Livres
15 août 2014

Elle marchait sur un fil : rencontre avec l'auteur Philippe Delerm

Par Danielle Laurin

Hermance Triay Auteur : Elle Québec Crédits : Hermance Triay

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15 août 2014

Elle marchait sur un fil : rencontre avec l'auteur Philippe Delerm

Par Danielle Laurin

Marie, une femme d'une cinquantaine d'années, est délaissée par son mari, avec qui elle vivait depuis 30 ans, et remplacée par une plus jeune. Le coup classique, quoi! C'est toute sa vie que cette femme va devoir remettre en question. Et si c'était pour le mieux? Voici qu'elle abandonne son travail et qu'elle se lance dans la création, sa véritable passion. Avec un groupe de jeunes, elle va monter le spectacle qu'elle aurait voulu écrire pour son fils acteur, qui a maintenant renoncé à sa carrière et qui l'a tant déçue. Tendues, les relations entre la mère et le fils. Heureusement, il y a un vieil ami complice dans la vie de Marie. Pour combien de temps encore? Il y a aussi sa petite-fille, qui partage la même passion qu'elle pour les arts de la scène. Mais cela sera-t-il suffisant pour empêcher la fragile Marie de perdre pied?

Conversation avec l'écrivain français.

Vous saviez dès le début, en écrivant ce roman, ce qui attendait Marie à la toute fin? Non, mais je savais que ce serait triste. En tout cas, j'avais déjà en tête que si on marche sur un fil, comme Marie, il est possible qu'on tombe. Mon fils [le chanteur Vincent Delerm] m'a dit que ça l'a fait pleurer. Ça m'a fait plaisir. Je me suis dit: «Pourvu que je fasse pleurer plein de gens!» (rires)

On sent une grande mélancolie dans ce roman. Dans votre livre autobiographique, Écrire est une enfance, vous dites vous-même être mélancolique, malgré l'hédonisme qui transparaît dans vos recueils... Ce qui est vrai... Je l'ai compris avec le temps. En psychologie, mon cas est plutôt classique. Je suis ce qu'on appelle un «enfant tombeau». C'est-à-dire que je suis le petit dernier de ma famille et que je suis arrivé en 1950, sept ans après que ma mère eut perdu une petite fille pendant les bombardements de la guerre. Toute mon enfance, je n'ai entendu que des choses positives de la part de ma mère. Du genre: «Tu m'as rendu la vie, tu m'as rendu le bonheur.» Ça m'a été bénéfique pendant très longtemps parce que, après tout, ce n'est pas désagréable d'être aimé et de savoir qu'on a été attendu. Mais il y a aussi un poids qui se rattache à ça: se dire qu'on est fait pour apporter du bonheur, ça crée un sentiment de responsabilité. Ça prive aussi de liberté, quelque part.

La fragilité est au centre de votre roman. Pourquoi? Je crois que tout le monde marche sur un fil, en fait. On est tous des funambules. Le sens du mot «fragilité» n'est pas seulement négatif. Être fragile, ça veut aussi dire être vivant. Bien sûr qu'il y a un risque associé à la fragilité mais, en même temps, on se sent beaucoup plus en vie quand il y a un risque, justement. (Seuil)  

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