Envoyer à un ami

Envoyer à un ami

* Champ obligatoire.

Le «psychodrame» des acheteuses indécises

Les magasineuses irrésolues mettent un temps fou à se décider avant de faire le moindre achat. Angoisse...

Par
Martine Pagé
evaluation

Pagination

Les lois de la perfection
La psychologie s'est beaucoup intéressée aux dépensières compulsives. Cependant, qu'en est-il de celles qui hésitent et hésitent encore à dépenser? La curiosité du psychologue Claude Boutin, auteur de l'ouvrage J'achète (trop) et j'aime ça!, a été piquée lorsqu'il a fait la promotion de son livre. Il a alors reçu des témoignages étonnants. «Plusieurs personnes m'ont dit: “Oh, moi, c'est tout le contraire! Je n'achète jamais.”» Selon lui, c'est vrai qu'il est important de bien s'informer avant de choisir un produit, ou encore de décider de restreindre sa consommation. C'est un comportement sain, du moins à la base. Toutefois, il précise: «Alors que l'acheteuse compulsive est incapable de résister à un article, l'acheteuse indécise a plutôt de la difficulté à dire oui. Pour déterminer si c'est véritablement un problème, il faut se demander si la personne ressent de la détresse, c'est-à-dire si elle a l'impression de perdre le contrôle et si son expérience de magasinage devient difficile.»

Les femmes anxieuses
Éliane Léger est psychologue et coauteure du livre Arrêtez de vous faire du souci pour tout et pour rien. Elle travaille au Centre de traitement de l'anxiété, à Québec, et dit observer régulièrement ce type de difficulté chez les grands inquiets. «Les gens qui souffrent du trouble d'anxiété généralisé (TAG) – et c'est le cas de plus de femmes que d'hommes – hésitent longtemps avant de faire un choix, qu'il s'agisse d'un achat, d'une carrière ou d'une relation amoureuse dans laquelle il faut s'engager. Ce sont des personnes qui tolèrent beaucoup moins l'incertitude que le reste de la population et qui tergiversent constamment, en se demandant si leurs choix répondront vraiment à leurs besoins.» Elle note que, parfois, un achat qu'on a amèrement regretté dans le passé est à l'origine de notre hésitation à dépenser. Ce comportement peut aussi être le fruit d'une éducation au cours de laquelle l'accent a été mis sur l'adage «Dans le doute, abstiens-toi.»

Jusqu'à quel point peut-on hésiter? Suzanne, 37 ans, a acheté une table de salle à manger il y a six ans. Cependant, elle n'a toujours pas trouvé de chaises auxquelles l'assortir... au grand dam de son conjoint, qui mange assis sur le divan! Pourquoi tergiverse-t-elle autant pour des objets aussi banals? «Après avoir passé 4 ans à l'école de design et 15 ans à travailler dans ce domaine, explique-t-elle, j'ai développé le goût des belles choses fonctionnelles; et même si j'ai des critères de qualité un peu élevés, je tiens à payer un prix qui me convient! Il est facile de comprendre que ça me pousse vers la quête de l'objet ultime!» L'ironie, c'est qu'elle exerce le métier... d'acheteuse professionnelle. Elle sillonne les boutiques d'objets d'art et les ateliers d'artistes un peu partout dans le monde afin de choisir de la marchandise pour son employeur. Évidemment, les décisions sont plus faciles à prendre quand il ne s'agit pas d'achats perso.

Selon Claude Boutin, les acheteuses indécises seraient la plupart du temps perfectionnistes – un trait bien féminin, comme le constatent souvent les psychologues. «Si une personne n'arrive pas à se décider, c'est souvent parce que toutes sortes de pensées, centrées sur les conséquences négatives qui pourraient découler de l'achat, entrent en ligne de compte. Une perfectionniste ne peut pas se tromper. Elle se met dans l'obligation de faire LE bon choix. Elle ne se donne pas le droit à l'erreur.»

Dans son travail à l'Institut de psychologie, d'expertise et de médiation, à Québec, la psychologue Caroline Paquet a vu de nombreuses femmes hésiter à dépenser quand il s'agissait de se faire plaisir à elles-mêmes plutôt que de combler les besoins des autres. «J'ai observé ce type de comportement chez celles qui ont une faible estime d'elles-mêmes, sont très sensibles à l'opinion des autres et ont besoin d'être rassurées sur leurs choix. Il faut se faire confiance pour arriver à prendre des décisions.»

Chantal a connu son lot d'angoisses récemment, après avoir acquis un ordinateur portable à écran brillant: «Un expert en Mac avec qui je parlais de mon achat m'est tombé dessus comme une tonne de briques. Il m'a dit que les vrais amateurs de Mac choisissent tous un écran mat.» L'intervention de cet homme a plongé Chantal dans l'abîme du doute, au point où elle a immédiatement retourné l'appareil au fabricant. «J'ai commencé à envoyer des courriels à toutes mes connaissances et à faire le tour de tout ce qui avait été écrit sur le sujet dans le Net.» Plus elle recueillait d'opinions, plus elle hésitait. Au bout de trois semaines de tergiversations douloureuses, un commentaire de son copain a enfin provoqué un déclic en elle: «Il m'a dit: “Le glossy est plus sexy, ça te ressemble davantage.”» D'un coup, ses doutes ont disparu. Elle a passé sa commande une nouvelle fois, et elle ne l'a jamais regretté.

Chantal n'est toutefois pas à l'abri de nouvelles hésitations. Comme elle le précise: «Je n'ai pas encore compris, ou je ne veux pas comprendre, que faire un choix implique nécessairement une hésitation entre deux choses dont on a envie. Donc, peu importe ce qu'on décide, il faut toujours renoncer à une des deux options. C'est ça qui m'angoisse quand vient le temps d'acheter un objet.»

COMMENTAIRES

Aucun commentaire.

Commentez

* Champ obligatoire.

concours

Publicité

ActuELLEs: Société

Autres ActuELLEs Société »

Publicité



Partenaires

Partenaire Spécial

Recherche locale

Trouver vos Commerçants Locaux: