Vous pensez tout savoir sur votre famille? Rien n'est moins sûr... les secrets, les non-dits et les tabous sont plutôt monnaie courante de nos jours.
«C'est dans la nature humaine d'avoir des secrets!» affirme Lise Langlois, travailleuse sociale et coauteure du livre La psychogénéalogie – Transformer son héritage psychologique. «Il y a toujours eu des secrets de famille et il y en aura toujours. C'est dans la forme qu'ils varient parfois.» Avec la libéralisation des moeurs et de la sexualité, nous n'avons plus à camoufler un divorce ou encore à cacher une grossesse hors mariage. Par contre, certains tabous ont la couenne dure. Ainsi, l'inceste trône toujours au palmarès des secrets de famille les mieux gardés, suivi de près par le sida, le suicide assisté, la faillite, l'homosexualité, la maladie mentale, etc. Selon la psychanalyste Reine-Marie Bergeron, «la très forte pression de la religion a tout simplement été remplacée par celle de la performance et du paraître. Nous sommes dans une société exigeante où il faut performer à tout prix, ce qui nous amène à cacher les “imperfections”».
SE TAIRE POUR SE PROTÉGER</b>
Sonia, 38 ans, en sait quelque chose: «Je suis née en 1970. Je viens d'un milieu intellectuel aisé et supposément ouvert. Mes grands-parents, mes oncles et mes tantes connaissaient le problème d'alcool de mon père. Tout le monde savait que ma mère se faisait battre, mais personne n'en parlait. Ce n'était pas très bon pour l'image de la famille...» Ce silence a été fatal pour la mère de Sonia. Elle est morte dans un accident de voiture alors que son mari conduisait, ivre. Sonia avait 11 ans. Ses soeurs en avaient 12 et 13.
«Après la mort de ma mère, la famille s'est emmurée dans un silence encore plus lourd. Personne n'a cherché à nous aider, mes soeurs et moi, même si tout le monde connaissait les problèmes de mon père et savait qu'il était incapable de s'occuper de nous. Finalement, c'est une amie de ma mère qui est intervenue. Nous avons été placées en foyer d'accueil.»
Plusieurs années plus tard, Sonia a eu une discussion à coeur ouvert avec sa grand-mère. Elle voulait comprendre pourquoi personne n'a jamais rien dit. «Ma grand-mère m'a assurée qu'elle ne se rendait pas compte de la situation, qu'elle ne savait pas, que personne ne savait. J'ai la certitude que ce n'est pas vrai. Je crois que leur silence était plutôt une façon de se protéger. Ils ne pouvaient pas supporter que des membres de leur famille vivent une situation aussi grave et désespérée. C'était sans doute plus facile de fermer les yeux.»
En effet, le déni est un comportement d'évitement qu'on rencontre fréquemment dans les familles. La négation permet de fuir des situations trop gênantes. Rose-Marie Charest, présidente de l'Ordre des psychologues du Québec, le confirme: «Je reçois souvent dans mon bureau des gens qui éprouvent de la culpabilité à propos de gestes qui ont été commis par leurs parents ou encore par leurs enfants. Comme nous nous identifions beaucoup à notre famille, nous avons l'impression que les torts et la souffrance de nos proches nous appartiennent, malgré nous. Alors le déni devient une forme de protection.»




