Reportages
5 mars 2015

Chronique de Stéphane Dompierre: les effets étranges de la sobriété

Par Stéphane Dompierre

Auteur : Elle Québec

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5 mars 2015

Chronique de Stéphane Dompierre: les effets étranges de la sobriété

Par Stéphane Dompierre

Occupez vos mains. Avec un verre d'eau, une perruche, un chapelet, peu importe.

Comme chez ceux qui fument, il y a chez ceux qui boivent un élément qu'on oublie parfois de considérer: le geste. Lever 
un verre à la hauteur des yeux, en agiter délicatement le contenu et admirer
 sa couleur dans la lumière, le humer
 avant de porter le précieux liquide 
à ses lèvres... La première fois que je 
me suis retrouvé dans un cinq à sept
 après avoir arrêté de boire, je ne savais
 plus quoi faire de mes mains. Elles ont déchiqueté un tas de sous-verres, ont fait craquer frénétiquement leurs jointures et
 se sont jetées dans tous les bols de chips à leur portée. J'étais la seule personne sobre, mais c'est moi qui avais le comportement le plus erratique.

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Préparez-vous à vivre en marge de la société et à nager en plein malaise.

Dans les soirées, les gens qui me voyaient boire de l'eau pétillante (ou caresser une perruche) se méfiaient. Ils trouvaient ça louche et voulaient absolument savoir pourquoi je reniais l'alcool. Malgré mes bonnes raisons de rester abstinent, ils ne voyaient pas ma décision d'un bon œil. Je soupçonne que c'est parce que j'étais maintenant le témoin sobre de leurs faits et gestes. Celui qui pourrait leur citer les choses absurdes qu'ils avaient dites et qu'ils auraient ensuite oubliées: «On devrait s'acheter un chalet en gang», «J'ai envie de m'ouvrir un café dans les Cantons-de-l'Est» et autres «Demain, je retourne au gym».

Évitez d'être condescendant

Après une vingtaine de jours, j'ai commencé à voir les bénéfices de mon abstinence. J'étais assailli par un sentiment d'allégresse, avec l'impression de visiter une contrée inexplorée, là où personne n'était allé avant moi. Tel le gourou d'une secte nouvelle, je me suis mis à vanter les vertus de la sobriété, cherchant à sauver les gens de leur vie de misère. La lucidité m'enivrait encore plus que des shooters de téquila et me rendait insupportable. Mes amis m'ont délaissé, ma famille n'a plus répondu à mes appels téléphoniques. C'est à ce moment-là que je me suis dit qu'un seul mois de lucidité serait probablement suffisant.

TEST: Êtes-vous alcoolique?

Faites attention en re-commençant à boire.

Une fois mon défi terminé, j'ai fêté ça en prenant une brosse. Ç'a été assez facile; après un tel jeûne, le premier verre frappe sans prévenir. Au deuxième, je refaisais la chorégraphie de John Travolta dans Pulp Fiction, sans musique, avec un énorme cactus comme partenaire. Malgré les blessures, ça a eu l'avantage de me réconcilier avec mes amis, qui me préfèrent pompette plutôt que moralisateur. Cette soirée a eu des conséquences mémorables: on s'est acheté un chalet en gang, on ouvre bientôt un café dans les Cantons-de-l'Est et on s'est tous réabonnés au gym.

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