Dans la mégapole chinoise, les centres commerciaux rivalisent de chic, et les marques occidentales se ruent à l'assaut de la toute nouvelle classe moyenne du pays. Reportage dans cet eldorado du luxe.
«Ici, c'est le paradis des marques!» s'exclame une jeune femme en souriant. Le paradis a des dimensions de cathédrale. Il baigne dans un silence ouaté à peine troublé par une pianiste qui joue toujours le même air. Les vitrines les plus prestigieuses se succèdent comme pour un défilé: Prada, Hermès, Dior, Loewe, Cartier, Celine, Louis Vuitton... Le paradis est un centre commercial, le Plaza 66. Bienvenue à Shanghai, la cité aux deux mille tours, le symbole d'une Chine en plein décollage qui se grise de shopping.
Devant la porte du Plaza 66 s'étend Nanjing Road qui, d'est en ouest, aligne toutes les catégories de boutiques, du cheap au chic. Elles sont ouvertes sept jours sur sept, jusqu'à 22 h. Des filles et des garçons arborent des cheveux roux henné ou blond paille. Des couples proprets tiennent la main de leur enfant unique, forcément unique. Surgi d'un autre monde, un vieux monsieur en veste Mao élimée marche lentement. Il est à peine bousculé par une femme au visage tanné qui porte en équilibre des monceaux de légumes dans des paniers de bambou. À la tombée du jour, des mères surgissent de derrière les arbres, brandissant leurs enfants aux yeux vides qui s'accrochent aux passants pour quelques yuans. Mais, le week-end, sur Nanjing Road, près de deux millions de personnes font du lèche-vitrine. Ici, l'eldorado a rendez-vous avec ses paradoxes.




