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Le futur selon Philippe Starck

Jean-Baptiste Mondino Photographe : Jean-Baptiste Mondino Auteur : Elle Québec

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Le futur selon Philippe Starck

Le créateur français a beau répéter que son travail se résume à créer «des brosses à dents pas trop moches», le fait est qu'il s'intéresse de près à la mécanique quantique, aux nanosciences, à l'astrophysique et aux biotechnologies. Alors, quand il réfléchit et nous présente sa vision du futur, on prend des notes. «Il n'y a rien de scientifique dans ce que je dis, [...] mais quelquefois, il faut croire à ses intuitions.»

On se parfumera... avec sa propre odeur!

On assiste aux derniers sursauts de la parfumerie telle qu'on la connaît aujourd'hui. Bien que très agréable, cette façon d'embaumer notre univers n'existera plus dans une société high-tech en quête de nature et d'authenticité. «Inspirés par l'humanisme, nous sublimerons nos odeurs corporelles au moyen de technologies proches de l'ionisation par rayonnement et de la photothérapie.» Chacun obtiendra ainsi une fragrance aussi personnelle que ses empreintes digitales.

On vivra dans des maisons intelligentes

Dès les années 1980, Philippe Starck prédisait que les radiateurs, les lampes, ainsi que les appareils audiovisuels feraient partie intégrante de la structure des bâtiments. Le temps lui donne raison: il existe aujourd'hui des plafonds et des sols chauffants. «On fabriquera d'ici peu de la peinture chauffante et on attend prochainement la commercialisation de feuilles sonores: des enceintes acoustiques ultraplates qu'on peut plaquer n'importe où et qui deviennent invisibles une fois la surface peinte.»

La régulation de la température et de l'éclairage assurée par des vitres à cristaux liquides? C'est déjà presque chose faite! «Exit les climatiseurs et les rideaux!» Et grâce aux diodes organiques électroluminescentes ou OLED (Organic Light Emitting Diode), qu'on utilise pour les téléphones cellulaires, les écrans de télé seront vendus sous la forme de rouleaux, comme le papier peint. Light Photon, la dernière-née des lampes Starck, emploie cette technologie. Son «ampoule » fait un atome d'épaisseur. «Il n'y a plus rien! Pensez aux applications dans l'avenir... Hallucinant!»

 

La chaise sera éliminée du décor

«Aujourd'hui, c'est vrai, je ne saurais pas par quoi la remplacer. Mais je sais que la position assise est appelée à disparaître. C'est archaïque, ça ne fonctionne pas. La répartition du poids est mauvaise, il y a compression des fluides à l'arrière des cuisses, sur les fesses, etc. C'est le même problème avec le canapé. À mon avis, la table sautera en même temps.» Seul rescapé de l'hécatombe: le lit. Ou plutôt, le matelas. «Aujourd'hui, le matériau le plus sophistiqué qu'on utilise pour en fabriquer est la mousse à mémoire Tempur. On peut imaginer que, dans l'avenir, on concevra quelque chose du même genre, mais avec de moins en moins de matière dedans.» Délivré des appareils qui assurent les fonctions utilitaires (chauffage, éclairage), l'homme meublera son univers avec «des objets sentimentaux » qui n'auront d'autre utilité que de faire rêver: le vieil ourson dont on est incapable de se séparer ou le vase ayant appartenu à une arrière-grand-mère, par exemple.

L'homme sera bionique

Selon Philippe Starck, la production humaine tend vers la dématérialisation. En guise de preuve, il évoque l'évolution des ordinateurs. «Les premiers avaient la grosseur d'un immeuble et la puissance d'une calculette. Ils sont passés à la taille d'un bungalow, d'une armoire, d'une valise puis d'une mallette, avant qu'on aboutisse au MacBook. Très bientôt, l'ordinateur ayant le format d'une carte de crédit fera son apparition. Peu de temps après, il sera implanté dans le corps.»

Il suffira alors à l'être bionique de penser pour accéder immédiatement à une connaissance quasi illimitée, y compris à celle des sensations et des sentiments de tout un chacun. Le jour où la technologie fusionnera avec le vivant, «on entrera dans la phase moderne du développement humain, celle de notre mutation».

On a toutes les raisons de croire en un monde meilleur

Évidemment, on n'est pas à l'abri d'une catastrophe mais, en se basant sur l'histoire, on peut présumer un avenir radieux. Il y a quatre milliards d'années, l'homme n'était qu'une bactérie. Quand on considère ce que nous sommes devenus, force est de constater la qualité de notre évolution.

Des chercheurs ont récemment traduit cette progression sous la forme d'une courbe mathématique. On peut interpréter celle-ci de façon optimiste ou pessimiste. «Si on l'observe en détail, on remarque qu'elle présente plein d'aspérités qui correspondent aux microcycles de la société, des moments de paix, d'humanisme et des moments de grande noirceur. Maintenant, nous vivons une époque très sinistre. Par contre, si on a une vue globale de la courbe, on se rend compte qu'elle est formidablement positive.»

On fera du tourisme écoresponsable... dans l'espace!

En tant que directeur artistique de Virgin Galactic, la première agence de voyage spatial, Philippe Starck a conçu l'intérieur de la navette SpaceShipTwo (SST), qui devrait prendre la route des étoiles d'ici 2013. Il s'est engagé dans ce projet parce qu'il s'inscrit dans le cours normal de l'évolution humaine. Dès l'Antiquité, mythe d'Icare à l'appui, l'homme a cherché à s'envoler. «La beauté, la poésie, le romantisme de notre histoire, il n'y a que ça qui m'intéresse.» La protection de la planète dans tout ça? Aux dernières nouvelles, un passager du SST produirait moins de gaz nocifs qu'un client voyageant en classe affaires sur un vol transatlantique. Pour l'instant, le prix d'un siège s'élève à 200 000 $, mais les tarifs chuteront lorsqu'on mettra en orbite des fusées à grande capacité. D'où la promesse que Philippe Starck a faite à son fils: «Un jour, tu pourras aller dans l'espace.»

 

airdutemps-starck-300.JPGHaute voltige

Des hôtels de luxe, un tue-mouche, des meubles, des vêtements, une moto, des musées, des baignoires, une bûche de Noël... Philippe Starck avait tout dessiné. Tout, sauf une bouteille de parfum. Le créateur a décliné toutes les propositions des maisons de fragrances jusqu'à ce que Nina Ricci lui demande de revisiter l'emblématique flacon de L'Air du temps. Le projet tombait pile: le designer porte lui-même cette eau. Des deux colombes enlacées du modèle original, Philippe Starck n'a gardé qu'une aile, qui est devenue le récipient même de l'eau de toilette. Cet objet intrigant dissimule son vaporisateur sous un bouchon d'acier et se love au creux de la main comme un oiseau. Tout n'est que transparence fantomatique et sensualité indicible. La bouteille dépourvue de socle se dépose à plat. «Elle n'a pas de base parce que notre époque est caractérisée par l'instabilité.» Qu'ajouter de plus?

Le flacon éphémère imaginé par Philippe Starck en 2010: L'Air du Temps by Starck, de Nina Ricci (82 $ le 45 ml d'eau de toilette; en vente en novembre en série limitée).

Starck pour Ballantyne

Une collection de vêtements en cachemire, qui peuvent être légués de génération en génération grâce à leur élégance indémodable et à l'extrême qualité de leur confection. «La notion démodée de transmission est en passe de devenir le concept moderne de consommation pour cause d'écologie.»

 

Photo: Sudio André Doyon 

 

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