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Accouchement: choisir son aventure

Certaines rêvent d'un accouchement naturel, d'autres veulent à tout prix être anesthésiées et ne rien sentir. Entre les deux, bien des femmes se demandent comment accoucher. État des lieux.

Par
Marie-Andrée Lamontagne
(5 personnes)
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Accouchement: choisir son aventure

«Avant d'assister à ma première rencontre prénatale, raconte Catherine Chouinard, j'étais convaincue que j'accoucherais à l'hôpital, avec un médecin. Ça allait de soi. Et puis j'ai appris que 90 % des accouchements se passaient bien. La naissance n'est donc pas une maladie. Pourtant, de façon générale, dans les hôpitaux, il me semble que les femmes restent captives de l'appareil médical. Tout se passe comme si on nous disait: "On va vous livrer un bébé en santé, mais laissez-nous faire notre travail."»

Cette mère de trois enfants qui a accouché avec l'aide de sages-femmes est également chargée de projet en périnatalité (le domaine des soins entourant la grossesse et l'accouchement) à l'Association pour la santé publique du Québec, organisme qui a beaucoup oeuvré pour le retour des sages-femmes, dont la pratique au Québec est reconnue et encadrée par une loi depuis 1999.

Nos arrière-grands-mères ont accouché seules, accompagnées de la voisine ou d'une sage-femme. Nos grands-mères ont accouché à la maison, et on appelait un médecin au dernier moment. Jusqu'à ce que, dans les années 60, l'accouchement à l'hôpital se généralise. S'agit-il maintenant de retourner en arrière en faisant de l'accouchement une affaire de femmes, loin de l'appareil médical? «Je ne remets pas en question la pertinence des avancées de la médecine dans le domaine de l'obstétrique, explique Catherine Chouinard. Je dis seulement que le corps des femmes fonctionne très bien tout seul depuis des siècles lorsqu'il s'agit de mettre des enfants au monde, et qu'on est en train de l'oublier.»

Guylaine, dans la trentaine, a mis au monde une petite fille après 30 heures de travail. «Le bébé était trop gros et endormi. Il a fallu provoquer l'accouchement, et on a décidé de faire une césarienne au dernier moment. J'étais contente d'être à l'hôpital. Tout s'est très bien passé, sous anesthésie locale. Alain, mon copain, est resté tout le temps avec moi. C'est même lui qui a pris le bébé pendant une heure, après la naissance, puisque j'étais engourdie par l'anesthésie. J'ai choisi d'être suivie par un médecin parce que je voulais pouvoir compter en tout temps sur les ressources de l'hôpital. Ça me rassurait.»

Guylaine n'est pas la seule à mettre la sécurité au premier plan. Mais l'hôpital est-il l'unique endroit qui réponde à ce critère? Après 10 années de réflexion à partir de projets pilotes et à la lumière de l'expérience d'autres pays, le ministère de la Santé et des Services sociaux a donné son accord, au Québec, à la formule de l'accouchement avec sage-femme. Le service est gratuit (offert par un CLSC) et doit offrir toutes les garanties de sécurité et d'hygiène. En principe, il devrait être accessible partout au Québec grâce à un réseau de maisons de naissance. En pratique, la plupart des sages-femmes ont atteint le nombre limite de patientes qu'elles peuvent recevoir à leur maison de naissance, faute de budget, qui leur est alloué par l'État. Des principes à la pratique, il manque donc quelques centaines de milliers de dollars.

Il manque aussi un peu d'intérêt de la part des Québécoises qui, comparativement aux Canadiennes, affichent encore une nette préférence pour l'accouchement à l'hôpital, où elles sont assistées d'un médecin, explique Dominique Breton, porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux. «Elles seraient bien plus nombreuses s'il y avait davantage de maisons de naissance», rétorque Lysane Grégoire, ex-présidente du Groupe MAMAN (Mouvement pour l'autonomie dans la maternité et pour l'accouchement naturel) et coauteure d'un récent recueil de témoignages en faveur de l'accouchement naturel (Au coeur de la naissance – Témoignages et réflexions sur l'accouchement). Mamans, sages-femmes et infirmières sont du même avis: dans une maison de naissance, les futures mères trouvent un milieu chaleureux, un service personnalisé (une rencontre d'une heure par mois au minimum), un personnel compétent (il faut quatre années d'études universitaires pour être sage-femme) et un équipement réduit à l'indispensable. C'est le cadre idéal pour une grossesse normale. Petit problème: il n'y a que huit maisons de naissance au Québec, et les listes d'attente sont longues.

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