Depuis deux ans, une loi oblige certaines compagnies à nommer au moins 40 % de femmes à leur conseil d'administration. Une idée unique et inspirante.
DES RÉSULTATS POSITIFS
Après une période où il a tenté de ridiculiser le projet de loi, le milieu des affaires a dû se rendre à l'évidence: la majorité des politiciens a fini par être en faveur de cette idée de quota. Fin 2003, le Parlement norvégien a adopté la loi par une écrasante majorité. Cette loi donnait deux ans aux compagnies visées pour atteindre les 40 % de femmes requis. À défaut de quoi le Parlement déclencherait le compte h à rebours, et les entreprises disposeraient de deux autres années pour éviter leur dissolution (ou, plus probablement, des pénalités financières). Les entreprises d'État - très dynamiques en Norvège - ont montré l'exemple. Elles sont parvenues à respecter le quota dès janvier 2004.
Deux ans après le vote, le taux de femmes au sein des C.A. des compagnies visées par la loi a connu une croissance importante. Il est passé de 6 % en 2003 à plus de 16 % en 2005, faisant de la Norvège le pays où les femmes sont le plus représentées dans ces instances. Impressionné, le voisin suédois discute de la possibilité d'instaurer lui aussi un quota.
Les chefs d'entreprises norvégiens qui s'opposaient bec et ongles à la loi refusent désormais d'exprimer leur opinion en public. «Ils ne veulent pas être au banc des accusés, explique Cathrine Hansen, qui prépare un doctorat sur les conseils d'administration à l'École de management de Norvège. L'idée de parité est très ancrée dans notre culture. Et c'est très mauvais pour la réputation des entreprises de ne pas souscrire à ce principe.»
Pourtant, les 40 % obligatoires sont encore loin d'être atteints. Sans compter que le nouveau gouvernement de gauche, élu en octobre dernier, songe à étendre l'application de la loi aux entreprises de moindre importance.
Après avoir protesté, la Confédération des entreprises norvégiennes (NHO) a décidé de se retrousser les manches. Plutôt que de continuer à déplorer le manque de femmes compétentes, elle a mis sur pied le programme Female Future pour dépister et former les candidates potentielles. Depuis 2003, la NHO possède une sorte de répertoire qui comprend plus de 600 noms de femmes ayant suivi ce programme. À cette base de données s'ajoute celle du gouvernement, qui inclut les noms de milliers d'administratrices potentielles.
Ann Christin Gjerdseth, ingénieure spécialisée dans les questions d'énergie, a suivi le programme Female Future durant six mois. En plus d'y apprendre le b.a.-ba du fonctionnement d'un conseil d'administration, elle a participé aux rencontres mensuelles pour se créer un réseau de contacts. Aujourd'hui, à 38 ans, elle siège à trois C.A., en plus d'être responsable d'un important projet de recherche et développement pour FMC Technologies. «Il fut un temps où je siégeais à cinq conseils d'administration à la fois, mais là, avec mon nouveau poste, je n'ai vraiment plus assez de temps pour ça.» Ann Christin Gjerdseth est ravie de sa participation à Female Future et encourage maintenant d'autres femmes à suivre son exemple. «Ce programme donne de la confiance en soi. Il y a encore trop de femmes qui pensent que ce n'est pas bien d'avoir de l'ambition...»
Ambitieuse et fière de l'être, elle rappelle toutefois que les Norvégiennes doivent encore faire preuve d'une bonne dose d'humilité pour réussir. «Je me souviens d'avoir demandé pourquoi on m'avait choisie pour faire partie d'un C.A. Et un gars m'a répondu: “J'ai choisi la photo qui me plaisait le plus dans la base de données.” J'aurais pu me fâcher. J'ai préféré montrer que je valais beaucoup mieux que ça!»
La loi norvégienne obligeant les sociétés à constituer leur CA d'au moins 40% de femmes inspire-t-elle nos politiciennes? On leur pose la question.
Photo: Ann Christin Gjerdseth
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Article publié originalement dans le magazine ELLE QUÉBEC
Photo: Ann Christin Gjerdseth



