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Couple: Survivre aux crises

Les conflits annoncent-ils la fin du couple? Au contraire, répondent les psys, ils permettent d'améliorer la relation.

Couple: Survivre aux crises

Devinez quel est le facteur numéro un d'insatisfaction exprimé par les couples selon le questionnaire d'Objectif-Couple, un cabinet spécialisé en thérapie conjugale... La gestion des conflits. Comme quoi, se disputer n'est pas se séparer. Et comme dit la psychologue Rose-Marie Charest, «une chicane ne remet pas notre couple en question, à moins de nourrir la vision angélique, encore trop répandue, que si on a choisi la bonne personne et qu'on s'aime, ça ira de soi».

Quant aux raisons des crises, elles sont légion: communication qui déraille, essoufflement du quotidien, infidélité, valeurs inconciliables ou revers du destin. C'est parfois un sujet viscéral qui entraîne l'impasse, comme avoir des enfants ou pas. Selon le psychologue André Surprenant, d'Objectif-Couple, chaque étape de la vie conjugale apporte son lot d'épreuves: «Le manque d'engagement est l'écueil qui guette les jeunes tourtereaux. La vie commune et la naissance d'un enfant ébranlent l'harmonie conjugale de plusieurs. Ceux dont la relation affiche plusieurs années au compteur s'enlisent parfois dans la routine ou évoluent dans des directions opposées. Plus tard, l'adaptation au passage de la quarantaine, l'adolescence et le départ des enfants de la maison, puis la retraite menacent l'équilibre.» Mais on peut traverser la majorité des crises, poursuit-il, incluant celles qui ont pour source l'infidélité, un des motifs les plus fréquents de rupture.

DÉPOUSSIÉRER LA RELATION
André Surprenant suggère de se poser d'abord LA question fondamentale, qui déterminera l'issue du couple: «Suis-je encore prête à investir dans cette relation?» Car l'engagement permet de tolérer bien des frustrations. 

Vous voulez vraiment sauver votre union? Mettez ensuite le cap sur les éléments positifs, recommande le psychologue: «Pourquoi ai-je choisi cette personne? Pourquoi je l'aime? Quels comportements j'apprécie en elle?» Augmentez les expériences agréables, suggère de son côté Rose-Marie Charest. «Aller voir un film ou visiter une exposition permet d'intégrer des images positives qui cimenteront la nouvelle entente, mais il faut éviter le tête-à-tête au restaurant si le terrain est miné.»

Pour se parler de manière respectueuse et constructive, les spécialistes recommandent aussi de casser le mépris, qui sape la relation. Cela demande certes beaucoup de maturité car les blessures sont souvent à vif, mais ça permet d'aborder le cœur du problème: les patterns respectifs à l'origine de la crise. Pour démarrer le travail, André Suprenant invite ses clients à remplir un questionnaire qui établit leur degré d'insatisfaction sur plusieurs thèmes: communication, quantité et qualité du temps passé ensemble et en solo, façons de prendre les décisions, sexualité, éducation des enfants, partage des tâches, etc. On compare ensuite les résultats et chacun doit identifier comment il contribue à nourrir la crise. Pour Rose-Marie Charest, cette étape est déterminante. «La crise est le reflet de notre dynamique de couple. Tant qu'on se braque sur les manquements de l'autre, on n'en sort pas.» Comme le mentionne Laura Schlessinger (Couple: les 10 bêtises qui tuent): «Vous cherchez toujours ce que votre couple peut vous apporter, mais vous, que pouvez-vous apporter à votre couple?»

COMMENT SE FAIRE AIDER
Parfois, on n'arrive pas à décortiquer seul notre scénario relationnel. Céline et Denis ont ainsi fini par faire appel à André Surprenant. «Comme nos discussions tournaient en rond, surtout celles concernant l'éducation des enfants, nous nous sommes demandé ce que nous faisions encore ensemble.

La thérapie nous a permis de redécouvrir ce que nous aimions chez l'autre. Dans le train-train quotidien, ce qu'on se dit, c'est souvent ce qui agace. Nous avons pris conscience des engrenages qui détraquaient nos conversations.» Consulter peut même être utile aux couples qui ont l'impression d'avoir fait le tour du jardin, comme Marie-Josée et son conjoint, dans la mi-trentaine, ensemble depuis... 22 ans!

«Après la naissance de nos filles, on s'est perdus de vue, avalés par le travail et la vie familiale. Je me sentais coupable de voler du temps à mes filles pour en passer seule avec leur père. Après quatre ou cinq rencontres avec le thérapeute, nous avons commencé à démêler la situation. Notre décision? Faire table rase des comportements, attitudes et perceptions passés pour reconstruire sur de nouvelles bases et découvrir des passions communes.» Cours de tango et d'espagnol rythment ainsi leur nouvelle harmonie.

Certains couples ont recours à des fins de semaine de discussion, proposées par des organismes comme Vivre et Aimer. Ces ateliers destinés à «enrichir sa relation de couple» sont animés par des couples mariés et un prêtre. Pour Sylvie et Jean-Pierre Besner, cela a été la planche de salut. «Dévastés par une faillite personnelle, nous ne serions pas passés au travers d'une mégacrise seuls. La méthode de Vivre et Aimer, basée sur l'écriture et le dialogue, nous a permis de reconnaître nos émotions et de nous les réapproprier. Nous avons ensuite participé à des “cliniques de dialogue” pour entretenir notre relation. Cela a été à ce point bénéfique que nous animons maintenant des fins de semaine. Nous constatons toutefois que les couples attendent trop longtemps avant de prendre leur relation en main, pensant que ça se réglera tout seul.»

APPRENDRE À SE DISPUTER
Les couples qui sortent indemnes des crises semblent posséder un bagage de qualités enviables: souplesse, capacité d'adaptation, pardon facile, sens de l'humour musclé, maîtrise du dialogue et tutti quanti. Mais combien d'entre nous espèrent encore que l'autre devine nos attentes? Autrefois, les cours de préparation au mariage permettaient de discuter de ces attentes, de nos valeurs et de nos croyances. Avec la montée de la cohabitation, notre seul bagage est notre enthousiasme. Or, aimer est une décision. Cela exige d'apprendre à décoder le dictionnaire émotif de chacun, sa façon de communiquer, et d'accepter son mode d'expression. «Beaucoup ont l'impression de ne pas être aimés si l'autre n'exprime pas son amour de la manière qu'ils le voudraient», indique Rose-Marie Charest.

«Aux yeux de nos amis, nous semblons être un couple modèle, affirment Chantal et Hugo. Pourtant, nous avons dû travailler fort pour vaincre les turbulences.» Parmi les leçons qu'ils ont apprises: attendre le moment propice pour régler les conflits. Les psychodrames nocturnes, Chantal s'en était fait une spécialité, tout comme la bombe larguée dans la voiture le matin, en route vers le boulot. Et bien sûr, comme on peut s'y attendre, plus Chantal insistait, plus Hugo se refermait. Ça devenait infernal. Leur relation a failli sombrer. «Au travail, après ces altercations, j'avais la larme à l'œil et j'étais incapable de penser à autre chose. Puis j'ai réalisé qu'on se lançait moins d'horreurs lorsqu'on était plus reposés et disponibles sur le plan psychologique. J'ai appris à contenir mes émotions quand j'ai pris conscience que notre amour n'était pas menacé par une dispute. Qu'on pouvait donc se donner un rendez-vous pour discuter calmement.»

Chaque fois qu'une décision majeure se profile à l'horizon (vivre ensemble, acheter une maison, avoir un enfant), ils se retrouvent maintenant en tête-en-tête dans une auberge, avec une liste de thèmes sur lesquels ils s'engagent à échanger, papier et crayon en main. «Chacun exprime son point de vue, à tour de rôle, et l'autre doit chercher d'abord à comprendre, sans préparer mentalement sa réplique. Cela nous a permis de prévoir les changements et de clarifier nos attentes mutuelles. Cependant, nous évitons désormais les sujets sans conséquence sur lesquels nous n'avons pas la même opinion», affirme le duo. Ils se sont promis de consulter si leur méthode dérape, histoire de se donner une autre chance ou de clore la relation sans explosion.



LES CRISES ONT-ELLES DU BON?
Certains couples ne se disputent jamais. Un long fleuve tranquille. Ce genre de relation peut cacher quelque chose, prévient André Suprenant: «Certains évitent les conflits parce qu'ils ne partagent pas une réelle intimité. Ils préservent leur vulnérabilité. Le problème se présentera si l'un des deux ouvre son cœur à un autre partenaire.»

En fait, les affrontements gardent le couple vivant et permettent de salutaires ajustements. Ils sont autant d'occasions de faire évoluer notre relation, mais aussi notre vie intérieure. Car le couple est un système: les problèmes personnels ont une incidence sur la relation, et vice-versa. Dans son livre Avec psychologie, Rose-Marie Charest écrit: «Le couple est l'endroit où on rejoue nos premières relations affectives. S'éveilleront des blessures qu'on croyait cicatrisées, des manques qu'on croyait comblés.» Si on fantasme sur le conjoint idéal, on se condamne à papillonner d'un partenaire à l'autre une fois la lune de miel terminée, convaincus que «ce n'est pas le bon». Après des échecs répétés, certains auraient plutôt avantage à se regarder de plus près et à entreprendre, s'il le faut, une démarche personnelle. Car la bisbille sera de nouveau au rendez-vous, même avec un autre partenaire.

Contre toute attente, cette démarche peut se révéler extrêmement positive, explique la psychologue Catherine Favre au magazine Psychologies: «Au départ, les personnes viennent consulter avec le sentiment que la crise leur "tombe dessus". À ce moment-là, il leur est impossible d'accepter l'idée que cette situation puisse aussi être une occasion. Puis, peu à peu, au cours du travail psychothérapeutique, ils prennent conscience de leur part de responsabilité dans la genèse de la situation (conduites répétitives, stagnation...) et se réapproprient ainsi leur histoire. Il leur faut souvent remonter 15 ou 20 ans en arrière, et aborder parfois certains traumatismes de l'enfance, pour identifier les causes de ce qui leur arrive aujourd'hui. [...] Lorsqu'on traverse une crise, on a la possibilité de dénouer ce qui n'a pu être intégré lors de crises antérieures.» Et de conclure que les crises sont de «formidables occasions de croissance». À bon entendeur...

Article publié originalement dans le magazine ELLE QUÉBEC



COMMENTAIRES

  • doyon ray..
    Published:
    2010-04-29 11:53 AM

    qui voir dans un clsc pour couple age en difficulte a se conprendre
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