Célébrités

Rencontre avec Audrey Tautou

Alliance Vivafilm Photographe : Alliance Vivafilm Auteur : Elle Québec

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Rencontre avec Audrey Tautou

 
Elle oublie tout, fuit les premières et ne revoit jamais ses films. Elle est naïve, déterminée et ne sait apparemment pas mentir. C’est une des actrices les mieux payées en France, pourtant elle loue le petit appartement d’un ami. Elle a une silhouette de moineau... qu’elle entretient en mangeant de riches plats en sauce! Elle lit des romans à profusion, mais boude totalement les journaux, la télé et la radio. Elle rêvait de devenir primatologue pour protéger les singes, et elle est devenue l’Amélie Poulain qui sauve le monde du cynisme ambiant... Audrey Tautou n’est pas une actrice comme les autres. Et cela s’entend à la façon délicieusement complice qu’elle a de me répondre au bout du fil reliant Montréal et Paris.

En 1999, son jeu dans Vénus Beauté (Institut), de Tonie Marshall, la fait remarquer et lui permet de remporter le César du meilleur espoir féminin l’année suivante. Les tournages se succèdent alors et, en 2001, elle devient la petite serveuse au grand coeur du Fabuleux destin d’Amélie Poulain, qui bouleversera nos vies et la sienne aussi.

Soudainement propulsée parmi les étoiles du cinéma, elle se met à scintiller dans des réalisations étrangères, dont Dirty Pretty Things, de Stephen Frears, Nowhere to Go but Up, d’Amos Kollek, et, plus tard, dans la superproduction américaine The Da Vinci Code, de Ron Howard, aux côtés de Tom Hanks. Ces quelques infidélités n’empêchent pas Audrey de jouer énormément en France, dans L’auberge espagnole, Un long dimanche de fiançailles, Hors de prix et Ensemble, c’est tout, par exemple. Ciel! une telle cascade de succès 10 ans à peine après sa première apparition au grand écran? «Ben ouais», et la tendance n’est pas près de s’essouffler. À 33 ans, elle offre une interprétation tout en nuances de Gabrielle Chanel dans Coco avant Chanel, le dernier film d’Anne Fontaine. Et sa complicité avec la grande Mademoiselle ne s’arrête pas là, puisqu’Audrey Tautou prête maintenant sa frimousse mutine au mythique No5, de Chanel, lui apportant une touche de modernité et un zeste d’impertinence. En entrevue, Audrey s’exprime librement, sans effets mesurés ni détours, ponctuant ses réponses de «ah ouais!» et de «oh non non!» joyeusement gouailleurs, derrière lesquels on devine toutefois une femme qui ne s’en laisse pas (trop) imposer.

 

audry-bout-1.jpgÀ VOIR EN VIDÉO

Le tapis rouge de la première du film Coco avant Chanel

Si Coco Chanel apparaissait à l’instant, qu’auriez-vous envie de lui dire?
Oh là là! je crois que j’aimerais surtout l’écouter, ah ouais! Elle avait un esprit incroyable. Elle était brillante, dure, provocatrice. Jusqu’à devenir réactionnaire et volcanique à la fin de sa vie. C’était un véritable personnage!

Assez éloigné de vous, tout de même...
Ah bon? vraiment? Vous parlez de son petit côté réactionnaire? Je plaisante! Cela dit, j’ai grandi à moins de 100 km de Moulins, où Chanel a passé une partie de son enfance. Et puis, je sais coudre aussi, vous savez! Mais la chose qui me rapproche réellement d’elle, c’est son immense soif d’indépendance. Comme Coco, j’ai besoin de m’éloigner du milieu où je travaille. Rien ne m’angoisse plus que la célébrité, le tapis rouge, les mondanités... Je rêverais de mener encore l’existence d’avant...

Celle d’avant Amélie Poulain?
Bien sûr! Car après, tout a basculé. D’ailleurs, j’évite d’aller à Montmartre, où pas mal de scènes du film ont été tournées. Ou sinon, c’est avec un chapeau, des lunettes et les yeux rivés au sol...
Vous imaginez s’il fallait qu’un touriste qui suit les traces d’Amélie Poulain au Café des deux moulins me reconnaisse? Il croirait voir la Vierge Marie lui apparaître à Lourdes! (éclat de rire)

Que vous reste-t-il de ce rôle si déterminant?
Il y a encore une partie d’elle en moi. Je pense à sa posture, à sa démarche, à ses mots... même si, curieusement, c’est le rôle que j’ai le plus composé. Je n’ai jamais joué un personnage qui soit complètement moi. (silence) En fait, je ne sais pas. J’ai tellement peu de distance face à moi-même... Je ne me regarde pas dans la glace.

Même pas le matin, au réveil?
 Ah non non non! Ça, non! Je préfère me préparer un Nescafé. [Audrey, alias Amélie, qui boit du café instantané, avouez que ça casse un mythe!]

Aimez-vous le vin?
Je n’en bois jamais! [Décidément, ça ne s’arrange pas!]

Et côté bouffe? [Je tente de sauver l’honneur français...]
Vous vous inquiétez pour ma santé? (rires) Rassurez-vous, j’aime tous les plats riches: le boeuf bourguignon, le foie gras, les fromages... Attention! j’ai des origines auvergnates.

Tiens, comme Chanel... J’aimerais bien que vous me parliez de votre Coco...
Pour moi, elle avait une force de caractère incroyable, le besoin d’affirmer ses goûts et, surtout, la volonté d’avancer, malgré l’incompréhension des gens qui l’entouraient. Elle éprouvait très, très fort le besoin d’être quelqu’un, mais elle ne savait pas comment y parvenir. Il aurait été facile pour moi de tomber dans un piège et de la jouer autoritaire, dure. Mais je trouvais plus intéressant de montrer son chaos intérieur, au lieu de révéler d’emblée l’impérieuse Chanel qu’on connaît aujourd’hui.

Et qu’avez-vous découvert sur elle en l’interprétant?
Qu’on ne crée qu’avec ses doutes. Chanel, en voulant laisser croire qu’elle n’avait que des certitudes, a passé la plus grande partie de sa vie à dresser des remparts et à s’isoler. Tout ça pour protéger sa soi-disant infaillibilité, alors qu’un être comme ça – infaillible –, ça n’existe pas, sinon au prix de grandes douleurs. En l’incarnant, j’ai voulu aller au-delà de la façade, car je crois que plus on a une carapace épaisse, plus on a de choses à cacher.

À quoi pensez-vous en particulier?
 À sa douleur d’avoir vu le grand amour lui échapper, c’est certain. Au moment où Boy Capel, le seul homme qu’elle ait jamais aimé, lui annonce qu’il ne l’épousera pas, elle lui répond stoïquement qu’elle a toujours su qu’elle ne serait jamais la femme de personne. Par la suite, elle aurait pu avoir droit à l’amour mais elle se l’est toujours interdit. La vie l’enserre dans un corset et quelque chose se brise en elle. Blessée, elle se réfugie dans une fierté qui l’étouffera toute sa vie et la laissera seule, sans amour. C’est une blessure secrète infiniment lourde à porter.

Ferait-elle écho à celle de votre récente rupture avec Mathieu Chédid [le chanteur français, alias M]? ...
 (Silence prolongé)

 

Bon... Alors, revenons au film... Dans quelle scène pensez-vous avoir le mieux résumé l’âme de Chanel?
Ouh là, ce serait prétentieux! Mais il s’est passé quelque chose de très fort en moi pendant le tournage de la scène finale, dans l’escalier mythique de la maison Chanel, rue Cambon. C’était un dimanche. Il y avait du monde partout et... une immense pression. Pourtant, j’étais imperméable à ce tourbillon. (silence) Je ne pouvais pas laisser la moindre distraction ou la moindre trace de manque de confiance entrer en moi. Je devais, à mes yeux en tout cas, m’identifier totalement à Chanel. Assise bien droite dans un de ses célèbres tailleurs, je me répétais en boucle: «Tu es ici chez toi, et toutes ces personnes travaillent pour toi.» Je ne sais pas si j’ai réussi, mais j’étais dans la peau de Chanel, exactement.

Quel effet cela vous fait-il d’être la nouvelle égérie du No5, de Chanel, après Catherine Deneuve, Carole Bouquet et Nicole Kidman?
Franchement, j’ai du mal à me considérer comme une égérie, même si je suis extrêmement flattée. À vrai dire, je me vois plus proche du parfum, de son histoire, je dirais même de Coco Chanel, que de la lignée de toutes ces femmes célèbres qui l’ont incarné.

Vous apportez à cette fragrance une jeunesse, une fraîcheur et une liberté délicieusement inattendues. Je vous imagine menant une vie assez bohème...
Ça oui! Je déteste avoir des habitudes. À part celle d’aller chercher mon pain le matin chez mon boulanger, à deux pas de chez moi. Je n’aime pas l’idée d’avoir un fil à la patte. C’est sans doute pour ça que je loue le petit appart d’un ami, dans le 9e arrondissement.

Vous êtes locataire? C’est assez étonnant, non?
Ben non! Acheter un truc, ça ne me préoccupe pas vraiment. J’aime trop voyager et me sentir libre. Je suis assez solitaire et nomade... Chez moi, c’est plutôt bordélique, pas du tout zen. Il y a des CD et des livres partout. J’en achète beaucoup. Et j’en offre pas mal aussi.

Que lisez-vous ces jours-ci?
Je dévore le bestseller de Paolo Giordano, La solitude des nombres premiers. C’est une histoire bouleversante, voire dérangeante, très sombre...

Est-ce ce genre d’univers qui vous attend dans votre prochain film?
Ah pas du tout! Je m’apprête à me rendre dans le sud de la France pour jouer dans une comédie de Pierre Salvadori, le réalisateur de Hors de prix. Ça s’annonce très léger, très drôle. J’adore ça.

Pas de projet de tournage à Hollywood?

 Non. Ça tombe bien car je n’aime pas trop prendre l’avion... surtout au décollage. Mais bon, ça va, je cache ma peur. Comme Chanel.

 

 

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Une entrevue avec Audrey Tautou en tant qu'érégie de Chanel.

 

 

 

TOUT SUR TAUTOU

Nom
Audrey (en hommage à Audrey Hepburn) Justine Tautou.

 Âge
33 ans, depuis le 9 août dernier.

Signe astrologique
Lion, comme Coco Chanel.

Trait particulier
Très jalouse de sa vie privée – elle n’en parle jamais.

Sa fratrie
Elle est l’aînée de quatre enfants, a deux soeurs et un frère.

Son pire talent
Petite, elle a tâté du hautbois; «une catastrophe», dit-elle. Curieusement, son jeu maladroit semblait plaire... «aux vaches des environs».

Statut
Célibataire et sans enfant.

Un grand voyage

Le Pérou, qu’elle a exploré très simplement, visitant des parcs naturels et des monastères.

Pour se détendre
Elle peint, elle lit, elle écoute de la musique, elle parcourt la planète et s’adonne à la photo avec son Leica.

Le dernier roman qui l’a émue
Les années, d’Annie Ernaux, «un livre magnifique, sublime».

Une tocade
Elle photographie chaque journaliste qui l’interviewe, «pour garder une trace de mes rencontres».



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