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Aide ta grand-mère

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-- Photographe : Getty Images

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Aide ta grand-mère

Cette année, à Noël, gageons qu’on ne manquera pas de sujets de conversation chauds. Trump, Weinstein, Rozon, Salvail, le mouvement #metoo, les élections à venir, le réchauffement climatique, la menace d’une guerre nucléaire, l’immigration, la montée de l’extrême droite, La Meute, la loi 62, #blacklivesmatter… Tant pis pour ceux qui croient qu’à table on ne devrait parler ni de religion ni de politique!

Autour d’un verre de vin ou d’un lait de poule, on échangera nos idées, on débattra, on refera le monde. On vantera le courage de celles et ceux qui, au cours de la dernière année, se sont battus contre les injustices. On applaudira les braves qui se sont tenus debout face à l’adversité et qui ont ainsi contribué à faire avancer notre société. «On», bien sûr, exclut toutefois toutes les grands-mères, les tantes et les cousines qui, affairées derrière les fourneaux, manqueront de participer à la majorité des discussions. C’est que de suivre une conversation au sujet de l’épuration ethnique contre les Rohingyas en Birmanie tout en pilant des patates, servant un coco-cognac, vérifiant la température de la tourtière, lavant la vaisselle et préparant du café avant de sortir le sucre à la crème préalablement cuisiné avec amour, c’est plutôt difficile. 

Les 12 derniers mois, bien que chaotiques, ont été teintés de changements positifs. La féministe que je suis – qui était complètement atterrée depuis l’élection américaine de novembre 2016 – a repris du galon en observant les femmes s’organiser, se défendre, s’aider, dénoncer. Le mouvement #metoo, ou #moiaussi, ou #dénoncetonporc m’a réjouie. Enfin, on tenait les hommes responsables de leurs comportements inacceptables! On faisait chavirer l’ordre établi à grands coups de mots-clics et de témoignages! Pour une fois, la peur changeait de camp, et les agresseurs et abuseurs de tout acabit tremblaient en voyant les réputations et les carrières de leurs pairs tomber les unes après les autres, comme dans un grand jeu de dominos.

Bien entendu, rien n’est parfait – et le hashtag #metoo n’a pas réglé à lui seul le problème insidieux de la culture du viol. Mais il a ouvert (ou rouvert) une discussion primordiale. Cette année, autour du sapin de Noël, dans les chaumières, on entendra peut-être résonner les mots «consentement» ou «je te crois». On y pensera peut-être deux fois avant de forcer nos enfants à faire des bisous et des câlins afin qu’ils apprennent à dire «non». Et c’est tant mieux. On aura peut-être, aussi, des conversations intéressantes sur le sexisme et l’égalité des genres sans qu’un membre de notre famille nous traite de «féminiss’ radicale».  On ne peut que s’en réjouir!

Mais reste que de discuter de changement social, d’évolution des mentalités, tout en perpétuant des stéréotypes sexistes bien ancrés, c’est assez paradoxal.  Mononc’ Jacques qui dénonce les abus de pouvoir perpétrés par des hommes hauts placés en quémandant une autre bière ou une deuxième portion de ragout de boulettes à sa femme, Monique, qui a à peine eu le temps de s’asseoir pour goûter au repas qu’elle a préparé des heures durant, c’est d’une grave inconséquence, non?

Dans les commentaires publiés sous un article décriant cette problématique, une femme avouait que, dans sa famille, dès l’âge de 12 ans, les filles devaient cesser de jouer avec leurs cousins en attendant l’arrivée du Père-Noël pour se concentrer à servir le repas aux hommes de la famille, avant d’aider leurs ainées à tout ranger. J’étais outrée… mais loin d’être surprise! Les témoignages du genre abondent. Dans ma famille, que j’ai pourtant toujours considérée comme étant progressiste et ouverte d’esprit, ma grand-mère, année après année, s’assoit après tous les convives, essoufflée, pour manger sa part du festin du bout des lèvres avant de s’affairer à débarrasser la table et à faire la vaisselle. Mes tantes cuisinent la majorité des plats, décorent, planifient, achètent les cadeaux pour les enfants, signent et envoient les cartes, les invitations… Un travail acharné et éreintant de plusieurs semaines qui, disons-le franchement, en plus d’être couteux, est pris pour acquis et peu reconnu. #chargementale

Et si, cette année, portés par le vent de changement qui a soufflé sur 2017, on faisait autrement? Qu’on arrêtait de dire que «ç’a toujours été comme ça», et qu’on donnait un break à nos mères, grand-mères, tantes, cousines et conjointes? Les gars, cette année, à Noël, entre deux conversations sur l’actualité, faites votre juste part. Mieux, faites-la aussi en amont! Aidez votre blonde à trouver les présents parfaits, votre mère à organiser la salle à manger pour recevoir la parenté, et votre grand-mère à aller acheter la dinde et les atocas. En plus de leur faire du bien et de leur donner quelques instants de répit, vous montrerez l’exemple à vos fils, vos filles et à tous les enfants de votre famille, qui aspireront par la suite à des relations plus égalitaires dans toutes les sphères de leur vie. Parce que le changement est propulsé par de grandes vagues de révolte et de dénonciation, oui, mais également par des gestes aussi simple que de servir la tourtière ou, mieux encore, de la cuisiner. Messieurs, à vos fourneaux!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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