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HUMOUR: schizophrènes, nous?

Carriéristes, mais constamment à la recherche du grand amooouuur; pour la simplicité volontaire, mais consommatrices compulsives; indépendantes, mais pas financièrement... Serions-nous les reines de la contradiction?

Par
Kenza Bennis
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HUMOUR: schizophrènes, nous? <br/>

À QUAND LE PARTAGE DES TÂCHES?
Ce qu'on dit Avouons-le, au rayon griefs ménagers, le meilleur des comptables ne pourrait rivaliser avec notre tenue des comptes. Débiteur: notre chum. Lequel «oublie» toujours la vaisselle, laisse traîner ses caleçons, inonde la salle de bain chaque fois qu'il prend sa douche, ne sait jamais où est le beurre, etc. Créditrice: nous, pôôôvres âmes dévouées, qui lavons, ramassons, cuisinons, faisons l'épicerie, préparons les lunchs, révisons les devoirs avec les enfants, organisons les activités familiales, planifions les vacances et gérons les rénovations du sous-sol (liste non exhaustive).

Ce qu'on dit moins Vous souvenez-vous de la dernière fois que votre chum a tenté une incursion sur votre territoire: organisation du souper, vaisselle, habillage de la progéniture, ménage de la salle de bain? La pôôôvre âme dévouée s'est transformée en petit Rumsfeld belliqueux pour critiquer tous ses faits et gestes. Motif: il fait tout de travers (traduction: il ne fait rien comme ça doit être fait; sous-titrage: il ne fait rien à notre manière).

Les circonstances atténuantes Avez-vous pensé au nombre de décennies durant lesquelles l'identité féminine reposait sur la maîtrise de la cuisine, du ménage, de l'organisation de la maison, bref, des tâches ménagères? Et vous voudriez vous débarrasser de cet héritage comme ça? Sans compter qu'on lâche rarement prise sur un des seuls domaines où on exerce le pouvoir, explique la psychologue Catherine Serrurier dans son essai sur le sujet, Ces femmes qui en font trop. Et comme les Hillary Clinton ne courent pas encore les rues, les dictatrices de cuisine ont de beaux jours devant elles.


LES JOIES DE LA SIMPLICITÉ VOLONTAIRE<br/>Ce qu'on dit Ah, si on rompait le cercle infernal de la consommation! On mangerait des fruits et des légumes du jardin, on recyclerait nos déchets, on se déplacerait en vélo, on confectionnerait nos vêtements, nos meubles et les jouets du petit. Et, bien entendu, on ne capitulerait plus devant les plus infâmes emblèmes de la société de consommation, ceux-là mêmes que les démoniaques pros du marketing nous vendent au centuple de leur valeur: les produits de luxe.

Ce qu'on dit moins À la moindre contrariété, joie, bonne occasion, virée en solitaire ou entre copines, au moindre gratteux gagnant ou temps creux, on magasine, on magasine, on magasine. Et on achète, on achète, on achète...
y compris le rouge à lèvres Dior à 30 $ + taxes (in-dis-pen-sa-ble) et le porte-cartes Vuitton (il était en solde).

Les circonstances atténuantes Croyez-le ou non, notre folie du shopping et des produits de luxe date... du 18e siècle. Incapables «d'accéder au bonheur [autrement que par] l'amour et le dévouement familial», écrit Gilles Lipovetsky dans Le luxe éternel, nous sommes devenues «le plus bel ornement de l'homme» tout en étant célébrées comme des reines du foyer. Du coup, «parce que préposée à la vie privée, à l'éducation des enfants, à la marche de la maison, la femme s'affirme comme l'acteur principal de la consommation et la cible première de l'offre marchande. [...] L'acte de consommer est devenu un divertissement féminin, une occupation-compensation, un substitut aux diverses frustrations de la vie sociale et affective.»

Mais c'est fini, ce temps-là!, vous exclamez-vous. Pas tout à fait, explique l'auteur: non seulement «la femme reste le pôle central dans la vie familiale», mais la «société marchande et individualiste» a transformé consommation et produits de luxe en objets de construction de soi, d'esthétique et de différenciation. D'où la difficulté de s'en passer. Ah! Ha!


C'EST LA FAUTE AUX MAGAZINES FÉMININS<br/>Ce qu'on dit Un article intitulé «Comment accepter son corps tel qu'il est» est suivi d'un dossier sur la façon de gagner la guerre contre la cellulite; un reportage sur le martyre des Tchétchènes précède un test psycho-pop sur le bonheur... Mais ils sont fous, ces magazines féminins!

Ce qu'on dit moins Évidemment qu'on compatit aux malheurs des Tchétchènes. N'empêche qu'on dévore l'article «Perdez 5 kilos en 10 jours grâce à des méthodes naturelles». Faut bien qu'on s'occupe de nos problèmes aussi, non?

Les circonstances atténuantes «Elle revendique le sérieux dans la frivolité, l'ironie dans le grave», disait sa fondatrice, Hélène Lazareff. Ça ne vous ressemble pas, ça?


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