Psycho
20 août 2012

Suis-je au bord du burn-out ?

Par Emmanuelle Martinez-Curvalle

Imaxtree Auteur : Elle Québec Crédits : Imaxtree

Psycho
20 août 2012

Suis-je au bord du burn-out ?

Par Emmanuelle Martinez-Curvalle

Le burn-out, c'est quoi ?

Le burn-out est le nom donné à l'épuisement professionnel, aussi appelé le syndrome de détresse émotionnelle du travailleur. Il traduit un profond mal-être ressenti dans le cadre du travail et, même s'il semble toucher plus souvent les personnes ayant un poste à responsabilités, Jacques Forest, chercheur à L'ESG UQÀM, tempère : « Le burn-out ne dépend pas de la nature des tâches qu'on exécute, mais bien des circonstances et de l'environnement dans lesquels elles sont effectuées».


Quels sont les symptômes ?

Le burn-out est ressenti comme l'impression d'être totalement dépassé et profondément épuisé, sans aucun moyen de se ressaisir. Les symptômes les plus marquants sont un manque d'énergie, une perte majeure de motivation, des difficultés de concentration, de l'irritabilité, de la fragilité émotionnelle (hypersensibilité), de l'anxiété, des troubles du sommeil et, de façon générale, une moins bonne résistance au stress.

Selon le psychologue du travail Nicolas Chevrier, deux composantes majeures de ce syndrome sont l'épuisement émotionnel et le désengagement par rapport à son travail, c'est-à-dire une attitude négative, voire cynique, et une dévalorisation des tâches qui incombent à la personne. Ce genre de signes peut être perçu par l'entourage - s'il est à l'écoute -, ce qui confère aux proches un rôle important dans la prévention du burn-out.

 

Quelles en sont les causes ?

Les causes sont importantes et nombreuses. Selon Jacques Forest, il existe trois besoins universels qui, s'ils sont frustrés, peuvent conduire à l'épuisement professionnel.

• Le premier est le besoin d'autonomie, c'est-à-dire la liberté et le contrôle dont une personne dispose dans son cadre de vie professionnelle. Par exemple, se sent-on libre d'initier et de réguler ses propres actions ? Agit-on en accord avec ses propres valeurs ?


• Le deuxième est la compétence, soit le besoin de se sentir efficace, utile et stimulé par les tâches exercées au quotidien. Par exemple, la charge de travail est-elle adéquate ? Dispose-t-on des ressources nécessaires pour effectuer son travail? Notre travail est-il reconnu à sa juste valeur?

• Le troisième concerne l'affiliation sociale, soit le besoin d'avoir des relations satisfaisantes avec ses collègues et ses supérieurs. Par exemple, l'ambiance de travail est-elle épanouissante ? Les promotions sont-elles méritées par les personnes qui en bénéficient (ou a-t -on le sentiment que l'entreprise fonctionne par copinage) ? Les supérieurs sont-ils à l'écoute ou trop autoritaires ? Est-on victime de harcèlement psychologique ?


Si l'organisation de l'entreprise est effectivement un facteur primordial et une cause majeure dans le déclenchement du burn-out, pour Nicolas Chevrier, il existe tout de même une part de facteurs individuels à prendre en considération. «Une personne perfectionniste ou qui a de la difficulté à s'affirmer ou à dire non,a plus de risques d'être touchée par l'épuisement professionnel», soutient le psychologue.

 

 

Qui consulter et comment se soigner?

En cas de burn-out, on consulte tout de suite un psychologue, lequel préconise un arrêt de travail d'environ trois à quatre mois dans la plupart des cas.

Par la suite, le rôle du spécialiste est d'établir les causes de l'épuisement et de bâtir un plan sur mesure pour aider à trouver les sources de frustration et les points de friction, et aider la personne à rétablir une communication avec son supérieur et ses collègues au sein de l'entreprise. Si la prise de médicaments est parfois nécessaire, elle n'est pas systématique et surtout, la décision se prend en lien avec le médecin généraliste. C'est ce dernier qui prend ensuite en charge le type de médication à administrer. Chez le psychologue, l'objectif principal de la consultation est d'aider le patient à «s'armer» en apprenant à mieux gérer son stress, ce qui, par ailleurs, reste l'un des meilleurs moyens de prévenir l'effondrement. Ainsi, Nicolas Chevrier souligne que la thérapie consiste pour le patient à effectuer un travail sur lui-même et sur ses pensées. Comment ? En l'invitant à prendre des notes sur ce qu'il voit, ce qu'il fait, ce qu'il ressent, de manière à identifier les sources de stress dans sa vie, à les décortiquer, et à évaluer si elles sont réelles ou seulement ressenties, puis poser des actions concrètes au quotidien et dans le cadre de son travail.

 

Comment le prévenir ?

Nos deux spécialistes s'entendent pour dire que la vie privée a son importance dans la prévention du syndrome. Bien souvent, elle aide à équilibrer et à diminuer le stress d'une situation professionnelle frustrante et les conjoints, la famille et les amis peuvent tirer la sonnette d'alarme s'ils sentent poindre les signes avant-coureurs d'un épuisement.

Il est essentiel de développer une relation saine et harmonieuse avec son travail et ne pas attendre de ce dernier qu'il comble tous les besoins essentiels à notre bien-être. « Si notre vie professionnelle comble parfaitement nos besoins, mais qu'on ne trouve aucune satisfaction dans notre vie personnelle, on a tendance à développer une passion excessive pour son travail, et en cas de burn-out, il est beaucoup plus difficile de se remettre sur pied par la suite», précise Jacques Forest.


Il est aussi primordial d'établir une hygiène de travail adéquate pour apprendre à réduire et à mieux gérer le stress au travail.

 


Comment réduire le stress au travail ?

Voici quelques règles à suivre:

  • faire une pause de 5 minutes à toutes les deux heures;
  • bien manger, c'est-à-dire varier ses menus, essayer de prendre ses repas à heures fixes et ailleurs que dans son bureau (la pause déjeuner est importante);
  • prendre ses congés! Ça paraît évident, mais tout le monde ne le fait pas. Pourtant, les vacances sont vraiment un moyen efficace de déconnecter, de se recentrer sur soi et de recharger les batteries;
  • entretenir des relations saines avec ses collègues et son patron en établissant une communication claire.

 

Nous tenons à remercier Nicolas Chevrier, psychologue du travail à la clinique Séquoia, et Jacques Forest, professeur et chercheur à l'ESG UQÀM, psychologue organisationnel et conseiller en ressources humaines agréé, pour leur précieuse collaboration.

 



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