Célébrités

Rencontre: Caroline Dhavernas, en état de grâce

Caroline Dhavernas, en état de grâce

Trench en coton Mugler

Auteur : Sophie Pouliot Crédits : Nelson Simoneau

Célébrités

Rencontre: Caroline Dhavernas, en état de grâce

Hannibal, Blue Moon, Mary Kills People... Caroline Dhavernas enchaîne des projets qui l'entraînent sur des chemins moins fréquentés. Entretien avec une comédienne qui collectionne les rôles atypiques.

Arborant un délicat chignon et des lèvres laquées écarlates, la splendide comédienne de 38 ans respire l’élégance décontractée lorsqu’elle arrive dans ce café du Mile-End, où nous avons rendez-vous. C’est expressément pour nous rencontrer que la comédienne montréalaise est venue de Toronto, où elle tourne dans la nouvelle série télévisée Mary Kills People, qui sera dif- fusée l’hiver prochain, à Global. Elle y incarne une médecin, mère de deux enfants, qui aide clandestinement des personnes malades à mettre fin à leurs jours. Un personnage atypique et complexe, dites-vous? Mais c’est précisément ce qui allume la belle! Ce
n’est d’ailleurs pas le premier de ce genre... Dans Blue
Moon, une télésérie originale
 d’ici qui fait un tabac présentement à Club illico, sa Chloé 
Vincent évolue dans un uni
vers paramilitaire peuplé de
durs à cuire. Dans la série à succès Hannibal, maintenant diffusée sur Netflix, elle joue une psychiatre, consultante pour le FBI, et, à ce titre, elle est exposée à toutes les horreurs — et le mot est faible — que commet son ancien professeur, maître ès cannibalisme. La voilà donc à des années-lumière de Marilyn, le téléroman de Lise Payette dans lequel, enfant, elle a fait ses débuts à la télévision!

Une voie affirmée

On dit Caroline réservée, et elle l’est, mais ce n’est pas synonyme de froide ou hautaine. Bien au contraire. Passer deux heures à discuter avec elle, c’est découvrir une femme certes discrète, mais charmante, sensible, cultivée, sûre d’elle et, surtout, éprise d’un métier qui ne cesse de lui donner d’heureux vertiges.

 

Caroline Dhavernas

 

Veste en tweed de laine mélangée (Isabel Marant); haut en résille stretch (Helder Diego); bagues en métal plaqué or (Annelise Michelson); bottillons en cuir (Edun).

Credits: Nelson Simoneau

 

 

Fille de la comédienne Michèle Deslauriers, la mère impayable de Martin Matte dans Les beaux malaises, et de l’artiste Sébastien Dhavernas, actif dans l’univers du doublage (il prête entre autres sa voix à Sean Penn dans les versions québécoises de ses films), Caroline a commencé dans le métier, inspirée par ce dernier, en débutant le doublage dès l’âge de huit ans. Mais après trois décennies de tournage sur des plateaux canadiens et américains, cette véritable enfant de la balle a désormais un cheminement artistique bien affirmé, qui lui fait privilégier des projets l’emmenant en terre inconnue ou moins explorée. «Que ce soit par rapport au sujet ou à la façon de le traiter, j’ai de plus en plus envie de travailler avec des gens qui osent et qui n’ont pas peur de faire les choses différemment», lance-t-elle d’un air décidé.

 

Parmi ces gens qui inspirent Caroline, il y a le craquant Copenhagois Mads Mikkelsen, que la comédienne avait découvert dans Cœurs ouverts et Après la noce, deux films de la réalisatrice danoise Susanne Bier. Des années plus tard, le destin a fait en sorte qu’il devienne son partenaire de jeu dans Hannibal. «Je le trouvais tellement beau, bon et extraordinaire, confie-t-elle, mais en même temps, il me fallait en revenir et faire mon travail parce que sinon, c’est lui qui n’aurait pas été très impressionné par moi!» L’acteur est ainsi passé d’idole à collègue estimé. «Il est très vif, très intelligent et il adore son métier. Il a toujours hâte au prochain plan, à son prochain film, mais tout en étant toujours présent et en s’intéressant à ce que font les autres acteurs. C’est vraiment un collègue de travail incroyable», ajoute-t-elle, encore visiblement admirative.

Le goût du risque

C’est encore et toujours au nom du dépassement de soi que la comédienne a écarté par le passé des propositions qui lui auraient apporté plus de gloire que de véritable gratification artistique. Des premiers rôles dans des séries de 22 épisodes sur le réseau NBC, par exemple, qui ressemblaient trop, à ses yeux, à ce qui avait déjà été fait. «J’ai envie de prendre des risques», souligne-t-elle. L’un d’eux, et non le moindre: camper Jeanne d’Arc, entourée de chanteurs d’opéra et de l'Orchestre symphonique de Baltimore, dans l'oratorio Jeanne au bûcher, au très prestigieux Carnegie Hall de New York, en 2011. Elle s'était alors mise passablement en danger en jouant sur scène, une première pour une femme qui garde toujours un peu de la timidité de son enfance! «J’étais tellement nerveuse que j’ai fait une laryngite et je n’ai pas pu parler pendant une semaine avant la première.» De son propre aveu, cette expérience fut l’une des plus intimidantes de toute sa carrière mais, finalement, elle lui a tellement plu qu’elle a maintenant la piqûre du théâtre. «J’aurais vraiment envie de faire du théâtre, de vivre une histoire qu’on raconte de A à Z sur scène en deux heures, sans qu’il y ait d’interruption toutes les 30 secondes ou toutes les minutes entre les scènes et entre les prises. Aussi, comme ça fait longtemps que je fais mon métier, j’ai envie de continuer à apprendre, à découvrir et à vivre de nouvelles choses», lance, enthousiaste, cette femme de tête semblant tenir viscéralement à mener sa vie et sa carrière selon ses propres règles.

Aux antipodes

Dans son tout nouveau projet cinématographique, Easy Living, le long métrage de l’Américain Adam Keleman qui prendra l’affiche l’an prochain, Caroline relève un autre beau défi. Elle y campe un personnage qui n’a rien de traditionnel. Le genre de femme qui urine sur la voie publique, s’allume une cigarette, puis poursuit sa route comme si de rien n’était. «J’y joue une fille à la croisée des chemins, qui habite dans un hôtel de bord de route et fait du porte-à-porte pour vendre du maquillage. Elle est alcoolique et a une petite fille de 10 ans dont elle ne peut s’occuper parce qu’elle est incapable d’organiser sa vie», résume-t-elle. La récente lauréate du prix Hommage Diamant Birks, qui salue les Canadiennes s’illustrant dans le milieu du cinéma, ajoute: «C’est l’fun de jouer des personnages complexes, qui sont loin de moi.» Doit-on craindre que ce type de rôles tourmentés affecte le moral de la téméraire comédienne? Ce serait bien mal la connaître. Les personnages qu’elle incarne, elle les laisse au vestiaire avant de rentrer chez elle. «Je ne suis pas une actrice comme Daniel Day-Lewis qui va s’enfermer pendant des mois pour préparer son rôle et qui parle à sa femme avec l’accent de son personnage!» Même que pendant le tournage de Hannibal, «on rigolait entre les scènes», confesse-t-elle.

Le rôle de toute beauté

Depuis peu, la comédienne joue un autre rôle, entièrement nouveau pour elle: celui d’égérie de la maison Lise Watier Cosmétiques. C’est un fait: la comédienne adore se maquiller. Mais son intérêt pour les fards, surtout pour les rouges à lèvres aux couleurs intenses, n’est pas la seule raison qui l’a incitée à devenir ambassadrice de la marque. Encore fallait-il que les valeurs de l’entreprise fassent écho aux siennes, ce qui s’est avéré. «C’est une marque québécoise, qui existe depuis plus de 40 ans, dit-elle. Elle a été créée pour des femmes fortes et modernes, et par une femme qui, née dans le quartier Hochelaga et partie de rien, a fait grandir son entreprise au fil des années.» Une autre femme l’inspire d’ailleurs au rayon de la beauté: Michèle Deslauriers. «J’ai la chance d’avoir une mère ravissante, qui vieillit naturellement et dont la joie de vivre et la lumière dans les yeux sont contagieuses. C’est mon modèle!» s’exclame-t-elle, pleine d’une fierté émue.

 

Caroline Dhavernas

 

Chemisier en coton et pantalon en laine (Céline); bracelets en résine métallisée (Ben-Amun by Isaac Menevitz); boucles d'oreilles en cuivre plaqué or (Stella McCartney); richelieu en cuir (Prada).

Credits: Nelson Simoneau

 

Une autre raison pour laquelle Caroline a accepté ce rôle de muse est la Fondation Lise Watier, qui fait vibrer sa fibre sociale. Les revenues tirés de la vente de certains produits (le rouge à lèvres Rouge Plumpissimo de couleur Rose tendresse et le gloss Lumière d’espoir) sont redirigés vers cette fondation, qui vient en aide aux femmes en difficulté. Cet enjeu la touche tout particulièrement puisqu’elle est aussi porte-parole de l’organisme Passages, une maison qui accueille les jeunes femmes de 18 à 30 ans traversant des moments difficiles. «Il peut s’agir de filles qui ont été violentées, précise-t-elle, ou encore, de filles d’immigrants, qui vivent des conflits de valeurs avec leurs parents et qui se retrouvent isolées. Quand on n’a plus de famille ni d’autres liens, comment est-ce qu’on se reconstruit? Avec une main tendue, comme celle-là», soutient-elle avec chaleur.

Bali et le monde

Au-delà du succès professionnel, il y a une vie dans laquelle mordre pour la star des petit et grand écrans. D’autant qu’elle est en couple avec le comédien Maxime Le Flaguais, un sujet qu’elle a toutefois refusé d’aborder, gardant secret cet aspect de son intimité. Par contre, Caroline s’ouvre volontiers sur le fait qu’après s’être profondément investie dans le travail, souvent loin des siens à New York et à Los Angeles, elle tient désormais à prendre le temps de peindre et de voyager. «Je suis déjà allée à Bali, seule, pendant presque quatre semaines, et l’état d’ouverture dans lequel j’étais me plaisait tellement — partout où je regardais, tout était à découvrir — que je me suis demandé comment je pouvais me mettre dans cet état-là tous les jours.» Elle se promet bien d’ailleurs de partir à nouveau, notamment pour un long voyage de plusieurs mois, «comme tous ces jeunes qui voyagent dans leur vingtaine, ce que je ne me suis jamais accordé parce que j’étais trop occupée ou que j’allais rater trop d’auditions».

Les escapades à la campagne qu’elle peut glisser dans ses horaires de tournage lui font aussi le plus grand bien. «On dirait que, maintenant, ces moments-là, où je ne fais rien, ont pour moi une valeur inestimable», dit-elle. C’est sans doute pour retrouver un peu de cette sérénité béate en ville qu’elle a peint une murale de paysage sur l’un des murs de sa petite maison victorienne du Plateau-Mont-Royal, où sont déployés les trésors qu’elle a dénichés chez des antiquaires, ces cavernes d’Ali Baba qu’elle aime explorer tout autant que les friperies. «Quand j’y trouve quelque chose qui me fait, surtout des chaussures, c’est comme si je trouvais un trésor!» lance-t-elle, le regard pétillant. Parions qu’il en va de même pour ses rôles... 

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