Certaines rêvent d'un accouchement naturel, d'autres veulent à tout prix être anesthésiées et ne rien sentir. Entre les deux, bien des femmes se demandent comment accoucher. État des lieux.
L'accouchement intime
«Pourquoi faudrait-il être médecin pour avoir une bonne connaissance de son corps et de la reproduction?» s'interroge Stéphanie St-Amant, coauteure de l'ouvrage Au coeur de la naissance, qui a mis au monde son troisième enfant à la maison, aidée du père, sans même la présence d'une sage-femme. «Je n'ai pas de reproches à faire à celles qui font d'autres choix que les miens. Pour ma part, je vois l'accouchement comme un acte citoyen de femme libre. J'ai choisi ma carrière. J'ai choisi d'avoir des enfants. Je choisis comment les mettre au monde. L'accouchement est un acte intime, sexuel même. Je ne me voyais pas faire ça en public.»
«La clientèle des sages-femmes est éduquée et a l'habitude de se prendre en mains, précise la Dre Diane Francoeur. Nous, à l'hôpital, on accueille tout le monde. Or, toutes les femmes n'ont pas la même tolérance à la douleur ni la même énergie face à celle-ci. La médecine doit respecter toutes les femmes et ne pas défendre uniquement le modèle de celles qui crient le plus fort. Cela dit, la position de l'Association des obstétriciens et gynécologues du Québec est claire: nous sommes en faveur de la présence des sages-femmes en milieu hospitalier. Pour l'instant, il n'y a que le Centre hospitalier de LaSalle qui offre ce service. Mais ce qui se passe là est un peu notre modèle.»
Selon l'entente en vigueur depuis février 2004 entre la direction du Centre hospitalier de LaSalle et la maison de naissance CLSC Lac-Saint-Louis, la sage-femme donne le choix à sa patiente lors de la première rencontre: accoucher soit en maison de naissance, soit au Centre hospitalier de LaSalle, dans l'une ou l'autre des 34 chambres privées réservées aux femmes qui accouchent. La future mère est donc déjà sur place s'il survient un problème, tout en bénéficiant de l'approche naturelle et personnalisée d'une sage-femme si tout se passe bien. Au cours du travail, en cas de doute, explique Colette Poirier, coordonnatrice des soins et services à la clientèle mère-enfant au Centre hospitalier de LaSalle, la sage-femme peut même consulter le gynécologue de l'hôpital. S'il y a complications ou si la mère opte pour l'anesthésie, la sage-femme se retire et laisse la place au médecin.
L'entente, on s'en doute, a fait l'objet de longues négociations qui ont permis de vaincre bien des résistances de part et d'autre. Pour le moment, un seul accouchement a eu lieu dans ces conditions, et quelques autres sont attendus, à moins que les futures mamans ne changent d'avis d'ici là. Il n'empêche que la réponse est plus lente que prévu, reconnaît Colette Poirier. Elle vient aussi confirmer qu'il existe d'énormes différences de mentalité entre les femmes enceintes «à sage-femme» et celles «à médecin». À tort ou à raison, les femmes qui ont déjà fait le choix d'accoucher avec une sage-femme se méfient de l'hôpital, et il ne viendrait pas à l'idée de celles qui s'apprêtent à accoucher à l'hôpital de faire appel à une sage-femme, et cela même si leur grossesse s'annonce sans problème. Il faut donc souhaiter que le dialogue timidement amorcé depuis peu entre ces deux univers dissipe les malentendus et balaie quelques idées fausses au passage. Après tout, la formule de l'accouchement avec sage-femme à l'hôpital n'offre-t-elle pas le meilleur des deux mondes? L'assurance de voir naître doucement et en toute sécurité des bébés heureux? Est-ce un choix appelé à devenir la norme au Québec? Réponse dans une dizaine d'années.




