Annika est tombée enceinte à 25 ans. Alors qu'elle s'attendait à vivre neuf mois de bonheur, sa grossesse a pris des allures de cauchemar.
Physiquement, tout allait bien. Dans ma tête, toutefois, c'était une autre histoire...
Pour être honnête, j'ai détesté être enceinte. Je me sentais inconfortable dans mon corps. Je n'aimais pas du tout la sensation de porter quelque chose en moi, je me sentais envahie, à l'étroit, et ça m'angoissait profondément. C'était une préoccupation de tous les instants. Moi qui avais toujours été une fille dynamique, de bonne humeur et très sociable, je ne me reconnaissais plus: je pleurais tout le temps, sans raison, je dormais continuellement, je n'avais envie de rien faire ni de voir personne. Je terminais mes journées au bureau de peine et de misère. Le soir, quand je rentrais à la maison, j'étais épuisée et irritable. Heureusement, Louis a toujours été très patient à mon égard.
J'avais entendu dire que, après le premier trimestre de grossesse, les futures mamans retrouvaient la forme et devenaient très excitées à l'idée de donner la vie.
Ainsi, j'étais supposée être à l'affût du moindre mouvement ressenti dans mon ventre et m'intéresser à chacune des étapes du développement de mon bébé. Dans mon cas, rien de tout ça n'est arrivé! Je ne parlais jamais à ma bedaine, pas plus que je ne la caressais tendrement. Je ne lisais rien sur la grossesse ni sur l'accouchement et je dormais pendant les cours prénatals. Je n'avais pas envie de courir les boutiques ni de passer des heures à décorer la chambre du bébé; pas d'idée de prénom. Je broyais du noir et j'angoissais, point à la ligne. Évidemment, je me sentais coupable et je n'osais pas en parler, de peur d'être jugée. Même Louis ne connaissait pas l'ampleur de mon mal-être. Il croyait que j'étais fatiguée, sans plus.
Au bout de cinq mois de grossesse, chaque jour était devenu un supplice.
J'avais l'impression que je n'accoucherais jamais! Je me sentais de plus en plus ingrate de ne pas m'extasier devant le petit être qui prenait vie en moi. J'en concluais que je ne méritais pas d'être enceinte. J'avais peur du jour où mon bébé allait naître, peur d'être une mauvaise mère... Je croulais littéralement sous le poids de la culpabilité. J'ai alors décidé de me confier à ma meilleure amie. Pour ne pas l'inquiéter, je m'étais promis de ne pas être trop émotive, mais j'ai évidemment fondu en larmes dès que j'ai ouvert la bouche! J'étais inconsolable. Elle ne savait pas quoi dire. Elle m'a simplement écoutée et invitée à me vider le coeur: «Fais sortir le méchant, m'a-t-elle dit, tu vas te sentir mieux après!» Elle avait raison. Le malêtre est resté, mais le fait d'en avoir parlé m'a soulagée. Le lendemain, j'ai tout avoué à Louis. Je lui ai dit que j'étais malheureuse, anormalement déprimée, que je ne me sentais pas bien ni dans ma tête ni dans mon corps, et que je détestais être enceinte. Il était bouche bée. Il se sentait démuni mais, fidèle à lui-même, il est resté calme et s'est montré rassurant. Il me répétait souvent de ne pas m'inquiéter, que ça allait passer si je m'accordais du temps pour me reposer.
Du coup, il n'était plus question de faire semblant! Quand on me demandait comment j'allais, je répondais la vérité. J'ai fini par rencontrer des femmes qui avaient vécu la même chose que moi. Lorsqu'elles me racontaient leur expérience, c'était toujours en catimini, du bout des lèvres. Elles avaient honte. Pourtant, elles me faisaient tellement de bien. Je me sentais moins seule. J'étais très émue de constater que ces femmes étaient maternelles et qu'elles aimaient leurs enfants. Les difficultés qu'elles avaient connues lorsqu'elles portaient leur bébé n'avaient rien à voir avec leur capacité à être de bonnes mamans. Pourquoi se sentir si honteuse de souffrir de dépression pendant une grossesse? D'où vient cette idée que les femmes aiment toutes être enceintes? De nos jours, la dépression postpartum n'est plus un tabou. Il est facile de trouver de la documentation sur ce sujet, alors qu'il n'existe à peu près rien sur la dépression pendant la grossesse. J'aurais tant aimé connaître une association qui soutient les femmes en difficulté psychologique durant cette période...




