Viser la perfection, c'est vouloir l'impossible. C'est pourtant ce que les femmes cherchent à obtenir plusieurs fois par jour. Pourquoi?
On est samedi et il fait beau. Catherine et Victor ont décidé d'aller se balader à la campagne après avoir fait le ménage de la semaine. Catherine passe l'aspirateur, Victor s'occupe de la salle de bain. Juste avant de partir, Catherine jette un coup d'oeil au résultat. Catastrophe! Les serviettes sont de travers, le pommeau de la douche goutte et il reste un cerne grisâtre autour de la cuvette. Victor, qui ne se doute de rien, sifflote sur le palier. Ni vu ni connu, Catherine prend la relève et, cinq minutes plus tard, la salle de bain est impeccable.
À 17 ans, France a obtenu son premier emploi: secrétaire de direction dans une boîte d'ingénieurs-conseils. Les patrons sont exigeants, mais qu'importe. France est rapide et ne laisse passer aucune faute d'orthographe. Lettres, dossiers, classement, disponibilité, sourire: tout doit être parfait. La jeune femme tiendra le coup pendant une dizaine d'années. Il faudra une mononucléose et deux burnouts pour que France commence à penser qu'elle en fait trop. «La moindre critique me démolissait, se souvient-elle aujourd'hui. Mais je ne voyais pas le problème. Être perfectionniste, c'était normal, puisque mes parents m'avaient élevée ainsi. D'ailleurs, je ne pensais pas avoir d'autres qualités...»
Catherine et France sont toutes deux perfectionnistes, mais à des degrés différents. D'ailleurs, toutes les femmes le sont, vous dira-t-on. C'est en effet la réputation qu'elles ont, au travail comme à la maison. Mais le perfectionnisme féminin ne se manifeste pas seulement par un souci excessif du détail ou l'obsession du travail bien fait. Il se cache aussi derrière la capacité de mener plusieurs tâches de front ou encore il résulte d'un vif désir d'approbation. La jeune mère cadre d'entreprise qui vole de réunions de planification en parties de soccer, l'adolescente anorexique qui croque une pomme et se regarde grossir dans la glace, l'écolière qui lève toujours la main la première pour répondre aux questions de la maîtresse sont toutes des perfectionnistes.
On verra plus loin que la psychanalyse n'est pas la seule discipline à s'intéresser au perfectionnisme. Mais s'agit-il vraiment d'un trait de caractère typiquement féminin?
La suite: Femmes de soutien



