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Voyage au pays des ours polaires

L'ours blanc est menacé. La banquise se dérobe sous ses pattes. Visite à Churchill (Manitoba), la «capitale mondiale de l'ours polaire», pour voir de quoi il en retourne.

Par
Louise Dugas
(2 personnes)
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Ils sont originaires des États-Unis, de l'Ouest canadien, d'Allemagne, d'Angleterre... D'autres viennent d'aussi loin que du Japon ou d'Australie. Ça coûte la peau du dos, un safari à Churchill. Jusqu'à 7000$ par semaine. Pourtant 12 000 touristes débarquent ici chaque année, du début d'octobre à la mi-novembre; 12 000 riches ou fous à lier viennent grelotter par une température de -20oC (-249oC avec le facteur vent!) à l'embouchure de la rivière Churchill et de la baie d'Hudson. Tout ça pour quoi? Pour voir le plus grand carnivore du monde avant qu'il disparaisse.

Cliquez pour voir le reportage audio et vidéo sur le voyage de Louise Dugas.

Samedi 15 novembre, 7 h 30. Le ciel est bleu cobalt. Les bancs de neige atteignent un mètre et demi de hauteur. Tout est blanc, pur, verglacé. Le silence est étourdissant. La neige court sur l'asphalte, les drapeaux claquent au vent. C'est l'heure où Churchill, sympathique petit bourg de 800 âmes, dont 65 % sont des autochtones, se réveille.

Churchill est une des destinations touristiques les plus hot du monde. Pour venir ici, il faut réserver sa place un an d'avance. Le matin, à l'heure de pointe, l'ambiance chez Gypsy's ressemble à celle d'un resto à Time Square à l'heure du lunch. Il y a les gens du coin, qui se dépêchent d'avaler une bouchée avant de partir au boulot, et les touristes impatients d'aller admirer l'Ursus maritimus,la grande attraction de la ville.

OursDebout-EQ236.jpgCe matin, les membres du groupe et moi sommes montés dans notre bus à l'heure convenue. Nous nous apprêtons à prendre le buggy quelques kilomètres plus loin pour nous rendre dans la toundra. Tout à coup notre véhicule s'arrête. Devant nous, une image d'Épinal: une ourse flanquée de ses deux petits s'approche de la route. Maman s'engage pour traverser, suivie de son rejeton le plus hardi. Derrière, son jumeau hésite. La mère encourage son bébé à la suivre; celui-ci regarde à gauche, puis à droite, recule, et fait demi-tour. Trop effrayé, le mignon. Maman retourne sur ses pas, son ourson collé aux fesses. Elle rassure le peureux, avec son museau. Elle s'assoit, jette un œil vers nous, semble réfléchir puis repart d'où elle est venue.

Nous sommes si soufflés par ce qui vient de se passer que personne n'a pensé à sortir son appareil photo. Une telle apparition est pourtant monnaie courante à Churchill. Je songe à la remarque que m'a faite, la veille, notre guide Marc Hébert, originaire de Montréal, qui pilote un buggy depuis 10 ans: «La vie, ce n'est pas le nombre de fois que tu respires, mais le nombre de fois que tu as le souffle coupé. Klaus, l'homme à la peluche, me regarde les yeux pleins d'eau. «Je peux mourir là, tout de suite. J'ai vu
la plus belle chose du monde.»

 OursTetePneu-EQ236.jpg

LA MENACE CLIMATIQUE

«Churchill est bénie des dieux, me dit Marc. À cause des courants de la baie d'Hudson et de la rivière Churchill, c'est là que la banquise se forme en premier. Les ours le savent, c'est pourquoi ils viennent ici. Nulle part ailleurs sur la planète peut-on en voir autant au même endroit au même moment.»
La banquise, c'est leur maison. C'est là que les ours vivent, dorment, chassent le phoque, se reproduisent et mettent souvent au monde leurs petits. L'équation est simple: pas de glace, pas d'ours polaire. Pendant des années, la débâcle dans cette partie-ci de la baie a eu lieu en juillet. Les grands prédateurs revenaient alors sur la terre ferme. Ils réduisaient leur dépense d'énergie et plongeaient dans un état de semi-hibernation, en attendant que l'eau gèle à nouveau et qu'ils puissent
retourner chasser. Ils dormaient, grignotaient: une carcasse de caribou par-ci, des baies par-là. Mais la plupart du temps, ils jeûnaient et vivaient sur leurs réserves.



 Suite: des records de chaleur alarmants

 

 PHOTOS: Ian Paterson  (Ours et pneus); Marc Hébert (Trois ours debout).

 

DATE DE PUBLICATION: 2009-12-10 , Tiré du magazine Elle Québec, avril 2009

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