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Chronique de Stéphane Dompierre: Cinquante nuances de beige

Daniel Cianfarra Photographe : Daniel Cianfarra Auteur : Elle Québec

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Chronique de Stéphane Dompierre: Cinquante nuances de beige

Puisque j'ai le souci de toujours mieux comprendre les femmes, je me suis dit que ce serait une bonne idée de me plonger dans Cinquante nuances de Grey, roman érotique de E. L. James que vous avez été des millions à lire.

Je l'ai lu, donc.

Résumé: Anastasia Steele, une pucelle de 21 ans, rencontre Christian Grey, le prince charmant de ses rêves. Il est beau, il est riche, il a du succès en affaires. Un seul petit détail, peutêtre: c'est un sadomasochiste jaloux, obsessionnel et dominateur qui la harcèle et la traque dans ses moindres déplacements. Ça n'empêchera pas la pure et innocente Anastasia de tomber amoureuse de lui et même de tenter de le changer.

Hum. Ce n'est probablement pas l'originalité du roman qui en explique le succès.


Certains sexologues américains, un tantinet puritains, considèrent que ce livre pourrait être dangereux. Est-ce que l'abondance de scènes sadomasochistes aura des répercussions néfastes sur la sexualité des lectrices? Ces dernières auront-elles l'impression que leur vie sexuelle est morne? Demanderont-elles à leur mari de transformer le cabanon du jardin en donjon? Une chose est sûre, le livre a poussé certaines femmes à être plus aventureuses: si ça se fait dans un bestseller, ça doit être moins pervers qu'elles l'imaginaient... Les ventes dans les boutiques érotiques auraient même augmenté!

 

Je sens l'urgence de mettre une chose au clair: les hommes ne sont pas tous comme Christian Grey, d'accord? Il a placé la barre très haut. On ne va pas vous offrir des voitures et des balades en hélicoptère simplement parce que vous vous laissez menotter au lit. Toutefois, si vous souhaitez qu'on devienne obsessionnels et dominateurs, ça, oui, on peut bien essayer. Si ça vous fait plaisir...

Vous hésitez encore à acheter le premier tome de cette trilogie? Voici de quoi éclairer votre choix. 1. C'est très mal écrit. 2. C'est long et répétitif. 3. C'est répétitif. 4. C'est répétitif. 5. Anastasia, la narratrice, n'a jamais trouvé le moindre homme attirant avant de croiser Christian Grey. 6. Le roman se passe en 2011, et l'héroïne ne s'est jamais servie d'un ordinateur. 7. Christian Grey est riche mais, hé, ho, attention, ce n'est pas un méchant capitaliste: il tente vaguement de régler le problème de la famine au Darfour. 8. La première scène de sexe arrive au huitième chapitre (vous pouvez sauter le début). 9. Les passages érotiques sont aussi torrides qu'un accouplement de tortues centenaires. 10. Le reste du roman ressemble à peu près à ça: «"Salut", me dit Christian, mystérieusement et impassiblement. "Salut", réponds-je, faiblement et timidement. Il est tellement craquant! Je me mordille la lèvre inférieure. Je fronce les sourcils. Le serveur les fronce aussi. Les murs du restaurant sont verts. Le vin est frais et délicieux. Christian fronce les sourcils. "Mange", m'ordonne-t-il, froidement et autoritairement. Oh my. Je ne peux pas y croire. Christian Grey fronce les sourcils! "Ah", geins-je.»

J'exagère à peine. C'est mauvais d'un bout à l'autre mais, comme ç'a été le cas pour moi, je sais que la curiosité poussera celles qui ne l'ont pas encore lu à l'acheter. Coquines.

 

À LIRE: Chronique de Stéphane Dompierre: Tout petit

 

 

 

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