Alors qu’elle se préparait à une grande joie, Catherine a eu le plus pénible des accouchements.
L’arrivée de Marie
Calme et rassurant, l’obstétricien m’a alors expliqué que j’allais accoucher par voie naturelle, qu’il mettrait un gel sur le col de mon utérus, ce qui aiderait la dilatation. Docile, je faisais tout ce qu’on me demandait. Je me sentais comme un robot, je n’avais aucune émotion. Martin pleurait à côté de moi. J’essayais de le consoler, sans conviction.
Pendant que le gel agissait, j’ai reçu l’épidurale. Je ne sentais absolument plus rien. Il ne restait plus qu’à attendre patiemment que le travail se fasse. Durant la nuit, j’ai soudainement eu l’impression que j’avais un melon entre les jambes. Ce n’était pas douloureux, c’était juste étrange. Le médecin m’a confirmé que la petite était là et que, quand je me sentirais prête, je pourrais commencer à pousser. Dès la première poussée, je me suis mise à pleurer. Je réalisais ce que j’étais en train de vivre: j’accouchais, mais ce n’était pas pour donner la vie. Le personnel médical bougeait lentement autour de moi, personne ne parlait. Ce silence anormal me fendait le coeur. Chaque poussée m’éloignait un peu plus de mon enfant. Au bout de 15 minutes, c’était terminé. Il était 1 h 47.
Martin et moi avions pris la décision de ne pas voir notre bébé parce que ce geste était au-dessus de nos forces. Tout de suite après la naissance, le médecin s’est approché de nous et nous a dit que notre petite fille était magnifique. Il nous a conseillé de prendre le temps de la regarder. D’après son expérience, ce contact allait nous aider à vivre notre deuil. Nous avons accepté. L’infirmière a approché le berceau où reposait notre petite. Elle était tellement belle. Elle avait un tout petit nez et une bouche en coeur. Son visage était paisible. Nous l’avons baptisée Marie. L’infirmière a pris deux photos, qu’elle nous a remises en souvenir... Aujourd’hui, quand j’y repense, je regrette de ne pas avoir pris mon bébé dans mes bras, mais, à ce moment-là , je ne m’en sentais pas capable.
L’autopsie a révélé que Marie n’avait rien d’anormal. Elle aurait sans doute succombé à un décollement placentaire, quoique ça demeure une hypothèse, puisque des analyses ont montré que mon sang présentait aussi une anomalie. Les médecins m’ont rassurée en me disant que je n’y étais pour rien dans le décès de ma fille, que j’avais fait tout ce qu’il fallait faire. Bien sûr, ça soulage un peu, mais rien ne pourra jamais me consoler complètement. Quelles que soient les raisons de cette tragédie, le résultat, lui, est irrévocable: Marie ne sera jamais là . Et je n’aurai jamais eu le bonheur de la tenir contre moi.
DATE DE PUBLICATION: 2009-09-01
, Tiré de ELLE Québec magazine, septembre 2009



