Culture
16 janv. 2013

Et les nuances, bordel?

Par Chantal Tellier
Et les nuances, bordel?

Et les nuances, bordel? Auteur : Elle Québec

Culture
16 janv. 2013

Et les nuances, bordel?

Par Chantal Tellier

Une lectrice nous écrivait récemment pour se plaindre du fait que Stéphane Dompierre, dans sa chronique de notre numéro de janvier, se moquait allègrement du phénomène littéraire Cinquante nuances de Grey Au contraire de la dame, j’ai trouvé la chronique de Stéphane Dompierre jouissive et il pourra se vanter de m’avoir fait hurler… de rire.

Mais je suis assez d’accord avec la lectrice sur le fond de son propos. Bien des journalistes québécois – autant hommes que femmes – ont cloué le livre au pilori sous prétexte que c’était un retentissant succès et que donc, forcément, ce n’était pas bon. Vrai que Cinquante nuances de Grey n’est pas bien écrit, vrai que c’est redondant (euh, n’est-ce pas le propre de la porno?), mais j’aurais aimé que l’analyse soit poussée un peu plus loin… Au lieu de rejeter ce roman du revers de la main (paf!) et de se moquer de ce genre en le baptisant mommy porn – comme si les femmes avaient découvert le BDSM avec Cinquante nuances de Grey –, les chroniqueurs auraient-ils pu s’interroger sur les raisons du succès de ce véritable coup de maître? Sans doute avaient-ils d’autres chats à fouetter... Il doit bien en exister, des raisons, pourtant? Les femmes ont-elles peur d’avouer que ce pourrait être reposant d’être prises en charge dans la chambre à coucher alors qu’elles assurent toujours au boulot et à la maison? Les hommes ont-ils peur de prendre conscience que leur blonde les trouve un peu plates au lit et aimeraient que ça déménage davantage? Notre société serait-elle affligée de constater que malgré la révolution féministe, ce qui fait encore fantasmer bon nombre de femmes, ce sont les personnages masculins riches et dominateurs? Même si – et peut-être parce que – de plus en plus de femmes gagnent davantage d’argent que leur conjoint dans la vraie vie? Est-ce si grave que ça? Est-il possible que certains atavismes ne disparaissent pas en un claquement de doigts et que, pendant quelque temps, les femmes rêveront encore du prince charmant et d’une relation qui dure, et que les hommes rêveront... euh, de rester durs pendant leur relation Et pourquoi les femmes n’auraient-elles pas droit à leurs mauvais pornos, elles aussi? On a quand même du rattrapage à faire de ce côté-là avant d’atteindre l’égalité avec les hommes, non? Et si les romans qui suivront Cinquante nuances de Grey dans la vague mommy porn sont mieux écrits, les chroniqueurs se rabattront sur quoi pour se moquer des lectrices et du genre? Bref, je m’interroge. Pas vous? PSST! Avez-vous manqué la chronique de Stéphane Dompierre sur le sujet? Vous pouvez la lire ici : http://www.ellequebec.com/societe/societe/chronique-de-stephane-dompierre-cinquante-nuances-de-beige/a/68562
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