Trop gros, trop mou, pas assez lisse... notre corps est devenu une source de souffrance permanente et un projet de transformation sans fin. C’est ce que dénonce la célèbre psychothérapeute anglaise Susie Orbach.
À QUI PROFITE CETTE HAINE?
Aujourd’hui, nous luttons en permanence pour nous conformer aux diktats de la beauté. Sans même en avoir conscience, nous nous préoccupons sans arrêt des conséquences de nos gestes (ou de notre absence de gestes) sur nos courbes, notre forme physique, nos muscles, notre poids, nos rides, etc. En effet, il est difficile d’échapper aux pressions sociales ainsi qu’au matraquage des industries de la beauté et de la minceur, qui nous offrent constamment de nouveaux produits miracles. Les possibilités de façonnage de notre corps sont d’ailleurs tellement nombreuses que nous avons l’illusion de pouvoir le maîtriser. Ainsi, maigrir correspond à se ressaisir, à reprendre le contrôle, à se dominer, alors que faire de l’embonpoint est perçu comme un aveu de perte de contrôle, une faiblesse.
Preuve s’il en est du culte de la minceur: une femme sur deux est une adepte des régimes. Des régimes qui, généralement, ne fonctionnent pas et se succèdent, car 95 % des gens reprennent leur poids initial (et encore plus, la plupart du temps) une fois leur diète terminée, puis se mettent à nouveau au régime. Mais ce qui fait le malheur des uns fait le bonheur des autres... notamment celui de l’industrie de la minceur, qui représente 100 milliards de dollars aux États-Unis seulement.
Un autre secteur marchand qui fait ses choux gras de notre insatisfaction constante: celui de la chirurgie esthétique. En 1994, quelque 500 000 interventions ont été pratiquées aux États-Unis. En 2004, on en répertoriait 12 millions! L’engouement pour les retouches et les autres types de restauration corporelle est si grand que, en Amérique du Nord, ces opérations touchent toutes les classes sociales, rapporte l’auteure de Bodies. Ainsi, le tiers des gens qui envisagent le recours à la chirurgie plastique font partie d’un ménage dont le revenu annuel familial est inférieur à 30 000 $. Leur motivation? L’espoir d’une certaine ascension sociale lorsqu’ils répondront aux critères esthétiques actuels.



