Ils sont jeunes – certains sont atteints de cancer, d'autres souffrent de toxicomanie, plusieurs vivent des difficultés familiales – et ils participent à des expéditions extrêmes qui les transforment à jamais!
Une meilleure estime de soi
L'aventure thérapeutique ne date pourtant pas d'hier. Dans les années 50, un éducateur allemand nommé Kurt Hahn organisait des séjours dans la nature parsemés d'embûches, pour permettre aux qualités humaines des jeunes de s'épanouir.
Toutefois, peut-on vraiment parler ici de thérapie? À cet égard, le psychologue clinicien montréalais Alexandre Letzelter a certaines réserves: «L'expression aventure-thérapie peut sembler ambitieuse. Pourquoi ne pas plutôt parler d'expériences de groupe ayant des effets thérapeutiques?» Lorsqu'il vivait en France, M. Letzelter était animateur en loisirs pour des jeunes en difficulté. «Il m'est arrivé d'emmener des jeunes dans des camps itinérants. Je constatais les effets thérapeutiques de ces séjours même si ce n'était pas l'objectif visé.» Pour lui, l'aventure-thérapie est une approche «vraiment très intéressante».
En 2005, grâce à la Fondation, un groupe de jeunes a escaladé une montagne au Nunavik. Felipe, qui ne jouit plus que de 25 % de sa capacité pulmonaire, a trouvé l'ascension très pénible. En arrivant au sommet, Mario Bilodeau a félicité tout le groupe, mais en particulier ce jeune garçon. «Vingt-cinq pour cent d'oxygène, c'est ce que contient l'atmosphère au sommet de l'Everest, et les gens qui escaladent cette montagne sont considérés comme des héros, a-t-il dit. Felipe, lui, vit au sommet de l'Everest tous les jours.» Et ce jour-là, Felipe a cessé de se voir comme un enfant malade. Dans sa tête, il est devenu un aventurier, un montagnard, un guerrier.
Outre le fait de modifier leur perception de soi, ces aventures en groupe permettent aux jeunes de briser leur isolement. «Quand les ados retirent leur chapeau ou leur foulard, c'est qu'ils ont atteint un certain degré de confiance, explique Alexandre Letzelter. En constatant qu'ils ne sont pas seuls dans leur situation et en côtoyant d'autres jeunes qui la vivent différemment, ils peuvent s'échanger des stratégies pour faire face à la maladie.»
Josée venait à peine de terminer sa chimiothérapie quand elle s'est mesurée au mont McGill, à l'île d'Ellesmere, dans le Nunavut. À bout de force, elle est néanmoins parvenue à atteindre son objectif grâce aux encouragements des autres. En arrivant à la cime, Stéphane, lui, a écrit: «Le vent froid des glaciers était réchauffé par un contre-courant d'espoir, chacun et chacune se réchauffant dans les yeux d'autrui...»
Mario Bilodeau croit que la nature a de réels pouvoirs de guérison. Bien entendu, quelques jours dans la toundra ne font pas disparaître les métastases comme par miracle. C'est plutôt d'une guérison de l'âme qu'il s'agit. Aux monts Chic-Chocs, en Gaspésie, deux filles ont éclaté en sanglots en regardant un coucher de soleil. «Elles ont dit: “Je ne pensais pas qu'on pouvait être si heureux dans la vie”», se souvient-il. Isabelle, 18 ans, a fait une rechute à son retour d'une expédition. Le pronostic étant très mauvais, elle se prépare au pire. À ses compagnons de voyage venus la voir à l'hôpital, elle parle pourtant calmement de son départ prochain. Dans la nature, elle a vécu un éveil spirituel qui lui a permis d'entrevoir sa mort avec sérénité.



