À 22 ans, Isabelle a eu un accident de voiture qui l'a handicapée. Mais elle s'est juré de continuer de vivre comme avant.
Il y a 17 ans, j'ai été victime d'un accident de la route. Ça m'a clouée dans un fauteuil roulant, mais mon appétit de vivre est resté intact. D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été assoiffée d'aventure. Il faut dire que j'ai grandi dans une famille qui voyageait beaucoup. À 14 ans, je suis allée vivre un mois au sein d'une famille en Colombie-Britannique dans le cadre d'un échange étudiant. Cette expérience a été pour moi une révélation. J'ai adoré me retrouver à l'autre bout du pays, toute seule, sans mes proches. J'avais l'impression de commencer à voler de mes propres ailes. Au cours des années qui ont suivi, je me suis rendue en Ontario, en Californie, en France. Mais c'est mon séjour en Camargue qui m'a le plus marquée.
Là-bas, j'ai eu l'occasion de rencontrer des gitans, un peuple qui transpirait la liberté. Ils m'avaient beaucoup impressionnée à l'époque et, avec le recul, je crois qu'inconsciemment je m'identifiais à eux. À mon retour au bercail, je devais m'inscrire au cégep, mais la motivation n'était pas au rendez-vous. Comme je ne savais pas encore ce que je voulais faire dans la vie, il m'était difficile d'arrêter mon choix sur une discipline en particulier.
Un jour, en me promenant, je suis tombée sur une affiche des Forces armées canadiennes qui a éveillé ma curiosité. Je me suis immédiatement renseignée sur leurs différents programmes de formation et j'ai passé une entrevue dès le lendemain. Ce qu'on m'offrait – la vie de groupe, le travail en équipe, une formation en mécanique –, me stimulait au plus haut point et je sautais de joie quand on m'a annoncé que j'étais admise quelques jours plus tard. J'ai vécu une expérience extraordinaire lors des trois années suivantes. Et j'ai même postulé à la Gendarmerie royale du Canada pour poursuivre dans cette voie.
C'est par un superbe matin de juillet que j'ai appris que j'avais été sélectionnée. Le bonheur! Sans perdre un instant, j'ai appelé des amis pour leur communiquer la bonne nouvelle. Je flottais! Dans quelques heures, j'allais célébrer deux événements: mon entrée à la GRC et mon 22e anniversaire de naissance. Je n'ai jamais trinqué à mon nouvel emploi ni soufflé une seule de mes bougies. Je me suis plutôt retrouvée à l'hôpital, dans un coma profond. Ce n'est que 10 jours plus tard que je me suis réveillée.
Lorsque j'ai ouvert les yeux, j'ai constaté que je pouvais voir, entendre, et que j'avais tous mes membres. J'avais un plâtre au bras gauche et une espèce de tige de soutien au bras droit. Lorsque j'ai tenté de remuer mes jambes, j'en ai été incapable. Ce dont je me souviens de ce moment-là, c'est de m'être concentrée sur ce qui me restait et non sur ce qui me manquait. Je me disais que, tout compte fait, ça aurait pu être pire. Mon optimisme refaisait surface. Heureusement, d'ailleurs, car les nouvelles étaient loin d'être réjouissantes.




