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J'étais amoureuse d'un homme qui me battait

Pendant plus d'un an, Julie a été terrorisée et brutalisée par son chum. Elle raconte comment ce genre de choses arrivent.

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Une autre peur me paralysait aussi. C'était la peur du vide et l'intime conviction que je ne ferais rien de mieux sans lui. Il est vrai que j'avais peu confiance en moi, mais j'avais tout de même du caractère et, au début, je lui tenais tête. Sauf que, après quelques mois passés avec lui, je ne réagissais plus. Je craignais tellement de déclencher sa colère que je n'osais plus le contredire, affirmer une opinion ou même parler. Quant à mon estime de moi, il n'en restait plus une miette. Il m'humiliait tant -notamment en public -que j'avais fini par croire ce qu'il me clamait: que j'étais une imbécile, une incapable, une ignorante, une bonne à rien, etc. Je n'imaginais donc pas que je pouvais recommencer ma vie toute seule. J'étais déjà tellement isolée.

Cela dit, j'ai quand même fini par le quitter. Les deux premières fois, je suis revenue au bout de quelques jours, mais la troisième a été la bonne. C'était après le Nouvel An. À l'occasion de cette fête justement, il m'avait fixé rendez-vous chez des amis. Mais il n'est jamais venu et il a découché sans fournir d'explications.

Ç'a été le début de la fin. Je suis partie quelques jours chez mes parents (qui étaient en voyage) pour faire une pause. Là, il m'a téléphoné, on s'est querellés. Il était hyper violent et il a menacé de me rejoindre. J'ai paniqué. Je craignais qu'il vienne et détruise tout, alors j'ai appelé la police et porté plainte. Après le départ des policiers, il est arrivé. Il était tout sucre tout miel, il s'est excusé de s'être emporté, etc. Je me suis encore fait avoir et je suis repartie avec lui.

Le lendemain, j'ai téléphoné au poste pour retirer ma plainte, mais on m'a répondu que je devais me présenter en personne pour le faire. J'y suis allée et j'ai rencontré une inspectrice. C'est elle qui m'a sauvé la vie. Je lui ai tout raconté. Elle m'a fait prendre conscience qu'on ne pouvait pas aimer quelqu'un dont on avait si peur. «Tu es jeune. Réalises-tu que tu mets ta vie en danger?, m'a-t-elle demandé. Tu n'as aucune raison de rester là. Va-t'en pendant qu'il est encore temps, pendant que tu as encore quelque chose de vivant en toi.» J'ai donc quitté Jean et j'ai recommencé ma vie. Le deuil a été extrêmement long et douloureux. J'ai suivi une thérapie durant plusieurs années pour pouvoir évacuer toute la haine que je ressentais à son endroit et à l'égard du monde entier - y compris mes parents, à qui j'en ai longtemps voulu de ne pas m'avoir protégée. Et j'ai essayé de me reconstruire, ce que je continue de faire, sept ans plus tard, tant les séquelles sont importantes. Mais je m'en suis sortie. Et c'est la preuve que c'est possible.

Propos recueillis par Kenza Bennis


Article publié originalement dans le magazine ELLE QUÉBEC

COMMENTAIRES.

  • Maya
    Published:
    2011-03-02 1:57 PM

    Merci d'avoir partagé un bout de ta vie... J'en avais des pincements au coeur en lisant. Malheureusement, c'est la réalité de beaucoup trop de femmes et elles ne s'en sortiront pas toutes. J'espère au moins que ça en aidera quelques unes et que ça changera le regard des gens sur les femmes battues. Bonne et heureuse nouvelle vie.
  • Jam
    Published:
    2010-08-24 11:29 AM

    Bravo !! je sais que c'est pas facile moi j'ai quitter mon conjoin après la première fois qu'il ma frappé ... je l'ai quitter avec mes deux enfants et refais ma vie et plus jamais personne ne me traiteras comme il la fait on en ressorte plus forte
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