Après le lifting, la liposuccion du ventre, le remodelage du nez et les implants mammaires, la chirurgie esthétique s'intéresse maintenant au vagin. Nécessité ou bizarrerie?
Une sexualité plus épanouie?
Cela étant, se faire remodeler le sexe serait-il devenu tendance? «Je n'irais pas jusqu'à parler d'un souci nouveau, nuance le Dr Bensimon. Ce sont des femmes ordinaires qui viennent me consulter au sujet de leurs petites lèvres. Beaucoup sont dans la trentaine, très jolies, actives, sportives. Je vois également des danseuses de bars, mais elles représentent une minorité au sein de ma clientèle. Les motivations profondes des femmes prêtes à subir ce type de chirurgie sont difficiles à connaître. Certaines me disent: “Ça m'a toujours gênée et, jusqu'à présent, je ne savais pas qu'on pouvait corriger ce problème.” D'autres déclarent que c'est pour se sentir mieux dans leur peau ou pour améliorer leur vie sexuelle.»
La sexualité demeure une zone d'ombre et de mystère qui résiste à toutes les tentatives d'explications définitives puisqu'on fait l'amour autant avec sa tête qu'avec son corps. Qu'est-ce qui provoque le désir? Qu'est-ce qui fait qu'une femme est belle? Il n'y a pas de règles, et encore moins de modèle unique. Se pourrait-il que plusieurs interventions de chirurgie esthétique aient finalement peu d'influence sur le sex-appeal ou la confiance en soi, dans la mesure où le problème est peut-être ailleurs?
Une récente étude menée par l'American Society of Plastic Surgeons indique que 19,5 % des gens qui ont subi ce type d'interventions souffraient déjà de dépression ou de troubles psychologiques. «Je ne conteste pas que la chirurgie esthétique peut aider à retrouver l'estime de soi», ex-plique la sexologue Natalie Suzanne, qui a publié L'amour au défi - Mieux comprendre sa vie affective et sexuelle. «Je dis seulement que ça ne règle pas tout. Les problèmes sexuels des femmes que je reçois dans mon bureau naissent souvent de fausses perceptions. C'est pourquoi mon travail consiste d'abord à aider ces femmes à se situer par rapport à ce qu'elles vivent intérieurement.»
«J'entends souvent des femmes me dire: “Quand j'aurai perdu 20 kilos, je pourrai penser à me trouver un amoureux”, s'étonne Lise Lamontagne. Mais pourquoi attendre que le bonheur vienne de son corps?»
«C'est que nous vivons dans un monde qui a le culte de l'apparence», déplore Natalie Suzanne. Qui sait si cette obsession généralisée du corps ne cache pas plutôt le corps mal aimé que chacun traîne plus ou moins avec soi? «Combien de femmes, ajoute-t-elle, m'avouent avoir du mal à se faire faire l'amour oral par leur partenaire. D'autres me confient: “J'ai l'impression de ne pas être attirante par là. De sentir mauvais.”» On peut donc être «folle de son corps» et ne pas être bien dans sa peau.
Ce genre de mal-être peut-il se soigner à coups de bistouri? La chirurgie esthétique ne peut envisager la question que de l'extérieur. «C'est quand une femme entreprend une démarche intérieure pour changer sa perception des choses qu'on peut vraiment résoudre les problèmes d'estime de soi ou ceux d'ordre sexuel, poursuit Natalie Suzanne. Car on ne peut pas ranger la sexualité dans une seule case, par exemple celle de l'apparence physique. Voilà pourquoi un travail de réflexion globale sur soi est souvent le meilleur remède.»
Et puis, on a beau se croire moche sous certains aspects, la vie se charge parfois de nous faire changer d'avis. «C'est exactement ce qui est arrivé à une jeune femme de ma connaissance, raconte Jocelyne Robert. Ses petites lèvres la complexaient; elles lui semblaient beaucoup trop apparentes, et elle songeait à se faire opérer. Jusqu'au jour où elle a rencontré un homme que ce détail anatomique faisait justement capoter!» Le résultat? Exit le chirurgien. Un deuxième bébé est en route, et la maman est radieuse.
Pour poser des questions au Dr Éric Bensimon, cliquez ici.
La chirurgie esthétique génitale: nouvelle lubie ou remède pour une meilleure estime de soi? Réagissez à ce reportage dans notre forum sur ellequebec.com.
Article publié originalement dans le magazine ELLE QUÉBEC
Oui, je m'abonne en ligne!




