Pendant quelques années, Jacinthe n'a pu sortir de chez elle sans craindre d'être terrassée par une crise de panique.
C’est alors qu’a commencé la saga des hôpitaux. Je ne compte plus le nombre de fois où je suis arrivée à l’urgence en réclamant qu’on vérifie mon coeur et ma tension. Mon chum, Sylvain, m’accompagnait toujours, inquiet et patient. J’ai passé tous les tests possibles et imaginables. «Tout est beau, Madame, vous êtes en bonne santé, vous n’avez rien», me disait-on. Rien? Allons donc! Il y avait alors un an que j’étais aux prises avec des symptômes physiques violents... et je n’avais rien?
Les deux années suivantes ont été un vrai cauchemar. Les crises s’enchaînaient à un rythme désespérant, à raison de quelques-unes par jour. Elles survenaient sans prévenir, dans des endroits inattendus, me plaçant souvent dans des situations humiliantes. Au cinéma, chez des amis, à l’épicerie, n’importe où. J’ai même craqué au travail, en pleine présentation devant des clients. J’avais de plus en plus de mal à camoufler la vérité à mes patrons et à mes collègues. Lorsque ça m’arrivait, je devais m’isoler et sortir pour respirer dans mon petit sac en papier – j’avais lu quelque part que c’était la meilleure chose à faire lorsqu’on manquait d’air. M’asseoir. Attendre. Pleurer. Appeler Sylvain pour qu’il vienne me chercher. Toujours la même peur de mourir qui me prenait au ventre. La certitude que c’était la fin.
Puis, il y a eu cette nuit de mars 2001. Il était 3 h du matin. Je me suis levée, en état de panique, à la recherche de mon petit sac en papier. Sylvain s’est planté devant moi et m’a dit, en prenant soin d’articuler chaque mot: «Jacinthe, si tu ne te recouches pas tout de suite, je te fous une baffe!» Silence. Je savais bien qu’il ne m’aurait jamais touchée, mais le message était clair: il en avait ras le bol. Il faut dire que nous ne comptions plus les nuits à l’urgence, et toutes les fois que je l’avais dérangé au travail et qu’il avait dû sortir d’une réunion, les multiples soirées avortées ù nous étions partis en catastrophe, abandonnant nos amis ou interrompant un souper au resto ou encore un film qui ne faisait que commencer. Et que dire de ce voyage à Paris où nous avions passé trois jours dans notre chambre d’hôtel parce que j’étais incapable de sortir...




