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L'aventure-thérapie: la nature qui guérit

Ils sont jeunes – certains sont atteints de cancer, d'autres souffrent de toxicomanie, plusieurs vivent des difficultés familiales – et ils participent à des expéditions extrêmes qui les transforment à jamais!

Par
Anne-Marie Simard
(3 personnes)
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Dépasser ses limites
En constatant le succès qu'obtient l'aventure thérapeutique auprès des jeunes cancéreux, Mario Bilodeau rêve d'en faire profiter d'autres clientèles. Avec d'anciens étudiants, il a mis sur pied en 2005 la Coopérative de solidarité INAQ (Intervention par la nature et l'aventure – Québec). Cet organisme cible les jeunes aux prises avec des problèmes de comportement, de santé mentale ou de toxicomanie. Un des programmes vise à rétablir un lien de confiance entre parents et enfants. Par exemple, une activité prévoit que l'adulte et son enfant escaladent une montagne au Saguenay. Durant l'ascension, le parent a les yeux bandés, et son enfant le guide. Pendant la descente, les rôles sont inversés.

Kevin, 17 ans, est toxicomane. Entre lui et son père – un comptable «sérieux», comme il dit –, la communication était inexistante. Une première expédition en duo n'a pas suffi à leur permettre de casser la glace. Ils en ont fait une seconde, avec davantage de succès. C'est au cours d'une promenade en canot que le père de Kevin a ouvert son cœur. «Il m'a dit qu'il avait été alcoolique et avait commis des vols avant de se prendre en main.» Pendant ce «retour aux sources», le père et le fils se sont rendu compte qu'ils s'appréciaient mutuellement.

Martine a participé à un weekend en forêt avec son fils Félix, 11 ans. Depuis quelque temps, ce dernier vit dans un Centre jeunesse. Martine n'avait plus le choix: «Je manquais d'autorité, et Félix ne m'écoutait plus.» Sur la montagne, pendant que Martine a les yeux bandés, elle se rend compte que son fils ne comprend pas bien ses demandes à cause de sa dyslexie. «J'ai réalisé que je dois être plus claire quand je m'adresse à lui.» Sujet à toutes sortes des frayeurs dans un milieu qu'il ne connaît pas, Félix apprend qu'il peut se fier à sa mère pour le protéger. Entre eux, le courant est rétabli.

L'INAQ offre aussi des programmes pour les adultes de moins de 30 ans aux prises avec des difficultés particulières (psychologiques ou physiques) ou non. Basé à Rock Forest, dans les Cantons-de-l'Est, l'organisme Hors Repères s'adresse, entre autres, aux adultes de tout âge. L'aventure-thérapie peut-elle être bénéfique pour des personnes plus âgées? «Bien sûr, répond Alexandre Letzelter. Pourquoi les grandes entreprises organisent-elles des stages de survie? Parce qu'après avoir dépassé leurs limites dans la nature les participants peuvent reproduire l'expérience dans l'entreprise ou dans la société. Parfois, ça leur permet de retrouver des capacités qu'ils avaient perdues de vue.»

L'aventure-thérapie suscite l'intérêt de nombreux universitaires dans le monde entier. Tous les trois ans, une conférence internationale sur le sujet a lieu en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Canada ou en Allemagne. À l'UQAC, plusieurs projets de recherche sont en cours. Par exemple, Mario Bilodeau vient de terminer une étude en collaboration avec l'Université de Toronto et l'Hôpital pour enfants malades de cette même ville. Les chercheurs évaluaient l'amélioration de la qualité de vie d'adolescents atteints de cancer après l'expédition de l'été 2000 à l'île d'Ellesmere. Mario Bilodeau explique: «Ce qu'on a constaté, entre autres, c'est que l'expérience a permis aux jeunes de reconstruire leur estime de soi, et d'augmenter leur force et leur résilience.» Ce sont des choses qu'il savait déjà, même si elles n'avaient jamais été formellement démontrées.

Depuis le mois de janvier, Félix est retourné vivre chez sa mère. «Il m'aide à faire la vaisselle et à débarrasser la table après les repas», dit Martine, ravie. Kevin, pour sa part, a cessé de consommer du PCP et a retrouvé un poids normal. Quand il aura fini son quatrième secondaire, il compte entreprendre une formation pour devenir mécanicien. Avec son père, ça va mieux: «Je sens qu'il me comprend.» Sept mois après son retour de l'île d'Ellesmere, Isabelle est décédée. À ses funérailles, ses compagnons ont entonné un chant indien qu'ils avaient souvent fredonné autour du feu, après l'ascension du mont McGill. Une façon de recréer ce moment magique, plus fort que la mort.


Article publié originalement dans le magazine ELLE QUÉBEC

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