Christiane a 14 ans quand son beau-frère tombe amoureux d'elle. Il attendra 16 ans avant de le lui avouer.
Quelques mois avant mon 30e anniversaire, lors d'une réunion familiale, Daniel m'a communiqué son adresse courriel. Une correspondance amicale de plusieurs semaines a commencé, où on s'écrivait à propos de tout et de rien. Rassuré sur ma fausse indifférence, il m'a demandé si on pouvait avoir un tête-à-tête. J'ai essayé de résister – en vain –, car je connaissais la signification de ce rendez-vous. Je me rappelais ce qu'il avait dit 16 ans plus tôt: qu'il attendrait que je sois devenue une femme pour m'ouvrir son cœur. Je savais aussi que cette rencontre allait complètement changer ma vie: si Daniel me déclarait ses sentiments, il ne me serait plus possible de réprimer les miens. J'en étais malade de nervosité! Je me sentais également extrêmement coupable, envers ma sœur et, surtout, envers mon mari. Est-ce pour me donner bonne conscience que je n'ai pas caché à Marc que Daniel souhaitait m'inviter à dîner? Sans doute.
Le jour venu, Daniel et moi nous sommes retrouvés au restaurant. Là, il m'a raconté comment il était tombé amoureux de moi, 16 ans plus tôt. Il l'a exprimé en peu de mots, sans grandes envolées lyriques, mais nos yeux comblaient les silences de façon significative. Nous nous comprenions juste en nous regardant. Ç'a été un moment très fort, très intense. Je me suis dit: «S'il m'embrasse, ça y est, je fonds.» Il ne l'a pas fait. Quand nous nous sommes revus, quelques semaines après, je savais que, là, nous nous embrasserions. Juste avant que Daniel se penche vers moi, je lui ai dit que j'avais l'impression d'être au bord d'un gouffre et que, s'il m'embrassait, je tomberais dedans. C'est ce qui est arrivé. Comme si ce baiser venait de briser la digue qui avait si longtemps retenu notre passion.
Daniel m'a raconté plus tard que, lorsqu'il était rentré chez lui après notre premier rendez-vous, Francine avait tout de suite compris qu'il venait de se produire quelque chose de sérieux et qu'elle était sur le point de perdre son mari. Marc aussi l'avait senti. Mais, jusqu'au tout dernier moment, il a continué d'espérer que nous resterions ensemble. Il a tout fait pour me reconquérir, mais il était trop tard. Il m'a finalement demandé: «Es-tu amoureuse de lui?» Je n'ai pas pu lui mentir.
La séparation a été difficile, houleuse, épuisante. Encore cette culpabilité qui me rongeait. Je m'en voulais beaucoup de causer tant de peine à Marc, mais je ne pouvais pas résister à mon désir d'être avec Daniel. C'était la première fois que je ressentais quelque chose d'aussi fort. Près de deux mois – et deux séparations – pénibles plus tard, Daniel et moi avons emménagé ensemble. Bien sûr, au début, nous avons dû, comme n'importe quel couple, nous adapter l'un à l'autre au quotidien mais, après trois ans de vie commune, l'amour entre nous est toujours aussi grand.
J'avoue que je me sens encore un peu fautive envers Marc et que mes liens avec les membres de ma famille, même s'ils n'ont jamais été très serrés, se sont un peu étiolés. Ma mère, par exemple, n'a jamais compris mon choix; et je n'ai pas revu ma sœur Francine. Mais, puisque nos rapports ont toujours été assez distants, je ne peux pas sincèrement affirmer que notre relation me manque. Je n'ai jamais regretté ma décision et, si les choses étaient à refaire, je n'hésiterais pas une seule seconde, car avec Daniel, je sens que je suis davantage en accord avec moi-même. Je l'aime, tout simplement.
PROPOS RECUEILLIS PAR ISABELLE BERGERON




