Célébrités

Rencontre avec Charlotte Le Bon: une star «made in Montréal»

Charlotte Le Bon: une star «made in Montréal»

-- Auteur : Sophie Pouliot Crédits : Marcin Tyska Source : ELLEQuébec.com

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Rencontre avec Charlotte Le Bon: une star «made in Montréal»

L’ex-Miss Météo de la chaîne française Canal + a le vent dans les voiles. La preuve: en cinq ans, la québécoise a tourné dans plus de 15 films et «skypé» avec Spielberg. Ces jours-ci, elle expose même ses dessins à Paris. Confidences.

À 30 ans, la fille unique de la comédienne Brigitte Paquette (19-2, Omertà) affiche un parcours hors du commun. Repérée non par une, mais bien par trois agences de mannequins alors qu’elle étudiait les arts plastiques au cégep Lionel-Groulx, à Sainte-Thérèse, Charlotte Le Bon a parcouru la planète en prenant la pose. Lassée par le mannequinat, elle le quitte à 23 ans pour incarner, en France, une Miss Météo passablement déjantée au Grand Journal, à Canal +. Le septième art ne tardant pas à lui faire les yeux doux, elle campe une superbe Ophélia dans Astérix et Obélix: Au service de Sa Majesté, deux ans plus tard. Depuis, elle a tourné aux côtés d’Helen Mirren dans The Hundred-Foot Journey et a été dirigée par Robert Zemeckis dans The Walk. Au moment d’écrire ces lignes, quatre films dans lesquels elle tient l’un des rôles principaux sont en salle en Amérique du Nord ou en Europe (Bastille Day, Le secret des banquises, Realive et Anthropoid); deux autres sont en post-production (Iris et The Promise); et ses dessins font l’objet d’une exposition à la Galerie Cinéma, à Paris.

Jointe au téléphone sur le Vieux Continent, la jeune femme à l’esprit vif a répondu sans détour à nos questions, et ce, dans un français parisien ponctué de «a» et de «in» bien québécois!

Comment vous plaisez-vous à Paris?

J’y habite depuis sept ans maintenant et j’aime beaucoup mon petit appartement dans le quartier du Marais, où je viens d’emménager, mais j’entretiens une relation d’amour-haine avec Paris. C’est certes très beau, l’offre culturelle y est folle et on y rencontre plein de gens intéressants, mais les rapports sociaux y sont parfois un peu... compliqués. (soupir) S’il y a un truc qui me manque énormément de Montréal, c’est son mode de vie décontracté et le fait que la communication y est si simple. Chaque fois que je vais dans un café ou un restaurant là-bas, les serveurs sont d’une telle gentillesse que ça me semble presque louche tellement je n’y suis plus habituée! Je m’ennuie aussi du ciel de Montréal. Il est d’un autre bleu, plus foncé, que je préfère mille fois à celui du ciel parisien.

On reconnaît bien là l’artiste en vous! Vous nous avez déjà confié que le dessin était votre art-thérapie. Est-ce toujours le cas?

C’est thérapeutique dans la mesure où c’est apaisant de savoir que j’ai ça. Parce que le métier d’acteur est éphémère. On ne sait pas combien de temps ça va durer et on est dépendant du désir des autres; tandis que le dessin et l’art durent toute la vie si on travaille avec sincérité. Alors, quand je pense à mes dessins, ça me calme.

Lorsqu’on connaît des débuts fulgurants au cinéma, croyez-vous qu’il est plus ardu d’avoir une longue et riche carrière?

Je suis présentement confrontée à ça. Quand j’ai fait Astérix et Obélix [en 2011], je me rappelle avoir dit à mon agent que je n’étais pas certaine d’aimer ce métier. J’ai dû faire plusieurs films pour être convaincue du contraire. Or, sur une quinzaine de longs métrages, j’ai l’impression d’avoir joué beaucoup de jeunes filles pétillantes et gentilles. Maintenant, pour être honnête, j’en ai plein le c... Mais plus on fait ce métier, plus on grandit, plus on est connu et plus, aussi, on ose nous proposer des rôles différents. Par exemple, dans Iris, de Jalil Lespert, je joue une femme fatale, et c’est une première pour moi. Alors, j’ai l’impression — j’espère, en fait! — que les propositions deviendront plus intéressantes et riches avec le temps...

Vous vous dites féministe. Est-ce une idéologie plus difficile à soutenir en France qu’au Québec?

Non. (Elle réfléchit un instant.) Le féminisme, c’est un mode de vie qui transparaît dans ce qu’on dit et ce qu’on fait tous les jours. Mais comme je suis très privilégiée, je suis féministe sans avoir de grands combats à mener. Mon premier métier, le mannequinat, est probablement le seul où les femmes sont mieux payées que les hommes. Je gagne aussi très bien ma vie en tant qu’actrice, et il m’est même arrivé d’être mieux payée que mes partenaires masculins. De plus, si un homme s’adresse à moi de façon inappropriée, je n’aurai absolument aucun scrupule à lui répondre exactement de la même façon. L’inégalité, je ne l’ai donc jamais vraiment vécue. Sauf peut-être quand on a fait la promotion du film Anthropoid, à New York. La presse américaine n’a sollicité d’entrevues qu’auprès des acteurs masculins. Ça m’a un peu énervée qu’on ne s’intéresse pas du tout à l’opinion des femmes du film. Et sur le tapis rouge, la première question qu’on m’a posée a été: «Et puis, comment c’était de travailler avec Jamie Dornan?», alors que le gars n’avait fait que Fifty Shades of Grey...

 

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Outre la disparité salariale inversée, que retenez-vous de vos années de mannequinat?

Beaucoup de solitude, de frustrations et de complexes. Quand on y pense, c’est le seul métier où il est légitime de pointer les défauts physiques de quelqu’un... C’est complètement fou! Et quand on quitte ce métier dans la vingtaine parce qu’on est trop vieille pour continuer et qu’on n’a pas atteint le cercle des top modèles, plusieurs sont, comme moi je l’ai été, hyper complexées par leur corps. Aussi, lorsque je suis devenue Miss Météo à Canal +, j’ai eu l’impression d’avoir enfin une vitrine pour montrer ce que j’avais dans le cerveau. [NDLR: Précisons que ses prestations tenaient plus de la chronique que du bulletin météo habituel.]

On vous sait rigolote à l’écran. L’êtes-vous aussi dans la vie?

Mon meilleur ami québécois, que j’appelle «mon frère d’âme» et qui est probablement celui qui me connaît le mieux au monde, dit que je suis comme une enfant. Quand je trouve une chose drôle, je ris très fort. Quand j’ai envie de pleurer, je pleure, parfois très fort aussi. Et il m’arrive également de piquer des colères monstres. D’ailleurs, ça peut poser problème. Par exemple, récemment, j’ai invité ma famille au Costa Rica, et on a refusé de nous louer une voiture, alors qu’il y en avait au moins 20 disponibles à l’agence de location, sous prétexte qu’aucune d’elles n’était identique à celle prévue à mon contrat. Ça m’a mise dans une rage folle... C’est important d’embrasser toutes ses émotions. (rire franc) Je suis aussi quelqu’un de mélancolique, et ça me sert lorsque je dessine comme lorsque je joue.

Quels sont vos projets?

J’aimerais bien réaliser un autre court métrage, car j’en ai déjà fait un, qui est projeté dans le cadre de mon exposition de dessins, et j’ai adoré l’expérience. En passant, le cinéaste David Lynch travaille dans le même atelier que moi, à Paris. J’ai beaucoup de chance! (soupir émerveillé) Avant de faire des films, il était peintre. Aujourd’hui, il peint encore, et c’est une partie très importante du processus de création de ses œuvres cinématographiques. Moi aussi, j’aimerais peut-être que la réalisation soit la prochaine étape de mon parcours. Et comme j’aime beaucoup écrire, je m’impliquerais aussi dans la scénarisation. Il y a plein de choses que je désire faire!

Pour jeter un coup d’œil sur ses œuvres, c’est par ici: lebonlebon.com.

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