Cinéma et Télé
22 août 2016

Marc Labrèche: le retour du grand blond

Par Sophie Pouliot
Marc Labrèche: le retour du grand blond

-- Auteur : Sophie Pouliot Crédits : Marc Montplaisir

Cinéma et Télé
22 août 2016

Marc Labrèche: le retour du grand blond

Par Sophie Pouliot

Marc Labrèche nous manquait terriblement depuis Les bobos! Le voici de retour, aux commandes d’Info, sexe et mensonges, le nouveau téléjournal satirique qui promet de nous faire rire et réfléchir comme jamais...
 

Tout le monde aime Marc Labrèche. On aime le comédien au registre époustouflant, l’animateur qui nous fait jubiler, l’homme à l’humour délicieux, mêlant l’absurde et le cinglant, sans oublier le créateur au génie débridé. C’est surtout ce dernier que j’ai voulu rencontrer juste avant qu’il s’envole pour Naples, puis Londres, afin de renouer avec le rôle qu’il tient dans la pièce Les aiguilles et l’opium, créée par Robert Lepage. Un rôle éblouissant qui l’a d’ailleurs porté aux quatre coins du monde. Avec franchise, il a levé le voile sur Info, sexe et mensonges, l’émission d’actualité nouveau genre qu’il a conçue et qu’il animera à la rentrée. «On y présentera des éditoriaux satiriques portant sur des préoccupations dans l’air du temps, par exemple le sort des travailleurs mexicains qui trouvent ici une sorte de néo-esclavagisme, ou encore, pourquoi pas, le mandat de Radio-Canada», lance-t-il d’un air coquin. La télévision d’État, son diffuseur, lui accordera-t-elle carte blanche? Il le croit, mais ne s’inquiète nullement de la censure. «Ça ne m’a jamais trop arrêté!», confie-t-il. Quant à la rectitude politique, le problème, selon lui, ne serait pas nécessairement qu’on ne puisse plus rien dire sans offenser qui que ce soit, mais plutôt qu’on ne sache pas dire les choses sans froisser autrui: «Je crois malheureusement que ça vient en partie des limites de notre langage, explique-t-il. Souvent, on se heurte les uns les autres parce qu’on n’a pas assez de vocabulaire pour exprimer toutes les nuances de notre pensée.»

Chose certaine, on peut compter sur le démon blond du petit écran pour bien capter l’état d’esprit ambiant et l’exprimer avec éloquence et... élégance, un mot qu’il utilisera d’ailleurs à quelques reprises au cours de notre entretien. «J’aimerais qu’on aborde nos débats, nos questionnements et nos différences avec une certaine élégance, souligne-t-il. Plutôt que de voir émerger une pensée constructive qui essaie de s’articuler par un argumentaire, on assiste trop souvent à l’étalage d’humeurs d’individus plus ou moins narcissiques.»

Artiste ou... vendeur de chars?

Épris de liberté et d’intégrité, Marc Labrèche souhaite apporter de l’eau au moulin des idées. «Ce qui m’intéresse, c’est d’entrer en contact avec les gens et qu’ils sentent que, même s’ils ne sont pas d’accord avec moi, je veux simplement contribuer à la réflexion générale, affirme- t-il. Je n’ai pas vraiment d’autre ambition que celle-là.»

Celui qui fait s’esclaffer le Québec depuis déjà quelques décennies a ainsi élaboré sa propre vision du rôle du créateur au sein de la société. La théorie selon laquelle les artistes seraient de grands enfants n’aspirant qu’à être aimés, très peu pour lui. «Un scientifique ne gagne pas un prix Nobel pour se faire aimer, dit-il. C’est la même chose pour un auteur qui écrit une pièce de théâtre: il veut contribuer à sa façon à l’élan général qui fait avancer le monde. Sinon, ce n’est pas un artiste, c’est un vendeur de chars.»

La verve de celui qui dit s’être assagi, notamment grâce à l’influence de Robert Lepage, reste toujours aussi fougueuse. «Robert parle doucement, mais sa voix feutrée est l’une des plus puissantes que j’aie entendues, fait valoir le comédien. Il y a bien des façons de s’indigner et de dénoncer. Moi, je ne suis plus aussi enragé qu’à 25 ans, quand j’ai fait La fin du monde... Et aujourd’hui, c’est plus souvent en me chuchotant à l’oreille qu’on me fait réaliser des choses qui me font avancer, qu’en me forçant à les faire...»

La quête de sagesse n’est pas la seule avenue qu’explore celui qui prêtera sa voix, dès l’hiver 2017, au nouveau magazine d’information de Télé-Québec destiné aux jeunes, Cochon dingue. En plus de préparer sa toute première participation au rituel Bye Bye, cet acteur aguerri s’initie à la réalisation. Il a d’ailleurs signé l’un des neuf segments de 9: Le film, une comédie tirée de la pièce Neuf variations sur le vide, de Stéphane E. Roy, dont la sortie en salle est prévue pour le 9 septembre. Et pour notre plus grande joie, il y campe aussi un client odieux, qui persécute un vendeur d’appareils électroniques. «J’ai eu du plaisir à orchestrer les malaises et les silences, confie-t-il. Les silences m’intéressent énormément parce qu’ils arrêtent le temps.»

Non seulement l’artiste si exubérant à l’écran chérit-il les silences, mais il se considère appartenir, qui l’eût cru, au type contemplatif. C’est d’ailleurs ce qui lui permet de décrocher aisément du travail. Que contemple-t-il donc ainsi? «Le temps qu’il fait, le visage d’un inconnu dans un café, tout me fait réfléchir, avoue-t-il. Et comme le temps passe, je n’haïs pas la fausse urgence qui me pousse à chercher des réponses aux grandes questions de la vie avant de mourir.» Ce joyeux penseur, qu’on a pu entendre improviser tout l’été en compagnie de sa complice Anne Dorval à l’émission C’est le plus beau jour de ma vie (ICI Radio-Canada Première) est donc tout le contraire d’Étienne Maxou, des Bobos. «J’espère, il est insupportable!

Je ne voudrais pas être son ami; je ne voudrais pas qu’il soit assis à la table d’à côté; et je pense même que je lui aurais déjà donné deux ou trois claques!» lance-t-il dans un éclat de rire au charme ravageur.

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