Valse, foxtrot, rumba... Pour se mettre en forme cet automne, on danse vintage.
L'Amérique du Nord souffre de «dansomanie». Des preuves? Allumez la télé à une heure de grande écoute. Que ce soit à FOX, à CTV, à ABC, à TVA ou à Radio-Canada, vous risquez d'apercevoir des émules de Ginger Rogers et de Fred Astaire, ou encore un faux toréro et une réplique de Carmen exécutant un chachacha sur Pepito mi corazón, pepiti, pepito! Dire qu'il ne restait plus que les mononcles et les matantes à s'exciter sur la piste au Nouvel An et dans les mariages! Comment expliquer ce sursaut d'intérêt pour la danse sociale? «Des émissions comme Dancing with the Stars [NDLR: Au Québec, il y a Le match des étoiles] et des films tel que Shall We Dance?, avec Richard Gere et Jennifer Lopez, ont donné le ton», explique Jean-Marc Généreux, un des sympathiques juges de l'émission So You Think You Can Dance Canada, diffusée à CTV. «Les gens regardent des artistes qu'ils admirent, et ça les inspire. Aujourd'hui, on voit même des couples danser dans les annonces publicitaires et les films à la James Bond!»
M. Généreux a commencé à danser à l'âge de 10 ans avec sa partenaire, France Mousseau, avec qui il forme un couple depuis plus de 30 ans! Ensemble, ils ont gagné plus de 200 compétitions en 12 ans. Pour le champion et chorégraphe, le désir de danser à deux n'est pas uniquement dû à l'influence des médias. «Ça répond à un besoin, précise-t-il. Danser, c'est aussi vital que parler ou chanter: ça fait partie de l'être humain. Si les gens dansent à nouveau en couple, c'est peut-être parce qu'ils sont tout seuls avec leur cellulaire et leur iPod; ils sont avides de contacts. À l'arrivée du twist, dans les années 60, les gens ont arrêté de se toucher: ce n'était plus à la mode. Aujourd'hui, c'est revenu en vogue.»
Le plus merveilleux, c'est qu'il n'y a pas que les baby-boomers qui suivent le rythme. «À So You Think You Can Dance, des fans de hip-hop de 18 ans, qui ignoraient que la rumba et le foxtrot existaient, se sont amusés comme des fous en apprenant leurs pas, ajoute M. Généreux. Danser avec un partenaire fait découvrir aux jeunes certaines valeurs: la politesse, les bonnes manières, la façon de toucher l'autre avec respect... Montrer à danser à nos enfants est le plus beau cadeau qu'on puisse leur faire!»
À DEUX, C'EST MIEUX!
Mais à quoi correspond la danse sociale? Au ballroom dancing, que les Français appellent danse de société ou de salon. Elle comprend 10 danses:
- cinq dites standards, qui étaient enseignées dans les écoles «sérieuses» au début du 20e siècle en Europe. Ce sont la valse, le tango, la valse viennoise, le foxtrot et le quickstep; - et cinq dites latines, qui se sont ajoutées au fil des ans. Ce sont le chachacha, la samba, la rumba, le paso doble et le jive (quoique cette dernière soit plutôt nord-américaine).
Certaines écoles mettent aussi à leur programme la salsa, le mérengué, le boléro, le mambo et le triple-swing. Parfois, des personnes sont si accros de danse sociale que ce loisir devient pour elles un sport. Elles participent alors à des concours amateurs et professionnels de danse sportive (dance sport). Cette discipline, qui exige du temps et de l'argent – il suffit de voir les costumes des concurrents! –, regroupe les 10 danses et elle se pratique un peu partout dans le monde. Qu'on soit à Stockholm, à Sydney ou à Saint-Jérôme, une seule règle prévaut: c'est l'homme qui mène! Oui, madame!
C'est le mâle qui guide la femelle sur la piste, en l'incitant, par exemple, d'une pression de la main, à tourner ou à reculer. Certaines filles trouvent ça terriblement sexy. D'autres, totalement dépassé. Une chose est sûre, danser en couple permet à un type d'homme de prendre les commandes, et à un genre de femme – les clones de Lyne-la-pas-fine de la série Les Invincibles, par exemple – de lâcher prise! Certes, les danses sociales sont extrêmement codifiées: il faut exécuter des pas précis, sur un style de musique particulier, dans un ordre donné. Beaucoup de gens préféreront le tango argentin, parce qu'il permet d'improviser, comme le font des musiciens de jazz. Avant de se lancer, il faut visiter les salles de danse, comparer les groupes d'âge, l'ambiance, discuter avec les mordus et s'informer des écoles (voir Où danser, où apprendre,). Le choix est tel au Québec que les chances sont excellentes de trouver danse à son pied.
FROUFROUS ET PAILLETTES
Alors que plus personne ou presque ne s'habille à Noël ou pour un enterrement, les adeptes de danse sociale font généralement l'effort de bien se vêtir (certaines salles interdisent le jean!). Cela dit, on n'a pas besoin de se chausser comme des professionnelles dès le premier cours. Des souliers confortables feront l'affaire, pourvu qu'ils tiennent bien aux pieds et ne soient pas antidérapants, car on doit pouvoir tourner facilement. Même chose pour l'habillement. Dans les soirées, les vêtements chics et sobres sont à leur place, autant que le décolleté et les paillettes.
Les costumes de danse sportive suivent, eux, les tendances définies chaque année à Blackpool, dans le nord-ouest de l'Angleterre, où a lieu depuis 1920 le Blackpool Dance Festival, la plus importante compétition du genre dans le monde. Les designers, les maisons de couture et les marchands de tissus y tiennent des kiosques, notamment Sapiel, qui organise le défilé de mode, et Chrisanne, qui vend du tissu et des robes, en plus de commanditer des champions. Parmi les designers québécois spécialisés en danse sportive, Marc Pellerin est le seul à avoir un kiosque trois ou quatre fois par année, au cours des compétitions qui se déroulent au Québec. Et Stéphanie Pouliot, qui a dansé pendant 15 ans et remporté des championnats amateurs canadiens et nord-américains, n'est jamais très loin de lui, occupée à maquiller et à coiffer des participantes. «Le maquillage de compétition est un maquillage de scène, non de soirée, explique-t-elle. Dans les coulisses, ça semble exagéré, mais, sur la piste, c'est parfait. Les concours ont un côté glamour que j'adore. Les femmes y jouent les princesses. Elles se payent du rêve. Et rêver, ça embellit la vie!»
LES CÉLIBATAIRES AUSSI
Vous brûlez d'envie de danser, mais votre chum se braque dès qu'il entend le mot rumba? Ou encore, vous n'avez ni chum ni meilleur ami, donc pas de partenaire? Dites-le aux responsables des écoles où vous songez à vous inscrire. Ils ont l'habitude de gérer les cours où il y a plus de femmes que d'hommes (le contraire se produit aussi). Des assistants sont parfois appelés en renfort pour faire danser les personnes seules. Ou encore, certains professeurs demandent à leurs élèves de changer de partenaire plusieurs fois pendant le cours, ce qui permet à chacun de s'entraîner. Voici quand même trois façons éprouvées d'amadouer un chum récalcitrant.
1. Prenez-le par la main Un soir d'été, emmenez-le dans un parc où des couples dansent en plein air (par exemple, les serres municipales de Verdun). Assoyez-vous sur un banc. Regardez. Dégustez une crème glacée. Laissez mijoter l'idée pendant quelques mois.
2. Prenez-le par le cœur Si de vieux amis à lui ou des membres de sa famille sont déjà des mordus, organisez-vous pour les fréquenter davantage. Votre homme ne considérera plus ce loisir comme ridicule, mais comme une façon extraordinaire de faire le party. Très vendeur.
3. Prenez-le par l'estomac Un vendredi soir où vous êtes tous les deux claqués et que vous ne voulez pas cuisiner, proposez-lui d'aller manger dans une salle de danse où des repas sont servis. Un buffet est parfois offert à un prix très raisonnable. Et si vous vous débrouillez déjà sur la piste, sachez qu'Interdanse regroupe des célibataires âgés de 30 à 55 ans qui adorent, comme vous, le mérengué et la samba. Des sorties à prix doux sont organisées chaque mois à Laval et à Montréal. Prête?
OÙ DANSER, OÙ APPRENDRE ■Sur La Toile du Québec figurent les coordonnées d'écoles de danse sous «Arts et culture», de même que sur le nouveau site dansesociale.info.
■ Pour la région de Montréal, interdanse.com fournit une liste d'écoles; et voulezvousdanseravecmoi.ca répertorie les salles où aller danser.
■ Des organismes tels que le YMCA et certains centres communautaires donnent également des cours, souvent à prix plus qu'abordable. On peut aussi consulter les pages jaunes.
Article publié originalement dans le magazine ELLE QUÉBEC



