Sophie Chavanel est journaliste pour Radio-Canada lorsqu'elle apprend la nouvelle du séisme en Haïti. Ébranlée, elle décide de tout quitter pour se joindre à l'équipe de la Croix-Rouge à Port-au-Prince. C'est son journal.
«Je m'appelle Sophie, j'ai presque 30 ans, je suis en couple depuis six ans. Je n'ai pas d'enfants, mais j'ai un épagneul. Il y a quelques mois, j'ai décidé de changer de vie.
C'était le 12 janvier 2010. Je travaillais dans la salle de nouvelles de Radio-Canada, à Montréal, en tant que journaliste, quand j'ai lu les premières lignes du fil de presse: «EARTHQUAKE HAITI MAGNITUDE 7 USGS». Les heures, les jours et les semaines qui ont suivi ont été extrêmement forts en émotions, alors que je voyais à la télé, comme vous, les images d'Haïti sous les décombres. J'ai alors pris une décision. Je ne voulais plus seulement rapporter les événements de l'extérieur, je voulais être sur place. En août 2010, j'ai entrepris un nouveau parcours: je suis devenue coordonnatrice des communications de la Croix-Rouge canadienne en Haïti.»
Sophie Chavanel restera en Haïti pendant un an. Suivez ses activités dans son journal ci-dessous ou sur son fil Twitter.
Lisez le début du journal de Sophie.
Port-au-Prince, 28 juillet 2011
Orevwa Ayiti
C'est avec un pincement au cœur que je vous écris aujourd'hui ma dernière chronique à partir d'Haïti. Depuis, un an, je partage avec vous chaque semaine un petit morceau d'Haïti et de mon expérience avec la Croix-Rouge. J'espère que ça vous a plu autant qu'à moi.
Depuis un an je partage avec vous mes observations, comme les progrès faits par les Haïtiens pour reconstruire leur pays. Des moments très tristes, comme la mort de mon collègue et ami Moïse. Des moments plutôt cocasses, comme ma découverte de la poutine de Port-au-Prince. Des moments de grand stress, comme lorsque l'ouragan Tomas a balayé le pays. Des moments de joie comme celui où mes collègues ont aidé une femme à mettre au monde son enfant dans leur voiture, sur la route de Jacmel. J'ai essayé, du mieux que j'ai pu, de vous faire partager, avec mes yeux de jeune Montréalaise, mon expérience en tant que travailleuse humanitaire pour la Croix-Rouge après un des désastres naturels les plus dévastateurs de l'histoire.
Cette année passée avec la Croix-Rouge a été pour moi une expérience incroyable qui a définitivement changé ma vie et il me faudra encore quelque temps pour digérer tout ce qui s'est passé depuis un an. Une chose est sûre, cette expérience m'a appris beaucoup de choses, notamment le courage des Haïtiens et leur immense capacité à surmonter les épreuves, la complexité d'aider les gens et le dévouement de ceux qui font ce travail. J'ai également réappris l'importance de ne pas juger, sans comprendre la réalité dans laquelle les gens vivent. C'est une chose que l'on oublie trop souvent. C'est une leçon de vie qu'Haïti m'a offerte, une leçon que je n'oublierai jamais.
Malgré un pincement au cœur, je suis heureuse de retourner chez moi, avec mon amoureux, mon chien, mon lit si confortable et ma machine à Espresso. Mais c'est le cœur lourd que je laisse Haïti. Malgré les imperfections, les gens font que ce pays vous colle à la peau. Il y a aussi toutes ces histoires d'espoir dont j'ai été témoin. Ces jeunes Haïtiens brillants qui veulent reconstruire un meilleur pays, pour eux et pour leurs enfants. Pour cette raison, je ne dis pas adieu, mais Orevwa Ayiti Cherie, comme on dit ici.




