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Pourquoi sommes-nous si perfectionnistes?

Viser la perfection, c'est vouloir l'impossible. C'est pourtant ce que les femmes cherchent à obtenir plusieurs fois par jour. Pourquoi?

Par
Marie-Andrée Lamontagne
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Soledad
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Pourquoi sommes-nous si perfectionnistes?

Parce que ça leur est naturel, répondront certains. Trop facile! Nul n'a encore identifié le gène du perfectionnisme, et pour cause: il n'existe pas. Mais il arrive qu'un trait de caractère acquis au cours de plusieurs siècles finisse par donner l'impression d'être inné. C'est peut-être ce qui s'est produit avec le perfectionnisme des femmes, s'il faut en croire la thèse avancée, il y a quelques années, par l'anthropologue Helen Fisher dans The First Sex, et qu'on pourrait résumer ainsi: aux hommes de chasser le mammouth; aux femmes de dépecer l'animal et de mitonner les ragoûts qui rassembleront la horde autour du feu. Aux premiers, une vision plus globale des choses; aux secondes, une attention portée aux liens et aux détails. Du coup, tout en étant de même nature, le cerveau de l'homme et celui de la femme fonctionneraient différemment, ayant dû s'adapter très tôt à des tâches différentes. Rappelons que le côté droit du cerveau s'occupe du langage, de la précision des gestes, du classement des objets, tandis que le côté gauche est le siège des émotions et de la pensée abstraite. Selon Helen Fisher, dans une situation donnée, le cerveau d'un homme évalue le problème et fait appel à l'un ou à l'autre hémisphère pour le résoudre, avant de passer au problème suivant. Le cerveau d'une femme, lui, sollicite en tout temps les deux hémisphères. Notre minutie, notre souci du détail, notre capacité à faire mille choses à la fois - bref, notre perfectionnisme - viendraient de ce mode de fonctionnement différent, héritage d'une répartition des tâches plusieurs fois millénaire. Et un petit siècle de féminisme ne change rien aux compétences acquises par chaque sexe depuis la nuit des temps.

Mais ce n'est pas la seule explication possible. Pour comprendre l'anxiété, souvent liée au perfectionnisme, la psychologie a mis au point l'approche dite cognitivo-comportementale: nous pensons (c'est la partie appelée «cognitivo»), puis nous agissons (c'est la partie dite «comportementale»). Que nous soyons un homme ou une femme, c'est ainsi que nous apprenons, par associations et par renforcements, tantôt positifs (récompenses, amour, félicitations), tantôt négatifs (c'est-à-dire l'absence de reproches ou de punition. Pour des raisons encore inexpliquées, il semble que les perfectionnistes soient plus sensibles au renforcement négatif. Pour relâcher la pression sur eux-mêmes, il leur faudra donc d'abord prendre conscience des liens qui existent entre leur attitude perfectionniste et le type d'éducation qu'ils ont reçue.

En revanche, toutes ces explications ne doivent pas faire oublier que le perfectionnisme est aussi un formidable moteur de progrès. Certaines des plus belles conquêtes de l'humanité ne doivent-elles pas être attribuées à quelques perfectionnistes de génie? Et qu'il se trouve des femmes dans le lot n'est pas plus mal. On n'a qu'à penser à Marie Curie...

 

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