Célébrités

Coeur de pirate: contre vents et marées

Coeur de pirate: contre vents et marées

Fleurs: Opus Design Photographe : Nelson Simoneau

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Coeur de pirate: contre vents et marées

Un échange rieur et empreint de vérité entre Béatrice Martin et Anne-Marie Withenshaw.

Récemment, on me lançait sur les réseaux sociaux: «C’est comment être l’amie de Cœur de pirate?» Cette artiste complète aux émotions à fleur de peau, machine d’écriture, bourreau de travail, maman aimante et mini-Martha Stewart à ses heures, je l’appelle plutôt Béa. Les dernières années n’ont pas été de tout repos pour mon amie. Entre une tournée américaine éreintante, un coming out qui a fait des vagues (mais qui m’a rendue très fière!), une séparation médiatisée suivie d’un mariage de toute beauté, Béatrice Martin en a vu de toutes les couleurs et a fait le sage choix de ne plus parler aux médias de ses relations amoureuses. Au bout du rouleau, elle a même envisagé de mettre un terme définitif au projet Cœur de pirate. Mais, fort heureusement pour nous, l’inspiration lui est revenue et l’artiste nous offre un album touchant, qui sortira cet été: En cas de tempête, ce jardin sera fermé. Les premiers extraits, Prémonition et Combustible, m’ont touchée droit au cœur. Pour parler de son processus créatif et des différents événements qui l’ont menée à l’écriture de cet opus, je l’ai rencontrée lors d’un tête-à-tête empreint de vérité.

Alors, tu sors un tout nouvel album. Je pensais pourtant que tu avais décidé de ne plus faire de musique... 

Je me dis ça après chaque album! (rires) Et pourtant, il y a toujours quelque chose qui me donne envie de créer, alors je m’y remets! Je ne sais pas si j’aurai envie de continuer après la sortie de celui-ci, mais j’en suis vraiment fière. 

Tu ne voulais plus faire de musique parce que tu étais épuisée ou bien parce que tu entretenais une certaine rancœur pour le public, qui a scruté ta vie intime à la loupe? 

Non, j’adore mon public. Il a toujours été là. J’ai voulu mettre un frein à ma carrière après la tournée Roses, aux États-Unis, qui a été particulièrement éprouvante. J’avais de très grandes attentes, on voulait faire quelque chose d’ambitieux. Mais l’étiquette de disque américaine qui me représentait a fermé ses portes juste avant mon départ et je me suis retrouvée sans personne pour m’aider à défendre ce nouvel album. Pas de stratégie, pas de plan marketing, pas de soutien financier... J’ai pris cette nouvelle comme une défaite personnelle, mais je suis tout de même partie, le vague à l’âme. Pour financer la tournée, qui coûtait extrêmement cher, j’ai donné plus de 250 concerts en un an... Même si j’adore être sur scène, j’étais épuisée.

C’est fou, ça! Donner un concert plus d’un jour sur deux, alors que tu es aussi maman... 

La société met tellement de pression sur les femmes pour être des «mères convenables». Ce jugement m’a énormément affectée. Par chance, mon mari m’a grandement aidée. Mais ç’a aussi été difficile pour nous deux, de se voir aussi peu... Tout ça, mis bout à bout, m’a fait imploser, puis réfléchir. Mon besoin de briller, d’être sur scène, n’est plus aussi fort qu’avant. Je me suis dit que je pourrais faire de la musique, mais autrement. Écrire pour d’autres chanteurs ou créer la bande-son d’un film, par exemple... Puis, j’ai participé à l’émission de télé-réalité française Nouvelle Star, et j’ai fait la connaissance d’un participant venu du Vénézuéla qui avait appris le français grâce à mes chansons. J’ai réalisé qu’il y a des gens, des fans, qui comptent sur moi d’une certaine façon, que ce soit pour vivre des émotions ou pour canaliser leurs sentiments à travers ma musique... Ça m’a fait prendre conscience de ma responsabilité. Au-delà d’être mère, j’ai besoin d’avoir un but dans la vie et, grâce à cette expérience, je me suis rappelé que j’en avais un. 

Comment s’est passée la création de ton nouvel album? 

Il y a un an, j’ai écrit Somnambule, une chanson sur les premiers ébats amoureux. Puis, ma vie s’est un peu effondrée. Au retour de ma tournée américaine, j’ai ressenti un énorme vide et j’ai fait une dépression. Je me suis dit: «Je vais voir mes amis et faire le party!» J’ai commencé à boire beaucoup, comme pour faire passer le temps. Je ne suis pas alcoolique, mais l’aspect créatif de ma personne s’est estompé. J’ai arrêté d’écrire des chansons – alors que j’écris tout le temps! Après plusieurs mois passés dans cette spirale malsaine, je me suis rendu compte que ça ne fonctionnait pas du tout. J’ai arrêté de boire, et toutes les émotions que j’avais tenté d’enterrer jusqu’alors ont refait surface. J’ai décidé d’en parler. C’est de là qu’est né l’album... 

Tu as donc choisi d’être honnête? 

Oui. J’aborde un tas de sujets. Le viol conjugal, par exemple, qui est un sujet assez délicat, parce que tu le vis avec quelqu’un que tu es censé aimer. Le mouvement #moiaussi, et tout ce qui en découle, m’a donné du courage. Quand j’ouvrais les journaux au moment où on parlait de Weinstein, Rozon et tous les autres, ça me déstabilisait. Ça me ramenait à mes propres expériences et je ne savais pas comment gérer toutes ces émotions. La meilleure façon que j’ai trouvé de dealer avec ça, c’est d’écrire des chansons.

Coeur de pirate - Rencontre mai 2018

Photographe: Nelson Simoneau

As-tu pris la décision d’arrêter de boire toute seule ou est-ce ton entourage qui t’a fait réaliser ton comportement problématique?

C’est moi. Mon entourage s’en rendait plus ou moins compte. En fait, la dépendance, les soirées, l’alcool, c’est tellement normalisé de nos jours que les gens croient que c’est correct et sain d’être toujours en train de faire la fête. On ne reconnait plus les signes de détresse. Ça m’a perturbée, parce que ce n’était pas la première fois que je tombais dans l’excès... Ça m’arrive dans des moments de grands doutes. J’aborde d’ailleurs ce sujet dans l’album: le fait de vieillir, mais de vivre encore comme si on avait 18 ans, en sortant en boîte de nuit par exemple. Je crois que beaucoup de personnes sont enfermées dans ce monde parallèle, minées par la peur de ne plus avoir l’air jeune et cool. Surtout dans l’univers de la musique... À un moment donné pourtant, it’s time to move on! J’en suis à une nouvelle étape dans ma vie et dans ma carrière... 

À l’étape où on te demande d’être juge dans des concours de chant! 

(Elle éclate de rire.) Je suis vieille, maintenant! 

Imagine comment je me sens! (rires) Mais ne t’inquiète pas, tes chansons sont très actuelles! Il y a même quelques pièces très dansantes sur l’album... 

Comme les sujets traités sont très sombres, je trouvais intéressant de créer un contraste avec des rythmes entraînants. Dans Prémonition, par exemple, qui aborde une relation toxique, je trouvais que rendre la mélodie dansante permettait de montrer en même temps le côté rassurant de ce genre d’histoire. Le fond est dark, comme les paroles de la chanson, mais tu restes parce que c’est confortable. Cette chanson est basée sur des histoires vraies de couples autour de moi qui sont dans des situations horribles... 

Je sais de quoi tu parles... On a envie de leur crier: «Séparez-vous!» 

Tout à fait. Il y a d’autres poissons dans l’océan! J’ai réalisé que dans nos relations amoureuses, on recrée ce qu’on a vécu dans notre enfance. Moi, je me suis fait intimider toute ma jeunesse. À cause de ça, j’ai toujours inconsciemment cherché des partenaires qui me traitaient mal, et ce, malgré le succès et mon sentiment d’accomplissement. Quand j’ai enfin rencontré quelqu’un de gentil... j’ai trouvé ça «plate»! (rires) J’ai essayé de comprendre pourquoi je reproduisais ce schéma-là. Je crois que je me complaisais dans des situations qui m’étaient familières. J’ai réalisé que pour être dans une relation heureuse, ça prend du travail... et du temps! 

J’adore la chanson Combustible. Tu parles d’une femme forte, mais qui vit avec des démons intérieurs. 

C’est une fille qui met en garde son amoureux: «Tu joues avec le feu! Je peux exploser à tout moment.» Les traumatismes du passé définissent souvent ce qu’on devient, sauf si on les affronte. C’est ce que j’ai choisi de faire. 

Ta fille Romy adore t’entendre chanter, c’est beau à voir! 

Elle a grandi là-dedans! Son album préféré dans mon répertoire, c’est Roses. Elle connaît les chansons par cœur, elles ont bercé les premières années de sa vie. Mais là, elle ne semble pas super intéressée par mes nouvelles compositions! (rires) 

Penses-tu encore à elle quand tu écris? 

Tout le temps. Je mesure l’impact que mes mots auront sur sa vie. J’ai envie qu’elle soit fière de moi, qu’elle se reconnaisse dans mes paroles. Je ne sais pas ce qu’elle en pensera quand elle sera ado. J’ai hâte de voir...


Selon toi, est-ce que les réseaux sociaux jouent un rôle dans ta popularité et dans le fait que tes salles sont pleines, ici comme ailleurs dans le monde? 

Oui, c’est important pour les fans qui ne vivent pas au Québec ou en France, qui ne parlent pas français et qui ne me voient pas dans les médias traditionnels. Pour autant, je ne me prends plus au sérieux sur les médias sociaux. Tout ce que je publie maintenant, c’est pour rire, sinon, ça devient rapidement drainant. Reste que ça me permet de me faire connaître dans des endroits que je n’ai jamais visités! C’est impressionnant. 

Le public croit que tu es une personne triste parce que tu es émotive et que tu écris des chansons profondes... Pourtant tu es très drôle! 

Oui, je suis hilarante! (rires)

Aimerais-tu dévoiler ton côté plus léger? 

Je pense que oui. J’ai des projets en développement qui vont me permettre de le faire. Être une «célébrité», déjà, c’est assez drôle... Il m’arrive souvent d’oublier que je suis connue. Je sors de la maison sans maquillage, avec une tuque enfoncée sur la tête. Je prends le bus et le métro... Je vis ma vie de fille de 28 ans, pas l’existence d’une vedette, et ça donne souvent lieu à des situations cocasses.


Même si on a dix ans d’écart, tu es ma seule amie qui a eu un bébé avant moi, tout en travaillant dans l’œil du public, dans un métier où, de surcroît, on se base beaucoup sur l’image et l’apparence. Tu m’as vraiment aidée et inspirée quand j’ai décidé de fonder une famille... 

Toi aussi, tu es un modèle pour moi! Bon, je vais pleurer... (silence) Ta façon de gérer ta vie, de parvenir à tout faire, à toujours garder la tête hors de l’eau, c’est fou! Sinon, Oprah est mon ultime modèle de businesswoman. Et je dois aussi beaucoup à ma mère, qui a été une inspiration en ce qui a trait à la conciliation travail-famille. Elle a toujours été présente et disponible pour moi, tout en travaillant énormément, elle aussi. 

Tu soulignes cette année tes 10 ans de carrière, une décennie où non seulement tu t’es forgé une réputation internationale, mais qui t’as vue devenir maman. Ce que tu as accompli est colossal! J’ai une fille de quatre ans et demi, et je m’en remets à peine. J’ai envie de te faire un high five!

 Dans ce métier-là, il y a une grosse part de chance, c’est surtout un concours de circonstances. J’étais à la bonne place, au bon moment. Mais pour pouvoir durer, c’est du travail acharné, constant. C’est un métier cool, mais hyper demandant. En tournée, je vois beaucoup moins ma fille. C’est difficile à admettre... 

C’est possible de concilier carrière et famille, mais on n’a jamais de répit... 

Exact! Je suis toujours en mouvement. J’essaie de prendre les choses comme elles viennent et de m’adapter à chaque situation. Je crois que tout arrive pour une raison. Et même si j’ai parfois des doutes et des remises en question, je ne changerais ma vie pour rien au monde! 

 

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