prix du livre de Montréal, Prix littéraire du Gouverneur général… Un an plus tard, L’homme blanc traversait l’Atlantique pour être réédité sous le titre Kolia, en référence au nom du héros. Le roman est présentement en cours d’adaptation pour le cinéma.

C’est maintenant un roman inédit que l’auteure montréalaise fait paraître chez Gallimard: Malabourg, du nom d’un petit village gaspésien tout droit sorti de son imagination. Au programme: une série de meurtres de jeunes femmes qui va bousculer une petite communauté tissée serré. Mais aussi, une grande histoire d’amour entre un créateur de parfums et une passionnée de pierres précieuses, sur fond de printemps érable. On en parle avec l’auteure.

Que représente pour vous le fait d’être publiée dans une collection qui n’a accueilli jusqu’ici qu’une petite poignée de Québécois, dont Réjean Ducharme? C’est un gage. Gallimard est une famille littéraire qui a plus de 100 ans d’histoire, et la collection Blanche est ce qu’il y a de plus prestigieux en France, dans le monde francophone. Des auteurs que j’admire ont publié dans cette collection: Pascal Quignard, Pierre Jourde, mais aussi Sartre, De Beauvoir…

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Étant donné le succès de votre premier roman, avez-vous senti une plus grande pression pour l’écriture du deuxième? Je parlerais de pression littéraire, par rapport à moi-même, à mes exigences personnelles. Je ne voulais pas faire la même chose, je voulais aller plus loin.

Quel a été votre point de départ? Donner une voix à ceux qui n’en ont pas, précisément à des femmes qui en ont été privées: elles ne peuvent plus parler, elles sont mortes. En cours de route, quand on écrit, le récit finit par nous surprendre et, forcément, ce qu’on vit, ce qu’on observe au quotidien, vient influencer la fiction. Les manifestations étudiantes m’ont bouleversée: ça s’est retrouvé dans le roman. J’étais amoureuse: ça a coloré mon écriture. Quand j’aime un homme, c’est sûr que si je m’assois devant mon ordinateur, mes phrases vont être portées par un élan. Je trouve ça fascinant: même si on n’est pas du tout dans l’autofiction ni dans l’autobiographie, on ne peut échapper à soi-même: on écrit toujours avec son corps et sa sensibilité.

Est-ce qu’un homme amoureux a déjà créé un parfum spécialement pour vous, comme dans votre roman? C’est plutôt moi qui ai créé un parfum en lien avec mon roman après avoir suivi un atelier de création de parfums à Paris. Il n’est pas question que je le commercialise, mais je le porte dans les évènements qui ont un rapport avec mon roman.

Qu’est-ce qui s’en dégage? C’est très frais, très fleuri. Il y a une base assez musquée. Il y a un peu d’amande amère et un flacon complet de rose de mai. Je suis folle de la rose.

Vous avez développé une passion pour les parfums? Les odeurs ont toujours été importantes pour moi. Mes sens sont vraiment toujours en éveil. Je suis très sensible, émotive. Quand j’ai commencé à écrire Malabourg, j’ai beaucoup lu sur les parfums. J’ai acheté plusieurs parfums rares, fait toutes sortes d’expériences artisanales dans ma cuisine. C’est devenu une obsession, de la même façon que la Russie était une obsession quand j’ai écrit L’homme blanc. Je me libère de mes obsessions en écrivant.

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