Les conflits annoncent-ils la fin du couple? Au contraire, répondent les psys, ils permettent d'améliorer la relation.
Certains couples ont recours à des fins de semaine de discussion, proposées par des organismes comme Vivre et Aimer. Ces ateliers destinés à «enrichir sa relation de couple» sont animés par des couples mariés et un prêtre. Pour Sylvie et Jean-Pierre Besner, cela a été la planche de salut. «Dévastés par une faillite personnelle, nous ne serions pas passés au travers d'une mégacrise seuls. La méthode de Vivre et Aimer, basée sur l'écriture et le dialogue, nous a permis de reconnaître nos émotions et de nous les réapproprier. Nous avons ensuite participé à des “cliniques de dialogue” pour entretenir notre relation. Cela a été à ce point bénéfique que nous animons maintenant des fins de semaine. Nous constatons toutefois que les couples attendent trop longtemps avant de prendre leur relation en main, pensant que ça se réglera tout seul.»
APPRENDRE À SE DISPUTER
Les couples qui sortent indemnes des crises semblent posséder un bagage de qualités enviables: souplesse, capacité d'adaptation, pardon facile, sens de l'humour musclé, maîtrise du dialogue et tutti quanti. Mais combien d'entre nous espèrent encore que l'autre devine nos attentes? Autrefois, les cours de préparation au mariage permettaient de discuter de ces attentes, de nos valeurs et de nos croyances. Avec la montée de la cohabitation, notre seul bagage est notre enthousiasme. Or, aimer est une décision. Cela exige d'apprendre à décoder le dictionnaire émotif de chacun, sa façon de communiquer, et d'accepter son mode d'expression. «Beaucoup ont l'impression de ne pas être aimés si l'autre n'exprime pas son amour de la manière qu'ils le voudraient», indique Rose-Marie Charest.
«Aux yeux de nos amis, nous semblons être un couple modèle, affirment Chantal et Hugo. Pourtant, nous avons dû travailler fort pour vaincre les turbulences.» Parmi les leçons qu'ils ont apprises: attendre le moment propice pour régler les conflits. Les psychodrames nocturnes, Chantal s'en était fait une spécialité, tout comme la bombe larguée dans la voiture le matin, en route vers le boulot. Et bien sûr, comme on peut s'y attendre, plus Chantal insistait, plus Hugo se refermait. Ça devenait infernal. Leur relation a failli sombrer. «Au travail, après ces altercations, j'avais la larme à l'œil et j'étais incapable de penser à autre chose. Puis j'ai réalisé qu'on se lançait moins d'horreurs lorsqu'on était plus reposés et disponibles sur le plan psychologique. J'ai appris à contenir mes émotions quand j'ai pris conscience que notre amour n'était pas menacé par une dispute. Qu'on pouvait donc se donner un rendez-vous pour discuter calmement.»
Chaque fois qu'une décision majeure se profile à l'horizon (vivre ensemble, acheter une maison, avoir un enfant), ils se retrouvent maintenant en tête-en-tête dans une auberge, avec une liste de thèmes sur lesquels ils s'engagent à échanger, papier et crayon en main. «Chacun exprime son point de vue, à tour de rôle, et l'autre doit chercher d'abord à comprendre, sans préparer mentalement sa réplique. Cela nous a permis de prévoir les changements et de clarifier nos attentes mutuelles. Cependant, nous évitons désormais les sujets sans conséquence sur lesquels nous n'avons pas la même opinion», affirme le duo. Ils se sont promis de consulter si leur méthode dérape, histoire de se donner une autre chance ou de clore la relation sans explosion.



