Psycho
21 sept. 2010

Stress: les femmes sont-elles plus vulnérables?

Par Marlène Hyppia

Auteur : Elle Québec

Psycho
21 sept. 2010

Stress: les femmes sont-elles plus vulnérables?

Par Marlène Hyppia

Pas une journée ne passe sans qu'une nouvelle étude sur le stress paraisse: mesure de ses effets sur les caries dentaires, création de nouvelles catégories de «syndromes »... comme celui du stress informatique, et non sans raison, puisque les deux tiers des utilisateurs d'ordinateurs en seraient victimes!

Plus sérieusement, le stress qui devient chronique et se transforme en dépression (taux anormalement élevé d'hormones de stress dans l'organisme) sera la principale source d'invalidité dans le monde en 2020, selon l'Organisation mondiale de la santé. Cet organisme prévoit aussi que l'épuisement professionnel (taux anormalement bas d'hormones de stress) sera la cause principale d'absentéisme. En outre, la cohorte de déprimés et d'épuisés s'annonce de plus en plus jeune et comptera un nombre toujours croissant de femmes, puisque la dépression, c'est connu, frappe deux fois plus de femmes que d'hommes partout sur la planète.

En d'autres mots, tout le monde est plus ou moins au bord de la crise dans nos sociétés modernes, mais les personnes de sexe féminin le seraient d'avantage. Pourquoi? Les chercheurs tâtonnent. Jusqu'à maintenant, aucune étude scientifique sérieuse n'a conclu à une vulnérabilité biologique, voire psychologique, toute féminine. Certains spécialistes s'interrogent toutefois sur l'éducation des filles, qui encouragerait la docilité plutôt que l'agressivité parfois indispensable pour se protéger d'une agression ou pour défendre son point de vue. D'autres n'hésitent pas à évoquer des facteurs maritaux et psychosociaux qui mineraient le moral des troupes féminines. Des médecins affirment que les femmes sont la proie de leurs hormones; et des psychologues pensent qu'elles veulent tout faire, et tout faire trop parfaitement, en tant que mères, épouses et travailleuses. (On se demande ce qu'ils disent des hommes qui sont à la fois pères, époux et travailleurs...)

Qui a tort? Qui a raison? On pourrait répondre: «Tout le monde.» Mais il serait plus éclairant encore d'interroger les faits qui causent toutes ces difficultés.

 

Stress: le piège de la maison

Pour Sonia Lupien, directrice et cofondatrice du Centre d'études sur le stress humain de l'hôpital Louis-H. Lafontaine, à Montréal, des nuances s'imposent avant d'affirmer que les femmes sont plus stressées aujourd'hui qu'il y a 50 ans. «Lorsque je parle à une dame de 82 ans qui a eu 22 enfants, je constate que les femmes d'aujourd'hui n'ont rien inventé quand elles disent exécuter plusieurs tâches en même temps!» Et elles ne semblent pas plus sensibles au stress que les hommes, puisque, selon une étude de Statistique Canada (2008), 23,4 % d'entre elles déclarent vivre quotidiennement un stress de modéré à intense, comparativement à 21,2 % des hommes. Une différence peu significative, donc.

Le hic, c'est que, à la lumière du bilan de santé physique et mentale de la gent féminine, on peut affirmer le contraire. En effet, toujours selon Statistique Canada, les Canadiennes sont de deux à trois fois plus nombreuses que les Canadiens à souffrir d'hypertension et elles font de trois à quatre fois plus de tentatives de suicide qu'eux.

En fait, si on dressait le portrait-robot de la personne la plus stressée, on obtiendrait l'image d'une femme mariée, mère d'au moins deux enfants (un nouveau-né et un d'âge préscolaire), qui reste au foyer et dont le mari ne participe pas aux tâches ménagères et familiales ou y contribue très peu (plus il y a d'enfants, moins le conjoint participerait). À l'inverse, la personne la moins stressée serait... l'époux de cette dame. C'est-à-dire un homme marié, père de famille qui travaille à l'extérieur de son domicile et dont la conjointe reste à la maison et assume la presque totalité des corvées domestiques et du soin des enfants. C'est du moins ce qu'indiquent des recherches qui se penchent sur le stress lié à la condition féminine.

Ces descriptions ont ceci d'étonnant que les femmes qui combinent les multitâches d'hier et les multirôles d'aujourd'hui (de mère, d'épouse et de travailleuse) ne sont pas celles qui souffrent le plus. Ni les chefs de famille monoparentale d'ailleurs. Certes, elles sont stressées - les premières s'efforçant de ne pas négliger un rôle au profit de l'autre, les secondes étant souvent aux prises avec des soucis financiers -, mais moins que les femmes qui adoptent le modèle classique de «mère au foyer» ou qui tentent de s'y conformer.

Dur, dur, les rôles traditionnels!

«Une étude récente a montré que les femmes et les hommes étaient aussi stressés au travail, mais que, une fois à la maison, les femmes voyaient leur niveau de stress augmenter», confirme Sonia Lupien. Les tâches ménagères seraient-elles à ce point stressantes... ou si peu valorisantes? La question mérite d'être posée...

Certaines chercheuses vont d'ailleurs plus loin dans cette direction et établissent un lien entre la dépression et les rôles que la société impose aux femmes (celui de la bonne mère, de l'épouse aimante...). C'est le cas de la psychologue australienne Jane Ussher, qui a conclu en 2006 que le syndrome prémenstruel, la dépression postpartum et les symptômes de la ménopause sont causés plus par le stress que par le cycle hormonal. «Le problème, c'est que la médecine ignore le fait que le mal-être des femmes est souvent une réaction normale à la pression sociale que celles-ci subissent. » Ce mal-être traduit leur détresse et le fait qu'elles en ont assez de toujours prendre soin de leur entourage, soutient la chercheuse.

Même son de cloche du côté de Patrizia Romito, professeure de psychologie sociale à l'Université de Trieste. Dans son étude sur la dépression postpartum et la maternité, La naissance du premier enfant, elle affirme que «la dépression est une réaction aux conditions que l'ensemble du groupe social fait d'ordinaire aux mères dans notre société. [...] On pourrait en conclure que pour les femmes, c'est l'adhésion à la norme et non la déviance qui risque d'entraîner le malheur et les difficultés psychologiques.»

En d'autres mots, la maternité est difficile à vivre pour plusieurs femmes, car la famille les ramène à une conception traditionnelle des rôles. Pour le meilleur et pour le pire. Et c'est encore vrai aujourd'hui, malgré tous les changements survenus dans la société.

Le stress: une question de survie

Sombre tableau... et pourtant: «Vous ne me ferez jamais dire que le stress est négatif», lance d'un ton sans réplique la Dre Sonia Lupien. C'est qu'on l'avait presque oublié: le stress est essentiel à la vie, voire à la survie humaine.

«À l'origine, c'est ce qui a permis à l'homme des cavernes de réagir lorsqu'il se trouvait nez à nez avec un mammouth et qu'il devait choisir entre la fuite ou le combat.» Le stress est donc indispensable, pour peu qu'on entende le signal d'alarme qu'il nous envoie et qu'on y réponde de façon à le désactiver. C'est quand l'alarme sonne continuellement qu'il y a péril en la demeure.

Qu'on se le dise, «on ne guérit pas ce mal en allant au spa!» répète Sonia Lupien. La relaxation ou le magasinage, ce ne sont que des baumes temporaires sur la plaie. N'oublions pas que, même après une fin de semaine de détente, le ou la collègue de travail qui nous fait subir un si grand stress par exemple, sera encore là lundi matin!» La seule attitude vraiment efficace: affronter ses problèmes, ne pas les éviter ni remettre leur résolution à plus tard. Ça ne ferait qu'empirer les choses. Mais avant tout, il faut pouvoir reconnaître le danger. À quoi réagit-on exactement?

Stress: des solutions, SVP!

Selon la chercheuse, pour être perçue comme stressante, une situation doit:

1) être nouvelle; 2) être imprévue; 3) menacer notre égo; ou 4) donner l'impression d'échapper en tout ou en partie à notre contrôle.

Pour bien comprendre la situation, il faut donc la «déconstruire» et en préciser les sources véritables: 1. «Cet évènement est-il nouveau pour moi?» 2. «Est-il imprévu?» 3. «Menace- t-il un peu ou beaucoup ma personnalité (estime de soi, crédibilité, autorité, compétences, qualités...)?» ou 4. «Ai-je l'impression de perdre le contrôle en tout ou en partie?»

Une fois qu'on connaît la source de notre stress, il reste à trouver le moyen de réduire celui-ci ou de limiter son pouvoir sur nous. Pour ce faire, on peut par exemple se demander «Comment puis-je redevenir maître de cette situation?» «Comment la rendre moins menaçante pour moi?» Et on poursuit en se donnant une porte de sortie. Prenons le cas où notre travail nous mine complètement le moral: le simple fait de se dire qu'on peut le quitter si les choses ne s'arrangent pas aide à réduire la réponse de notre corps au stress. «Se donner un plan B, même C ou D ("Si cette solution ne fonctionne pas, alors je ferai ceci...") suffit à éliminer une bonne part de stress», soutient Sonia Lupien. C'est ce dont le cerveau a besoin pour arrêter d'envoyer constamment des signaux d'alerte. On cessera ainsi de produire des hormones qui agissent négativement sur notre corps et notre psychisme, y compris sur la perception qu'on a des choses et sur notre faculté à trouver des solutions et à les appliquer.

Le fait de comprendre les origines possibles de notre stress nous indique sur quoi on peut agir et de quelle manière. «Qu'est-ce que je suis encore prête à tolérer ou pas?» «À quoi puis-je m'adapter et pendant combien de temps?» Parfois, changer sa façon de percevoir les choses ou de se comporter vis-à-vis d'elles peut faire la différence. Mais il est possible qu'on ne parvienne pas à améliorer la situation, même après avoir tout essayé; et qu'il faille alors «fuir» par respect pour soi, pour assurer sa «survie». Ainsi, la fuite est, à certains moments, la solution qui s'impose. Après tout, on ne peut pas rester indéfiniment plantée là, immobile, devant un mammouth, sans risquer de se faire piétiner...

 

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