On traitait de gourous ceux qui clamaient l'importance de l'esprit dans la guérison. Ce sont aujourd'hui des médecins de renom qui prônent cette approche novatrice.
Médecine de l'avenir?
La médecine corps-esprit sera-t-elle un feu de paille ou une véritable révolution? Les médecins n'ont plus le choix, estime Herbert Benson, fondateur du Mind Body Medical Institute, à Boston, un établissement affilié à Harvard. «Quatre-vingts pour cent des consultations médicales actuelles sont liées au stress, un ennemi devant lequel la médecine est démunie. La chirurgie et les pilules sont deux piliers indispensables au traitement médical. Mais sans le soin de l'âme et de l'esprit, la médecine est bancale.» «Le milieu médical devra accepter de recourir à des approches qui utilisent la capacité des gens à s'investir dans leur santé ou à s'autoguérir», pronostiquait récemment en entrevue le Dr David Servan-Schreiber. «Sauf que cette façon de faire est tellement différente de la pratique traditionnelle, où le médecin est roi et maître dans son cabinet, que ce sera difficile à implanter.»
Mais, à la base, les médecins y croient-ils? Le Dr Félix Nguyen a participé à une émission d'Enjeux portant sur l'impact possible du moral sur la guérison. «Au lendemain de la diffusion, j'ai reçu deux sortes de témoignages de mes pairs: la moitié partageait mes vues; l'autre estimait que ce n'était que foutaise.» Le courant corps-esprit ouvre des perspectives fascinantes, convient Serge Genest, spécialiste de l'anthropologie médicale à l'Université Laval. Mais le public doit l'aborder avec un regard critique. «Que ce soit en amour, au travail ou dans d'autres sphères de notre vie, nous baignons dans l'incertitude. Dans ce contexte, le discours sur la prise en charge, l'autoguérison et le lien corps-esprit a quelque chose de rassurant: il nous donne du contrôle sur notre vie. Mais il peut aussi entraîner des dérives, un glissement dans des zones plus proches du religieux que du clinique.» Ces façons de faire demeureront marginales, juge l'anthropologue. «D'abord parce que tout le monde n'est pas en position - intellectuelle ou matérielle - d'exercer une emprise sur sa vie. Ensuite parce qu'on veut tout: plus d'émotions oui, mais aussi toujours plus de technologies de pointe. Enfin, pour la simple et bonne raison que prendre sa santé en main demande une bonne dose d'efforts, que tous n'ont probablement pas envie de fournir.» Certains préféreront toujours repartir du cabinet d'un médecin avec des pilules et ne rien changer, estime le Dr Harold Dion, président du Collège québécois des médecins de famille. «Nos patients ne sont pas tous prêts à entendre que leur psyché va mal.»
Le Dr Gabor Maté fait preuve quant à lui d'optimisme. Il est certainement plus facile de se considérer comme victime du sort et des autres, admet-il. Mais plus on se responsabilise, plus on prend du pouvoir sur son existence. Et plus la vie a un sens. «Si on les encourage, les gens verront qu'ils ont tout à gagner à changer. Et donc, à exiger autre chose du système médical. S'il existe, comme je le crois fermement, un lien entre les émotions et la physiologie, entre l'esprit et le corps, alors ne pas en informer les gens les prive d'un outil puissant.»




