Christiane a 14 ans quand son beau-frère tombe amoureux d'elle. Il attendra 16 ans avant de le lui avouer.
La révélation était fracassante; elle ne m'a cependant pas surprise. Je l'avais pressentie, me semble-t-il. J'en ai retiré beaucoup de plaisir mais, en même temps, je pensais à ma sœur et à la peine que cette confession lui causait. Comme on pouvait s'y attendre, elle était sous le choc. Mes parents, eux, ont réagi de façon plutôt modérée. Aucune indignation, à peine un commentaire. Francine, elle, a fait une crise et a décidé d'écourter son séjour. Son mari et elle sont repartis dès le lendemain.
Ma sœur n'a jamais quitté Daniel, elle l'aimait trop. Il n'est pas parti non plus, même si ce qu'il éprouvait pour elle n'avait rien de comparable à ce qu'il éprouvait pour moi.
Après ce soir-là, et même si je ne l'ai revu que rarement par la suite, pas une journée ne s'est écoulée sans que je pense à lui. Amoureuse? Difficile à dire. Mes sentiments étaient flous, indéfinissables, et ils n'avaient pas nécessairement un caractère romantique. Des questions me traversaient l'esprit: aurait-il aimé les vêtements que je porte aujourd'hui? Qu'aurait-il pensé de ceci ou de cela? La première fois que je l'ai revu après le fameux soir des «aveux», soit après plus d'un an, j'étais nerveuse et mal à l'aise. Par la suite – en l'espace de 16 ans, nous nous sommes vus seulement une douzaine de fois –, j'ai adopté une attitude plutôt détachée à son égard, voire carrément froide, pour ne pas blesser ma sœur.
Malheureusement, ce n'était pas le cas. J'ai revu Daniel à quelques occasions et, chaque fois, les sentiments que j'essayais désespérément de refréner se ravivaient. La première fois que Marc a rencontré Daniel, il a immédiatement deviné que ce dernier était amoureux de moi. Aux regards qu'il me lançait sans doute, et aux compliments qu'il m'adressait... «Et toi, es-tu attirée par lui?» m'a-t-il demandé un jour. J'ai feint la surprise: bien sûr que non, pas du tout! Et pourtant... J'étais cependant heureuse avec Marc, même si je n'éprouvais guère de passion à son égard.




