Après 21 ans de mariage, Laurence et Francis se sont séparés. Mais ils n'ont pas voulu que leurs enfants déménagent.
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Le vendredi, quand je ramasse mes affaires, je me demande toujours si je n'ai pas oublié un truc important. Sauf que c'est moi qui ai choisi de vivre de cette façon. Alors si j'oublie quelque chose, je vais m'arranger. Ça n'est pas le cas de l'enfant qui se fait imposer des déplacements aussi fréquents. Je peux imaginer à quel point ça l'ennuie d'avoir oublié ses patins, son sac d'école ou son t-shirt préféré. On ne réalise pas ces choses-là tant qu'on ne les a pas vécues soi-même.
À vrai dire, je n'ai jamais senti que les enfants avaient souffert de notre séparation. Bien sûr, comme tous les enfants du monde, ils auraient préféré que leurs parents restent ensemble. Mais le mode de vie que nous avons adopté après notre rupture s'est avéré, à mon avis, le moins dommageable pour notre famille.
Quand je raconte autour de moi que j'ai deux maisons, les gens trouvent d'abord l'idée amusante, puis ils se demandent comment on fait pour vivre de cette façon. Après tout, mon ex et moi dormons dans la même chambre, dans le même lit! Évidemment, si notre vie commune s'était soldée par un procès où chaque conjoint a envie d'étriper l'autre, nous n'aurions pas supporté de coucher dans les mêmes draps! Heureusement, ça n'a pas été notre cas. Il n'y a jamais eu d'animosité entre nous. De plus, nous avons dès le départ établi une règle absolue et immuable: aucun autre conjoint ne peut entrer dans la maison des enfants. Depuis notre séparation, on a tous les deux eu des relations avec d'autres partenaires, ce qui ne nous empêche pas de respecter ce principe scrupuleusement. C'est parfois difficile, quand on est en amour... mais la semaine où on habite avec les enfants, c'est sacré.
D'ici la, je reste consciente du fait que nous sommes extrêmement privilégiés. Très peu de gens ont les moyens financiers requis pour tenter une pareille expérience. Mais au-delà des questions d'argent, je suis convaincue que le secret de notre réussite, c'est la maturité dont nous avons fait preuve. La psychologue que nous avons consultée au début de notre séparation nous a dit qu'en 20 ans de carrière elle n'avait jamais vu une rupture vécue de façon aussi réfléchie et aussi mature. Je crois que notre force, c'est de nous être entendus sur un point crucial: les enfants seront toujours notre priorité. Ils sont et resteront au centre de nos vies.
PROPOS RECUEILLIS PAR MARIE-CLAUDE FORTIN




