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Accommodements raisonnables: jusqu'où aller?

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Par
Kenza Bennis
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Adaptation à la diversité
Comment vivre ensemble quand on a des valeurs et des religions différentes? Nul ne le sait... mais des gens tentent de trouver des réponses dans leur quotidien. Marc Sougavinski, directeur du CSSS Côte-des-Neiges, Métro et Parc Extension, parle clairement d'adaptation à sa clientèle: «En tant que CLSC, on doit s'adapter à la communauté qu'on dessert. Il nous arrive de constituer des groupes d'hommes et d'adolescents quand c'est nécessaire. Dans le cas des cours prénatals, on a élaboré un cours pour les femmes immigrantes de notre quartier au CLSC Parc Extension.» Pourquoi? «Parce que ces femmes ne venaient pas dans nos locaux. Alors, on a travaillé avec des groupes communautaires et des interprètes, et on a fini par offrir ce cours – en plus des cours prénatals classiques auxquels n'importe quel couple peut assister. Mais ce cours pour immigrantes n'est pas juste un cours prénatal. On échange avec elles sur ce qu'elles vivent, on leur apprend à mieux connaître la société québécoise et on prône l'égalité entre les hommes et les femmes. Ceci dit, concevoir un cours pour des femmes ne signifie pas qu'on «exclut les hommes pour des raisons religieuses», comme l'a prétendu un journaliste du Journal de Montréal dans un article en novembre 2006. J'étais furieux quand j'ai lu ça, car c'est à l'opposé de nos valeurs, et je serais le premier à m'élever contre de telles mesures!»

Quant aux femmes qui veulent être soignées par des femmes, Marc Sougavinski constate que ce sont effectivement des demandes qui reviennent régulièrement. «Là encore, je ne vois pas où est le problème, dit-il. Moi, si je me présente dans un CLSC en disant vouloir consulter un psychologue masculin, personne ne me demandera pourquoi. C'est la même chose pour les femmes. Lorsqu'elles disent être plus à l'aise avec une femme, on ne leur pose pas de questions sur leurs raisons. On tâchera de les accommoder et, si ce n'est pas possible, on leur suggérera de revenir un autre jour. S'il s'agit d'une urgence et si seuls des hommes sont disponibles, elles devront faire avec. C'est tout.»

Est-ce la même chose dans les hôpitaux? Il semblerait que oui. «Tout le monde a le droit de choisir son médecin comme il l'entend, soutient l'éminent avocat Julius Grey. En revanche, en cas d'urgence ou si les effectifs sont réduits, je crois que la réponse la plus appropriée est “on ne peut rien vous garantir”».

Le ton est aussi serein lorsqu'on aborde le sujet des accommodements religieux avec Bergman Fleury, qui a oeuvré pendant plus de 15 ans à titre de conseiller en éducation et relations interculturelles à la Commission scolaire de Montréal, et qui préside le comité consultatif sur l'intégration et l'accommodement raisonnable en milieu scolaire. «Les accommodements ne sont pas des privilèges accordés à des immigrants, dit-il. Ce sont les droits de tout un chacun. Ce débat montre d'ailleurs la méconnaissance des lois qui nous régissent. En 1994, quand on a exclu une jeune fille d'une école parce qu'elle portait le voile, on l'a privée du droit à l'éducation, déclare-t-il. Or, on ne peut pas priver un enfant d'un droit fondamental comme celui-là.»

À propos de voile à l'école (celui qui couvre la tête et non le visage), «le Conseil du statut de la femme avait émis un avis clair à la fin des années 90: ce qui est prioritaire, c'est l'accès à l'éducation pour les filles et la même formation pour les filles et les garçons», rappelle Marie-Andrée Roy, professeure au département des sciences religieuses et directrice de l'Institut de recherches et d'études féministes à l'UQAM. «Interdire à une jeune fille de porter son foulard à l'école peut l'obliger à choisir entre les valeurs de l'école et celles de sa famille, estime Myriam Jézéquel. C'est très souffrant pour l'enfant.»

Gérer des conflits de valeurs
«À Montréal, les écoles – comme la population – sont de plus en plus multiethniques, note Bergman Fleury. C'est donc normal que des chocs et des conflits culturels se produisent. Pourquoi ne pas les voir comme des occasions d'apprendre à vivre ensemble? Lorsque des parents m'annoncent qu'ils ne veulent pas que leur enfant assiste au cours de musique, par exemple, je leur explique d'abord la fonction pédagogique de ce cours. Certains, qui croyaient que c'était une fantaisie ou un luxe, comprennent alors l'importance de cet apprentissage et retirent leur demande.» L'essentiel est de dialoguer et de trouver des solutions pour s'adapter à la multiethnicité.

D'autres exemples? Pour aller à la piscine, des filles portent des maillots couvrant leur corps en entier; des enfants de Témoins de Jéhovah ont la permission de ne pas assister à la fête de l'Halloween; des enseignants peuvent prendre une journée de congé à l'occasion d'une fête religieuse. Et, dans la mesure du possible, les menus des cafétérias sont diversifiés afin de tenir compte des habitudes alimentaires et religieuses de tout le monde. Ceci dit, Bergman Fleury met en garde contre les débordements: «Dans le cas du kirpan, la couverture médiatique a été disproportionnée et trompeuse. À en croire les journaux, on avait l'impression qu'on faisait face à une invasion de jeunes sikhs armés de couteaux. En réalité, la communauté sikh est très petite [NDLR: 8220 membres en 2001], et, de plus, seule une minorité considère le port du kirpan comme obligatoire. D'ailleurs, plusieurs élèves sikhs portent un médaillon en guise de symbole du couteau. C'est donc un élève parmi d'autres qui a eu le droit de porter son kirpan, et celui-ci devait être caché dans une gaine afin de garantir la sécurité des autres élèves.»

COMMENTAIRES.

  • Camille Paquet
    Published:
    2011-12-20 10:04 PM

    Très interessant, merci!! Je fais un projet au collège avec des débats. J'aurais aimé avoir des infos sur ce qu'en pensent les médecins.
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