Certaines rêvent d'un accouchement naturel, d'autres veulent à tout prix être anesthésiées et ne rien sentir. Entre les deux, bien des femmes se demandent comment accoucher. État des lieux.
Autre problème: la souffrance et les moyens de la combattre. Les adeptes de l'accouchement naturel auront beau vous parler avec conviction de l'instinct de la chatte, qui lui fait accomplir les bons gestes au bon moment, il n'empêche que mettre un bébé au monde, ça fait mal. Comment ne pas y penser quand on est enceinte? Au moment de choisir une méthode d'accouchement, outre la sécurité et l'humanisation des soins, il faudra vous interroger sur votre tolérance à la douleur puisque, à la douleur des contractions, le médecin et la sage-femme ne répondent pas de la même façon. Par exemple, si vous choisissez d'accoucher dans une maison de naissance, il faudra renoncer à l'anesthésie, que seul un professionnel est autorisé à pratiquer en milieu hospitalier.
«Accoucher, rappelle Lysane Grégoire, c'est le début d'un don de soi qui nous prépare à assumer notre rôle de mère. Il y a transformation de la femme par l'accouchement, et la douleur en fait partie.» «Le fait d'accoucher m'a changée profondément, confirme Catherine Chouinard. On ne peut pas comparer la douleur de l'accouchement à une douleur causée par la maladie ou la mort. Car celle qui est liée aux contractions a un sens. Ce sens est perdu si on escamote la souffrance au cours du processus.» Ce qui n'empêche pas de vouloir l'alléger. Par quels moyens?
Il y a la manière soft, pratiquée à la fois dans les hôpitaux et les maisons de naissance: massages à l'huile d'amande douce, contrôle de la respiration, musique, baignoire à remous, méthode Bonapace (il s'agit d'exercer une forte pression sur un point précis du corps afin de secréter les endorphines qui apaiseront la douleur des contractions). Dans certains cas, on fera même appel à l'acupuncture ou à l'hypnose. Enfin, le fait de pouvoir varier les positions durant le travail est aussi une source de soulagement (la position à quatre pattes est, paraît-il, la meilleure). Mais la souffrance ne disparaît pas complètement. Peut-on en finir avec les douleurs bibliques de l'enfantement?
Oui, par la manière hard, «moderne», disent les unes, «violente», disent les autres. Médicaments administrés par intraveineuses, substances à inhaler ou, plus efficace, la péridurale (une petite injection dans votre colonne vertébrale confiée aux mains expertes d'un anesthésiste, et le tour est joué!): tels sont les moyens actuels. Insensibilité au rendez-vous dans presque tous les cas.
Cette panoplie chimique et technique n'est bien sûr offerte que sous contrôle médical strict. L'ennui, c'est que ces interventions ne sont pas sans effets secondaires. La péridurale, par exemple, peut causer une sensation de jambes lourdes, des démangeaisons et, plus rarement, des nausées et des maux de tête. Exceptionnellement, elle peut entraîner des complications neurologiques graves pouvant aller jusqu'à la paralysie (1 cas sur 500 000, selon des données américaines). Mais, surtout, une fois la douleur évaporée, la mère ressentira moins le besoin de pousser, ce qui prolongera le travail. Le bébé peut en souffrir. On le placera donc sous monitorage, avec des tas de fils et d'électrodes reliés à un appareil à ultrasons, pour s'assurer qu'il n'en est rien. Au moment de la naissance, il faudra peut-être l'aider un peu avec des forceps ou une ventouse. Et on élargira au besoin le passage en pratiquant, au bas du vagin, une petite incision appelée épisiotomie. Courage, maman, bébé s'en vient!
Mais faut-il vraiment passer par cette cascade d'interventions médicales pour entendre ses premiers vagissements? Non, disent plusieurs associations de femmes qui défendent un accouchement non médicalisé, où la femme tiendrait le premier rôle, suivant les rythmes de son corps et ceux du bébé à naître. «C'est déjà le cas dans les hôpitaux, qui se sont beaucoup humanisés au cours des dernières années», plaide la Dre Diane Francoeur, chef du Département d'obstétrique-gynécologie à l'Hôpital Sainte-Justine, à Montréal. «Je vous assure qu'à l'heure actuelle, au Québec, une femme qui accouche à l'hôpital est en tout temps maîtresse de la situation et qu'on n'effectue aucune intervention sans son consentement.»
Mais qu'en est-il du taux élevé de césariennes (environ 20 %), de péridurales, d'épisiotomies et de tous ces accouchements provoqués lorsqu'il y a un retard par rapport à la date prévue? «Beaucoup de mythes circulent dans certains milieux», déplore la Dre Francoeur, également vice-présidente de l'Association des obstétriciens et gynécologues du Québec. «Déjà, quand j'étais étudiante, en 1982, l'épisiotomie n'était plus une intervention de routine. Et moi qui enseigne à l'Université de Montréal, je peux vous dire que le respect des femmes est la première chose qu'on enseigne aux futurs médecins. De plus, dans les hôpitaux, la consigne actuelle est d'intervenir le moins possible lors d'un accouchement qui se déroule normalement. Quant au taux élevé de césariennes, il s'explique en partie par le fait que les femmes ont maintenant leur bébé à un âge plus avancé, souvent après avoir fait appel à des méthodes de fécondation qui entraînent des grossesses multiples. Et puis les mères étant en meilleure santé, les bébés sont plus gros qu'avant. Il faut parfois aider ceux-ci à sortir.»




