Pendant plus d'un an, Julie a été terrorisée et brutalisée par son chum. Elle raconte comment ce genre de choses arrivent.
Ensuite, c'est allé de mal en pis. Au début, il avait des sautes d'humeur: il m'engueulait à pleins poumons et me traitait de tous les noms. Mais il a rapidement commencé à me frapper: ç'a d'abord été des claques et des coups de pied, puis des objets lancés à la volée et des coups de poing. Je me souviens précisément d'un soir où il m'a tellement battue que j'en ai été défigurée. Là, il a paniqué et m'a interdit de sortir. Je suis restée cloîtrée dans la chambre pendant deux semaines, sans voir personne. Quelle détresse! Je me sentais si seule au monde. Je ne comprenais pas comment j'en étais arrivée là, où était mon ancienne vie, mes parents, mes amis. Je voulais mourir.
Qu'est-ce qui fait qu'on reste, alors? D'abord, il y a l'espoir que ce sera passager, que ça va s'arranger, que notre histoire va marcher. Car je l'aimais, cet homme-là! Il pouvait être adorable, lorsqu'il n'était pas agressif. Alors, j'espérais... d'autant plus qu'il semblait désolé après m'avoir frappée. Il pleurait, s'excusait, implorait mon pardon, jurait qu'il ne recommencerait plus, me déclarait qu'il m'aimait, qu'il était perdu sans moi. Puis, il a fini par me parler de lui, de son enfance difficile, de la mère qu'il n'avait pas connue, de son père qui le battait sauvagement. Par conséquent, l'idée même de le quitter me culpabilisait. Il faut dire que c'était un manipulateur admirable et un grand séducteur. Il mentait en permanence et arrivait toujours à tourner la situation à son avantage. Je n'étais d'ailleurs pas la seule à succomber à son charme: tout le monde l'adorait et me disait quelle chance j'avais de sortir avec lui.
Il y a aussi la peur qui m'a empêchée de partir. La peur qu'il me retrouve et me fasse du mal si je partais, la peur qu'il mette ses menaces à exécution: s'en prendre à mon petit frère et dévoiler à mes parents que leur fille se prostituait. Car ça aussi, il l'avait obtenu de moi. Au début, ce devait être temporaire – pour l'aider à rembourser ses dettes, prétendait-il. Ensuite, ç'a été pour vivre. Et dès que je lui disais que je souhaitais arrêter, il se mettait à hurler et à me rouer de coups.




