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Une semaine dans la peau d'une mère

SOLEDAD Photographe : SOLEDAD Auteur : Elle Québec

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Une semaine dans la peau d'une mère

Depuis qu'elle est l'heureuse mère de deux enfants, j'ai parfois pitié de ma sœur. Une seule soirée chez elle et j'ai mal à la tête. Elle subit tous les jours le vacarme et les caprices de Magali et Nathan, deux ans et demi et cinq ans.

Lorsque je lui ai raconté mon dernier voyage, j'ai tenté d'épargner sa jalousie en évitant les mentions « bar à huitres », « voyage de filles » et « champagne au déjeuner ». Depuis cinq ans, ses vacances ressemblent plutôt à « véhicule récréatif », « chicanes en voiture » et « châteaux de sable ». Devant son envie apparente, ma culpabilité de vieille fille s'est soudainement transformée en âme charitable : je lui ai proposé de garder ses enfants pendant une semaine pour qu'elle puisse s'envoler vers le sud avec le père de ses enfants.

« Vas-tu survivre? » m'a demandé ma mère, affolée, dès le lendemain. La nouvelle insolite a vite fait le tour de la famille. Je suis tante cinq fois, mais avant de me confier les enfants, on aura fait le tour des gardiennes, demandé à la belle-mère ou envisagé ma nièce la plus âgée. Pas tant parce que mes proches me jugent irresponsable, qu'en raison du peu d'intérêt que j'affiche à l'égard des touts petits. En fait, je les adore, mais cinq minutes à la fois.
Je l'ai fait pour ma sœur. De toute façon, le jour, ils vont à la garderie, non?
 

Jour 1

Lundi de Pâques. La garderie est fermée.

Je n'ai aucune idée comment divertir des enfants durant huit heures, mais Nathan insiste pour que je l'aide à construire sa moto en Lego. Ma dernière interaction avec des Legos remonte à 1990 et s'est terminée, si je me souviens bien, en chicane pour avoir le dernier bloc à trois trous en triangle. Ma sœur habitant à la campagne sur un magnifique terrain muni d'un lac et d'une petite ferme, je propose plutôt d'aller nourrir les lapins.

Au dîner, je réalise que Nathan est trop vieux pour jouer à la bouchée qui rentre au garage lorsqu'il me dit: «Non, aujourd'hui c'est congé, le garage est fermé». Mais il est encore trop jeune pour s'essuyer lui-même, ce que j'apprends lorsqu'il me dit, après m'avoir entretenu pendant un long moment depuis la toilette: «Euh, c'est parce que ça va sécher là...»

Étant à court de distractions en début d'après-midi, j'ai finalement recours à la moto. Vite, je retrouve mes compétences en assemblage de Lego et je m'affaire à construire le bolide. Il n'en fallait pas plus pour que ça se termine en chicane pour avoir le dernier bloc à trois trous en triangle. Je viens de comprendre que la sieste n'a pas tant été inventée pour le repos des enfants que pour celui des parents.

Jour 2

Même si les enfants passent la journée à la garderie, j'en apprends beaucoup sur eux à l'heure des repas. Par exemple, on surestime les compétences d'un enfant de cinq ans lorsqu'on lui confie la tâche de couper le brocoli. Merci aux pansements imprimés de tortues.

Je ne comprends pas toujours ce que raconte la plus jeune, mais «ça pue, ça», a été clairement exprimé lorsque je lui ai servi de la choucroute. L'apprentissage de la politesse est un long processus.

J'ai tout de même gagné des points en inventant le concours de la plus grosse bouchée de brocoli, un jeu qui les a tenus en haleine durant 20 bonnes minutes, et qui, accessoirement, leur a permis de manger des légumes verts.

Jour 3

Ce soir, une amie de Londres étant en ville, nous allons à Montréal, dans mon appartement pas du tout équipé pour recevoir deux enfants. «As-tu un lac dans ta cour?» me demande Nathan. N'ayant même pas une cour digne de ce nom, je lui réponds non, au risque de le décevoir.
- As-tu une piscine? renchérit-il.
- Non.
- As-tu... une flaque d'eau?
- Non, mais j'ai une télé HD, dis-je fièrement.

Finalement, le ballon d'exercice rose aura été la plus grande attraction de ma modeste demeure. Et quelle attraction! Des heures de plaisir.

Jour 4

Ma sœur m'avait bien mise en garde d'un potentiel froncement de sourcils si j'arrivais à la garderie cinq minutes après 17 h. Je comprends la gardienne : s'il fallait que les retards à la garderie soient pris avec autant de sérieux que ceux au club vidéo, elle ne se coucherait jamais. N'empêche, je ne m'attendais pas à recevoir chaque jour un bilan détaillé du comportement des enfants. « Nathan était tannant aujourd'hui. Est-ce qu'il a bien dormi? » Ma sœur endure-t-elle chaque jour ces reproches à peine voilés de la gardienne?

Mais tranquillement, on s'attache beaucoup aux enfants. On finit aussi par apprendre qu'ils ont faim en rentrant de la garderie. Aujourd'hui, j'avais une surprise pour eux dans la voiture : des Ficello!

Chaque soir, comme une sainte, ma sœur lit des histoires à ses enfants. J'avais été mise au courant de l'habitude, et pas question d'y déroger. Ce soir, Magali a choisi « La bible des touts petits ». Étonnamment, c'était beaucoup mieux qu'hier: un conte obscur de docteur fou. Des plans pour faire des cauchemars.

Jour 5

Je commence à faire exactement comme mes amis nouveaux parents dont j'ai masqué le profil sur Facebook : je parle des exploits de « mes » petits monstres. Aujourd'hui, Nathan a dit « nom d'une poule! » (ce qui arrive quand on grandit sur une ferme) et j'ai twitté une photo de Magali avec ses lunettes fumées. #cute

Je m'attendais plus à ce que la gardienne appelle la DPJ qu'à ce qu'elle me dise que les enfants étaient impatients de me retrouver ce soir-là. Ah oui? Vraiment? Je n'aurais jamais imaginé qu'ils puissent m'aimer en dépit de toutes mes incompétences en matière de divertissement juvénile. « Oui, ils parlent de vous toute la journée, m'assure-t-elle. Tante par-ci, tante par-là ».

Quand je garde des enfants, j'ai toujours peur de leur dire LA chose qui fera d'eux des drogués (un jour) ou qui leur donnera l'impression d'avoir la tante la plus plate, mais au fond, c'est vraiment simple: les enfants nous aiment, dans la mesure où on s'occupe bien d'eux.

 

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