Reportages
29 oct. 2014

ELLE Québec a 25 ans: la fabuleuse histoire du mâle dans nos pages

Par Stéphane Dompierre

Getty Images Auteur : Elle Québec Crédits : Getty Images

Reportages
29 oct. 2014

ELLE Québec a 25 ans: la fabuleuse histoire du mâle dans nos pages

Par Stéphane Dompierre

«Mais qu'est-ce qu'on fait ici?» C'est la question que se posent généralement les gars qui feuillettent un magazine ELLE Québec pour la première fois. S'ils y trouvent les pages mode et beauté qu'ils s'attendaient à voir, ils sont surpris de constater le nombre d'articles qui les concernent. Ça fait 25 ans que ELLE Québec parle d'eux, allant même jusqu'à leur consacrer, depuis 1990, des numéros spéciaux.

Pour vous, les femmes, l'homme est un mystère qui mérite d'être élucidé. (Je le précise parce que, de notre côté, nous ne voyons pas ce que nous avons de si mystérieux.)

Nous pourrions soupçonner les filles qui travaillent au magazine de s'intéresser aux hommes rien que pour avoir l'occasion d'interviewer Claude Legault ou Marc-André Grondin... Mais non: au cours des années, elles ont fait appel à de redoutables analystes - dont Lise Payette, Marie-France Bazzo, Jean Barbe et Serge Bouchard - afin de tenter de nous déchiffrer. Et nous qui avons toujours pensé être d'une limpidité rassurante: c'est un choc! Voici un condensé de leurs analyses rigoureuses du mâle québécois.  

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La fabuleuse histoire du mâle

Un gars, c’est un gars

Pour mieux nous comprendre, vous avez élaboré un système de classification complexe. Au départ, il n’y avait que le macho, mais avec la montée du féminisme est arrivé l’homme rose. À partir des années 1990, ça s’est compliqué avec le «métrosexuel», l’«übersexuel», le «novocasual»... Vous vous êtes mises à inventer une nouvelle race d’hommes chaque fois qu’un de nous s’achetait une crème antiride ou s’épilait le dos. Un gastrosexuel, vraiment? Un nom aussi dégoûtant rien que pour mettre dans une case les hommes âgés de 25 à 44 ans qui cuisinent? Pour être honnête, il y a longtemps que nous avons cessé d’essayer de saisir les nuances et les subtilités de tout ça. Pour nous, une femme est une femme, point. Et c’est déjà bien assez compliqué comme ça.

Par : Stéphane Dompierre Source: ELLE Québec, octobre 2014 Crédits: Getty Images

La fabuleuse histoire du mâle

L’homme en crise

Nous allons mal. Souvent. Et c’est dans ces pages que nous l’apprenons. En 1992, on nous informe que l’homme rose en a ras le bol de porter la responsabilité de tous les maux de la planète («Les héros sont fatigués»). Il se demande quelle est sa place dans la société, maintenant qu’il a renoncé aux rôles de pourvoyeur et de chef de famille. Entre le bleu et le rose, il se cherche une nouvelle couleur. En 2000, nouvelle crise. Selon Marie-France Bazzo, «il souffre, est désorienté, ne sait plus ce que signifie féminité. Encore moins virilité. C’est le drame! L’homme a décidément perdu du poil de la bête. Mais est-il vraiment en crise ou a-t-il simplement oublié d’évoluer?» («La crise du mâle»). Ouch! Et encore une crise en 2003 mais, cette fois, c’est peut-être un malaise identitaire, un problème générationnel ou de société. Rien n’est sûr. Heureusement, la journaliste Pascale Navarro se porte à notre défense et relativise les choses. À l’idée selon laquelle le féminisme aurait engendré des hommes mous, elle réplique en affirmant que, «au contraire, les gars d’ici sont solides puisqu’ils ont été capables de se remettre en question. Leur ouverture d’esprit est remarquable. Ce n’est pas partout sur la planète qu’on verrait des hommes parler publiquement de conciliation travail-famille ou encore des gais faire leur coming out» («Le mâle en crise»). Merci, Pascale!

Par : Stéphane Dompierre Source: ELLE Québec, octobre 2014 Crédits: TC Media

La fabuleuse histoire du mâle

Femme de rêve

Parce que vous êtes curieuses de savoir ce qui nous plaît vraiment, ELLE QUÉBEC publie en 1991 un «Portrait-robot de la femme idéale selon les Québécois». D’après les résultats de sondage qu’on y présente, 43% des hommes rechercheraient d’abord chez vous l’intelligence, et 37%, l’autonomie. Seulement 5% accorderaient la priorité à la beauté. Évidemment, il n’y a pas que l’apparence qui nous intéresse. Mais reste qu’aucun de nous ne drague une fille parce qu’elle a l’air intelligente et autonome… et qu’elle est belle à 5%! On remet ça en 1999. Six hommes se font demander quelles qualités aurait la femme idéale («Femme de rêve… selon eux»). Ici, la beauté n’a pas été oubliée: la créature parfaite serait intelligente, déterminée, allumée, drôle, élégante et simple à la fois. Vous vous saviez exigeantes, et vous découvrez que nous le sommes aussi. Ça vous inquiète un peu, mais, 10 ans plus tard, en novembre 2009, nous vous rassurons sur votre physique: 92% des hommes vivant en couple n’ont rien à reprocher à la silhouette de leur conjointe. Au fond, peu importe notre longue liste de critères, nous vous aimons comme vous êtes. C’est vous qui vous imposez des normes de beauté irréalistes, pas nous.

Par : Stéphane Dompierre Source: ELLE Québec, octobre 2014 Crédits: TC Media

La fabuleuse histoire du mâle

Drague 101

En 1999, on annonce que, apeuré par ces femmes fortes qui sont devenues ses égales, l’homme a renoncé à la drague. «Jamais il n’osera», écrit la journaliste française Laurence Pivot. «Car ici, la séduction n’est pas de mise; draguer pour draguer, juste pour le petit frisson et le plaisir de se rassurer sur son pouvoir de séduction, semble aussi déplacé que de manger ses frites avec du sirop d’érable» («SOS Cruising»). Quelques mois plus tôt, dans l’article «Quand les hommes parlent de sexe», chacun des gars interrogés avait pourtant sa méthode de drague bien particulière. Martin, ésotérique: «Je la regarde et contemple son âme jusqu’à ce que je lui glisse ce que j’ai remarqué d’unique chez elle.» Tom, sûr de lui: «Je me laisse porter par les courants, donnant libre cours à ma spontanéité, un peu comme un don Juan, mais infaillible.» Bon. Avouons-le: contrairement à Tom, le Québécois moyen n’est pas un grand conquérant. Mais nous n’avons pas abandonné la drague pour autant. Nous la pratiquons de manière moins frontale, sans doute, plus en nuances. Peut-être sommes-nous naïfs, mais nous ne voyons aucun avantage à mentir ou à nous vanter pour nous mettre en valeur. Ça n’exige qu’un peu d’adaptation de votre part: la femme qui se la joue froide et désintéressée ne nous attire pas autant que vous le croyez; nous préférons aller vers celles qui sont engageantes et réceptives.  

Par : Stéphane Dompierre Source: ELLE Québec, octobre 2014 Crédits: Getty Images

La fabuleuse histoire du mâle

C’est beau, un homme

Au cours des années, on a vu apparaître dans les pages de ELLE QUÉBEC des publicités spécialement conçues pour nous. On y voit des mannequins dénudés forts en muscles et faibles en gras. Du coup, nous n’exhibons plus nos «poignées d’amour» avec autant d’insouciance qu’avant. Déjà en 2001, Marie-France Bazzo le constatait: le gars a découvert les petits pots de crème («Trop beaux pour être vrais»). Nous avons ri de vos onguents étranges qui semblaient ne servir à rien, et nous voilà aujourd’hui devant des étalages de produits similaires qui nous sont destinés: raffermisseurs de ventre, soins antiâges, crèmes hydratantes... Nous savons maintenant ce qu’est la zone T, nous avons découvert l’exfoliation et l’épilation, et nous voulons rester beaux longtemps. Peut-être que le Viagra prolonge notre vie sexuelle, mais encore faut-il être désirable pour en avoir une.

Par : Stéphane Dompierre Source: ELLE Québec, octobre 2014 Crédits: TC Media

La fabuleuse histoire du mâle

Les papas modèles

Une chose a fait l’unanimité au cours des années: le père a évolué, et pour le mieux. Même dans un article au titre aussi alarmiste que «Au secours, je suis papa!», les jeunes hommes interrogés disent vivre leur paternité pleinement, s’impliquer et être à mille lieues des pères pourvoyeurs, absents ou irresponsables, ces modèles d’une époque révolue. Un de ces pères résume bien ce changement: «Être père, c’est la plus belle manière de devenir adulte: un peu par obligation et beaucoup par goût.» Toutes les femmes se réjouissent de ce père moderne qui sait concilier le travail et la famille. C’est rassurant d’apprendre que nous suscitons aussi votre intérêt lorsque nous nous portons bien!

Par : Stéphane Dompierre Source: ELLE Québec, octobre 2014 Crédits: TC Media

La fabuleuse histoire du mâle

L’homme rapaillé

En 2004, après nous avoir disséqués et observés à la loupe, après avoir recensé nos moindres tics et défauts, vous nous rassurez avec un article qui arrive à point nommé: «Déclaration d’amour: on les aime, nos Québécois!» Ouf, voilà une nouvelle réjouissante! Nous le savions, évidemment, mais nous le faire dire est toujours apprécié. Nous sommes doux sans être mous, nous accomplissons notre part de tâches domestiques, nous sommes moins machos que les Français et moins coincés que les Américains. Il y a là quelques généralisations, bien sûr, mais vous savez reconnaître nos qualités. L’article nous apprend même que sur la question de l’engagement, selon un sondage international, nous nous démarquons de la tendance mondiale masculine. Eh oui, nous n’avons pas peur de l’engagement, même si nous draguons peu et si nous rompons n’importe comment! Mais ne craignez rien: nous allons nous trouver d’autres défauts et plonger dans de nouvelles Novembre 2009 crises pour continuer de susciter votre curiosité.

Par : Stéphane Dompierre Source: ELLE Québec, octobre 2014 Crédits: TC Media

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