Célébrités

Hélène Florent, follement simple

Michel Cloutier Auteur : Elle Québec Crédits : Michel Cloutier

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Hélène Florent, follement simple

LA BELLE HÉLÈNE

Une sémillante robe rouge à fleurs: voilà la tenue qu’Hélène Florent avait projeté de mettre lors du Gala Artis 2008. Ne cherchez pas, vous ne l’avez jamais vue. À la dernière minute, la comédienne a choisi une robe noire classique. Trop sexy, trop voyante? «Trop, c’est tout, répond- elle avec son doux sourire de Joconde. J’aime les vêtements très colorés ou extravagants, mais je n’ai pas l’audace de les porter. Ça viendra. Je me prépare tranquillement à assumer cette part de moi.»

En ce moment, elle est vêtue d’un jean, d’un veston vert à la poche décousue et d’un polo neutre désassorti. Un look que ne renierait pas l’attachante Stéphanie, le personnage qu’elle incarne dans la télésérie La galère, sur l’amitié de quatre copines imparfaites, mais qui horrifierait la très snob femme d’affaires Gail, à qui elle prête ses traits dans la télésérie Belle-Baie. «Sur mes photos d’ado, je suis invariablement en jean, espadrilles et t-shirt. À 35 ans, je n’ai pas changé. Je ne prends pas plaisir à me maquiller, encore moins à me coiffer. Je suis une fille simple.»

Retenez cet adjectif: il la résume entièrement. Simple comme dans «réservée». Réservée comme dans «peu sûre d’elle». Plusieurs fois durant l’entrevue, elle épiera mes notes (à l’envers) et devancera mes questions. «C’est la nervosité, s’excuse-t-elle. Je suis mal à l’aise à l’idée de parler de moi, je ne trouve pas ma vie très intéressante. Je suis tellement ordinaire...» Simple donc, mais humble aussi, comme dans «zéro égo». Et vulnérable comme un escargot sans sa coquille.

À l’écran, Hélène Florent distille une force tranquille. La réalité est tout autre. «Je n’arrête pas de dire que je suis “trop p’tite” pour faire ceci ou cela! fait-elle remarquer. J’ai longtemps manqué de confiance en moi. Je m’améliore, mais je préfère, et de loin, me glisser dans la peau d’un personnage que d’être dans ma peau à moi.»

À VOIR EN VIDÉO: La séance photo d'Hélène Florent pour ELLE Québec

 

THÉRAPIE CATHODIQUE

Pour celle qui abhorre être le centre d’attention, l’année qui vient aura l’allure d’une véritable thérapie-choc. Hélène Florent sera en vedette partout. D’abord dans la deuxième saison de La galère cet automne à Radio-Canada. Puis dans deux nouvelles séries à l’hiver 2010: Ni plus ni moi, à Séries , aux côtés d’Emmanuel Bilodeau; et Toute la vérité – des auteurs d’Annie et ses hommes (Annie Piérard et Bernard Dansereau) – à TVA, où elle incarne une procureure, qui aura Denis Bouchard comme boss. Sans oublier la pièce de théâtre Sacré coeur, d’Alexis Martin, présentée à L’Espace libre du 20 octobre au 21 novembre, et le film Y sont où nos bateaux? qu’on verra bientôt au grand écran.

L’être humain est décidément un animal étrange. Comment cette femme peut-elle encore douter d’elle-même avec les demandes qui affluent de partout? Et avec une allure pareille! Sa silhouette est bien balancée et sa beauté rayonnante a un éclat naturel, façon belle d’Ivory pétante de santé. Mâtinés d’une touche de classicisme, les traits d’Hélène Florent lui permettraient de suivre sans peine les traces d’une de ses idoles, la comédienne Andrée Lachapelle. «Tu trouves? demande-t-elle avec un petit sourire incrédule. En fait, Andrée ressemble beaucoup à ma mère.» Puis, le sourire s’efface un peu... «Plus jeune, j’en ai décousu avec mon image. Mais là, ça va mieux. Je m’accepte comme je suis.»

Hélène Florent a une image d’elle à ce point brouillée que lorsqu’on lui a soumis le scénario du film de Sébastien Rose La vie avec mon père (2005), un de ses premiers rôles marquants, elle n’en est pas revenue! «Moi, jouer le pétard dont trois hommes tombent amoureux? Je ne le croyais pas. Surtout qu’à l’école de théâtre, comme j’étais plus âgée que les autres étudiants, j’avais interprété systématiquement... des mères!

Fille cadette, elle raconte que dans sa famille, la belle des deux, c’était sa soeur aînée, la comédienne Catherine Florent qu’on a vue à la télé dans Caméra café et L’auberge du chien noir. «Catherine a été mannequin un temps, elle a toujours eu du style et elle est tellement féminine. Moi, j’étais le genre plein-air-et-camp-de-vacances», précise-t-elle en avouant être encore émue par l’odeur du Muskol, qui lui rappelle ses expéditions de jeunesse en canot-camping.

«C’est drôle, on nous prend parfois pour des jumelles, ma soeur et moi, poursuit-elle en soupirant un peu devant la fatalité. Nous avons pourtant chacune notre personnalité et nous abordons nos rôles bien différemment. Par contre, je rêverais de jouer un jour avec elle. Nous avons déjà échangé quelques phrases à l’écran dans Lance et compte et La galère, mais sans plus.»

À VOIR EN VIDÉO: la séance photo d'Hélène Florent pour ELLE Québec

FEMME À TOUT FAIRE

Les deux soeurs ont grandi à Saint-Sacrement, un quartier bourgeois de Québec, et ont passé plusieurs étés à l’île d’Orléans. «C’est encore mon île. Dès que je passe le pont, je relaxe.» Et que fait son père? Sa mère? On ne le saura pas. Le livre de famille se referme ici. N’insistez pas. «C’est privé», tranche-t-elle en se raidissant.

Par contre, elle reconnaît «s’être beaucoup cherchée» avant de savoir ce qu’elle voulait vraiment faire dans la vie. «Je n’étais douée dans aucune matière. Pour réussir, je devais travailler fort», admet-elle en évoquant son secondaire au collège Saint-Charles-Garnier. «Heureusement que les activités parascolaires me donnaient le goût de me lever pour aller à l’école!» Elle s’y est d’ailleurs initiée au théâtre avec ses compagnons Pierre-François Legendre (Les Invincibles) et Catherine Allard (Annie et ses hommes).

Le DEC en récréologie l’attirait, mais elle s’est plutôt inscrite en théâtre au collège Lionel-Groulx, comme plusieurs de ses amis. «Justement. Au bout d’un an, je me suis demandé si je n’avais pas simplement suivi le groupe. Alors, j’ai abandonné.»

De 1995 à 1997, elle est devenue «femme à tout faire» sur des plateaux de tournage de vidéoclips et de courts métrages. «J’ai été aussi bien assistante de production que chauffeuse ou responsable du café. Comme je n’en buvais pas, celui que je préparais était carrément infect!» Mais un soir, à Québec, durant une pièce dont elle assurait la régie, tout est devenu clair: c’est sur la scène qu’elle avait envie d’être et non derrière. En 1997, à 23 ans, elle est entrée au Conservatoire d’art dramatique de Québec.

Cette fois, son avenir était tracé, non? «Euh... pas tout à fait. J’ai encore failli abandonner après un an! dit-elle en s’esclaffant. Les profs ne m’encourageaient pas assez à mon goût, et ça me déstabilisait. Mais finalement, je suis restée jusqu’à ce que j’obtienne mon diplôme en 2000.»

On aime nos vedettes, au Québec! Cliquez pour voir la vidéo de la séance photo avec VÉRONIQUE CLOUTIER.

UN SUCCÈS MÉRITÉ

Des années difficiles ont suivi, ponctuées de longues périodes où on ne lui offrait pas grand-chose. «Mais je n’ai jamais attendu à côté du téléphone.» Elle a su utiliser ces temps morts à bon escient. «Un comédien doit développer aussi ses projets pour dire sa propre parole.» Déjà en 1998, son court métrage Celui qui l’dit, celui qui l’est lui a valu le Prix du public du concours Vidéaste recherché•e.

Au moment de notre rencontre, elle venait tout juste de terminer Léger problème, un petit film de neuf minutes dont elle signe à la fois le scénario et la réalisation. «On l’a soumis à différents festivals, souligne-t-elle, très fébrile. Je croise les doigts pour qu’il soit retenu.» Côté théâtre, elle a fondé en 2003, avec deux autres comédiennes de Québec, le groupe Ad Hoc, qui est à l’origine de créations comme Le psychomaton.

On l’a vue également dans plusieurs films (Yellowknife, Mémoires affectives, Familia, Ma fille mon ange, Dans les villes, La lâcheté...) et séries télé (Tribu.com, Un homme mort, Marie-Antoinette, La promesse...). Jolie blonde sympathique ou harpie, princesse ou prostituée, la comédienne caméléon a de quoi garnir convenablement son CV. Mais il lui a fallu attendre 2007 et ses rôles-clés dans La galère et Les Invincibles pour que le public mette enfin un nom sur son visage.

Cette reconnaissance subite l’a un brin effarouchée. Lors de son passage à Tout le monde en parle il y a deux ans, Guy A. Lepage lui a posé cette Question qui tue: «As-tu peur d’être la saveur du mois?» Elle a répondu «Oui!» sans hésiter. La saveur dure pourtant encore et encore. Les inquiétudes d’Hélène aussi. Mais elle se raisonne. «Mon père répète souvent cette phrase: “Ce que tu fais sans le temps, le temps le défait.” Autrement dit, si les choses t’arrivent trop vite, elles ne durent pas. Et inversement. J’ai travaillé fort avant d’obtenir ce succès. Je ne l’ai pas volé. Cela dit, je reste ambivalente. Il y a tellement d’excellents “acteux” et “acteuses” (rires). J’aimerais pouvoir redistribuer mes rôles, partager ma chance avec ma soeur, mes amis. Et avec mon chum, bien sûr!»


L’amoureux en question, c’est Danny Gilmore (Gaz Bar Blues, Minuit le soir). Quand elle parle de lui, il y a de l’amour fou dans l’air. «Avant même de le connaître, je l’avais remarqué comme acteur: il est magique.»

QUÉBEC, POUR TOUJOURS

Elle a déménagé à Montréal en 2005 – «j’avais besoin de changer d’air» –, mais la ville de Québec, elle l’aime. Le Québec aussi. Elle n’envisage nullement d’aller faire carrière ailleurs ni dans cinq ans ni dans dix ans. «Je suis une vraie Québécoise. J’aime les quatre saisons, j’aime vivre ici.» Elle hausse les épaules. «Je le redis, je suis une fille ordinaire.» Comme Stéphanie, une des quatre héroïnes de La galère, qu’elle considère comme son alter ego. «Entendons-nous, mes amours sont moins compliquées que les siennes! Mais Stéphanie veut bien faire, même si elle s’y prend parfois très mal. C’est une bonne personne.» Silence. «Je pense que c’est aussi l’image que je projette, ajoute-t-elle. À moins que je ne m’illusionne complètement. J’espère que non.»

Si une angoisse taraude Hélène Florent, c’est de perdre contact avec elle-même. Rester authentique, telle est son obsession. Afin d’en être bien certaine, elle s’est fait tatouer une rose des vents dans le dos. «Pour ne jamais perdre le nord...»



HÉLÈNE EN SEPT TEMPS


Un sport
«Le vélo et le ski de fond. Et j’adorerais refaire des équipées en canot-camping!»

Un livre
«L’élégance du hérisson, de Muriel Barbery.»

Une musique
«Mano Solo et aussi Dumas, Loco Locass, Patrick Watson.»

Sa plus grande qualité et son pire défaut
«Une même réponse: ma sensibilité extrême.»

Un plaisir secret

«Je regarde l’émission So You Think You Can Dance.»

Un rôle de rêve
«Un personnage avec des ailes. Une fée ou un être maléfique, peu importe! Je veux des ailes.»

Si elle gagnait un gros lot de plusieurs millions...
«Je me paierais un super chalet. Non, je deviendrais mécène et je financerais les projets de mes amis.»

 

 

FF-H-Florent1396-EQ241.jpgÀ VOIR EN VIDÉO

La séance photo d'Hélène Florent

 

 

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