Les femmes de la génération Y n'attendent plus le prince charmant pour gérer leurs finances. Serait-ce la fin du complexe de Cendrillon?
FILLES DE BOOMERS
Hormis l'éducation et le salaire, quelques épices sociologiques complètent la recette de l'indépendance financière des Y. «Leurs parents, les boomers, se sont souvent séparés», souligne Carol Allain, auteur du livre Génération Y. Ces jeunes femmes ont donc vu leurs mères se retrouver dans des situations difficiles parce qu'elles dépendaient financièrement des hommes qui les quittaient. «La notion du couple qui dure pour toujours a pris le bord, et les jeunes le savent bien.» «Ma mère m'a toujours dit d'être indépendante et de ne compter sur personne», confirme Jade. «Je ne veux pas ressembler à la mienne», lance pour sa part Marianne, 35 ans, conceptrice-rédactrice dans une agence de pub. Quand elle a divorcé, elle a eu droit à la moitié de tout, mais elle n'avait pas fait grand-chose pour le mériter.»
Fille d'immigrants italiens, Pina n'a pas vécu le divorce de ses parents. C'est sa propre séparation, il y a quelques années, qui lui a ouvert les yeux sur l'importance de tenir les cordons de sa bourse. «J'ai dû recommencer à zéro, dit la jeune femme de 30 ans. Je m'étais beaucoup fiée à mon chum pour gérer l'argent. Plus jamais je ne me ferai prendre.» Adjointe administrative dans un cabinet comptable, elle a acheté son premier condo il y a trois ans. Certaines Y sont tellement indépendantes qu'elles appréhendent presque le jour où elles choisiront d'acheter quelque chose à deux. Et même quand elles partagent leur vie avec quelqu'un, elles continuent de gérer seules leur argent. «En général, c'est seulement quand les jeunes couples commencent à avoir des enfants qu'il y a une véritable mise en commun des salaires et des dépenses», dit Hélène Belleau, sociologue au centre Urbanisation, Culture et Société de l'Institut national de la recherche scientifique.
Là encore, la mise en commun des revenus se fait avec parcimonie. Plusieurs jeunes couples ayant des enfants ont ouvert un petit compte conjoint pour les besoins collectifs, assumés moitié-moitié ou au prorata des salaires. Cependant, chaque partenaire conserve un compte bancaire individuel pour ses dépenses personnelles et son épargne. C'est ici que de nombreuses femmes perdent au change, car les grossesses, les congés de maternité et les horaires réduits riment avec réduction salariale. Ainsi, pendant que Jules continue à empiler les économies dans son compte personnel et à se bâtir une retraite dorée, la cagnotte de sa douce fait du surplace.



